L’infirmier Sapeur-Pompier
la référence hygiène dans un centre de secours

Cédric HAVARD - Vincent DUBROUS

L’hygiène chez les Sapeurs-Pompiers est une préoccupation récente confiée au Service de Santé et de Secours Médical (SSSM) des Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS). Tous les professionnels de santé sont impliqués (médecins, pharmaciens, vétérinaires…) mais l’infirmier y trouve une place privilégiée qui mérite d’être soulignée.
L’infirmier est un intervenant de terrain qui connaît les mêmes contraintes matérielles que les secouristes. Il utilise et reconditionne son équipement avec les mêmes règles de décontamination et les mêmes problèmes logistiques qu’eux. A ce titre, il est sensible aux doléances exprimées par les Sapeurs-Pompiers en matière d’hygiène. Son expérience hospitalière représente un atout majeur. La maîtrise des concepts, du vocabulaire et des règles se rapportant à l’hygiène ainsi que la collaboration permanente avec des personnels sous sa responsabilité (élèves infirmiers, aides-soignants et agents hospitaliers) le sensibilise à l’adoption d’un discours abordable et compréhensible de tous.

Un rôle pédagogique majeur :
L’application optimale des différents protocoles impose leur compréhension et leur maîtrise par tous les acteurs concernés. Ceci passe par une phase d’apprentissage des concepts relatifs à l’hygiène et par une phase pratique d’application des protocoles sur les différents matériels utilisés. L’infirmier peut procéder à ces informations lors des manœuvres de la garde (centres professionnels ou mixtes) ou lors des manœuvres des volontaires mais également dans le cadre de la formation initiale en matière de secours à victime (CFAPSE et module SAP 2 du cursus professionnel).
Les thèmes des apports de connaissances peuvent porter sur les procédures de décontamination et de désinfection des VSAB, du matériel médico-secouriste, du bon usage des antiseptiques, des accidents d’exposition au sang, de la Santé Publique (SIDA, MST…), des transports de personnes infectées ou de l’hygiène communautaire. Ces procédures devront être rappelées autant de fois que nécessaire, à chaque changement de protocole, à l’arrivée de nouvelles recrues...
Ainsi chaque centre de secours se devait d’avoir un référent hygiène toujours formé, encadré et suivi par le SSSM, si besoin en liaison avec des partenaires spécialisés (CLIN hospitaliers, laboratoires d’hygiène ou pharmaceutiques…).

Une évaluation au quotidien :
La place privilégiée de l’infirmier sur les lieux et en retour d’intervention lui permet d’évaluer en permanence les pratiques des SP et leurs connaissances sur les protocoles en vigueur. Cette évaluation continue informelle doit demeurer discrète et ne revêtir en aucun cas un caractère certificatif. Elle doit permettre de tirer des enseignements sur les pratiques et de faire remonter des conclusions à la Direction du Service de Santé et de Secours Médical. Ces constatations peuvent être des protocoles adaptés ou trop complexes à réaliser, des défauts de matériels ou des problèmes divers de logistique ou de casernement à signaler au service infrastructure du SDIS...

Les difficultés du rôle :
Autant le manque relatif de connaissances sur l’anatomie, la physiologie des pathologies liées à l’urgence suscite de la part des personnels et de leur encadrement de nombreuses questions et demandes, autant le domaine de l’hygiène a peu d’attrait pour les SP. Il représente une charge de travail supplémentaire considérée comme peu gratifiante pour les manipulateurs et un coût supplémentaire pour les gestionnaires. De plus, les justifications fournies reposent essentiellement sur des concepts d’hygiène hospitalière. En effet, trop peu d’études ont été menées dans le cadre de l’hygiène pré-hospitalière.

Conclusion
Pédagogie, connaissance du sujet et diplomatie sont les aspects majeurs du rôle de référent hygiène. L’hygiène est l’affaire de tous mais on l’oublie souvent aussi de la responsabilité pénale (outre la responsabilité administrative) de celui qui n’en respecte pas les règles validées et actualisées, dès lors qu’un préjudice, un manquement à la réglementation est établi. La collaboration de l’ensemble des personnels SP des filières santé et incendie est nécessaire pour l’amélioration de la qualité des interventions de secours à victime. Une prise de conscience collective indispensable et le travail commun des équipes pédagogiques locales, des infirmiers référents hygiène, soutenus par l’encadrement, permettent d’élaborer et de dispenser des formations à l’hygiène adaptées aux besoins des SP. De nombreuses expériences locales le confirment.
Les SP, comme tous les services publics de secours, seront peu à peu obligés de se tourner vers les démarches de qualité, d’accréditation et d’obligations de moyens, le tout dans un cadre désormais… européen.

Cédric HAVARD
Infirmier
Vincent DUBROUS
Infirmier Principal
SSSM - SDIS de Seine et Marne

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