Médecine humanitaire, médecine humaine

Médecine humanitaire, médecine humaine

 La Syrie depuis bientôt 20 mois subit une spirale de violence qui a déjà fait 35 000 morts, 250 000 blessés, plus d’un million de syriens déplacés dans leur propre pays et plus de trois millions de personnes touchées de manière directe ou indirecte, par la désorganisation sociale et économique qui découle  de ce type de situation. A cela va s’ajouter dans les prochaines semaines, de par le froid,  une crise sanitaire qui touchera en tout premier lieu, les plus fragiles : enfants et personnes âgées. Il y a aussi des crimes abominables comme la violence faite aux femmes et aux petites filles,  la plus jeune dont nous avons connaissance a 7 ans et les témoignages recueillis sont nombreux.

Les  médecins et infirmiers en Syrie sont empêchés d’accomplir leur devoir auprès des victimes. Ils sont menacés, torturés, tués. 80 médecins syriens ont déjà payé de leur vie. 700 sont portés disparus. A Alep, il ne reste que 7 médecins. Les hôpitaux qui accueillent des blessés du conflit sont la cible des bombardements .Des poste médicaux avancés ainsi que des hôpitaux clandestins ont été créés  par l’organisation médicale syriens (UOSSM), mais eux aussi sont la cible des avions,
Durant mon séjour, en octobre,  à 40 km au nord Alep  dans la petite ville de Dana  l’hôpital  après le  bombardement était inutilisable et nous avons du évacuer  tous les patients et les blessés. Je suis alors allé sur la ville d’Albab  au nord Est d’Alep, dans un hôpital clandestin installé dans une villa. J’ai quitté cet hôpital le 6 octobre, le 17 celui-ci était à son tour entièrement détruit.
Les hôpitaux ne sont plus approvisionnés en équipements et en médicaments. Les patients chroniques (cancéreux, diabétiques, hypertendus, insuffisants rénaux,…) n’ont plus le traitement nécessaire à leur survie. La situation est d’autant plus intolérable que le Président syrien, Bachar El Assad, est médecin, ce qui devrait  l’engager dans le respect des valeurs de la Vie humaine
  Les conventions  de Genève sur le droit humanitaire ne sont pas respectées en Syrie. Les ONG sont interdites. Le Haut comité aux Réfugiés (HCR), la Croix Rouge Internationale et le Croissant Rouge ne peuvent pas travailler de manière indépendante. Ils sont sous la surveillance et le contrôle du ministère de la « réconciliation »
Ce drame humain se joue sous nos yeux via les média, dans l’impuissance politique internationale et la paralysie de l’ONU.
Les professionnels de santé syriens méritent  que nous rendions hommage à leur courage et leur dévouement. C’est souvent au péril de leur vie qu’ils exercent leur vocation auprès des victimes dans le respect des règles d’éthique qui nous sont communes. C’est pourquoi je crois que nous devons marquer notre solidarité et que nous la manifestions auprès de nos élus, de notre gouvernement pour qu’ils interviennent sur  le plan humanitaire par la mise en place de zones d’exclusions aériennes dans les zones déjà libérées 
Il est important que nous soutenions l’action de nos collègues syriens de l’Uossm de toutes les manières que ce soit : collecte de médicaments, de matériels, de fonds,  mais aussi de volontaires pour des missions médicales : urgentistes, anesthésistes réanimateurs, chirurgiens.
 
Professeur Raphaël PITTI
Anesthésiste-Réanimateur