Vincent CHADIER
L’infirmier Sapeur-Pompier
volontaire : quelle identité ?
Un mémoire, réalisé dans le cadre des études
de spécialisation d’infirmier anesthésiste à l’institut de formation de Lyon, sous la direction
du professeur Moskotchenko a été consacré à cette question.
Le thème central de ce mémoire est basé sur la perception que les Sapeurs-Pompiers
(SP) volontaires ont de l’infirmier SP dans le domaine de l’hygiène. L’enquête a été
menée auprès de 20 SP volontaires et 10 infirmiers SP volontaires du SDIS du Rhône. Les deux
populations ont été interrogées à l’aide de deux questionnaires qui reprenaient les
mêmes items afin de comparer les résultats. Il est intéressant de noter que dans leur globalité
les réponses se corrèlent assez bien entre les deux populations
Ce thème de l’hygiène n’avait pas été choisi sur des critères aléatoires.
Je formulais l’hypothèse selon laquelle les SP ne connaissaient pas les compétences des infirmiers
dans ce domaine. Les résultats de cette enquête montreront, en fait, que les SP volontaires connaissent
les grands objectifs de l’hygiène ainsi que les compétences des infirmiers dans ce domaine. Cependant,
ils ne les sollicitent qu’essentiellement pour les missions d’assistance à personnes.
LA REPRÉSENTATION DE L'INFIRMIER CHEZ LES SAPEURS-POMPIERS VOLONTAIRES :
D’après les résultats de l’enquête (voir figure 1), on remarque que l’infirmier est considéré
avant tout comme un Sapeur-Pompier puis comme un infirmier. C’est donc un SP volontaire qui est infirmier,
un peu comme une spécialisation du SP.

Et il est intéressant de noter, qu’il ne s’agit pas, pour les SP volontaires, d’un
métier à part entière puisqu’il n’est jamais considéré comme un professionnel
de santé par l’ensemble de la population des SP volontaires interrogés. On trouve ici une sorte de
déni du caractère de professionnel de la santé que représente la fonction de l’infirmier,
comme s’il y avait un nivellement par le groupe.
Cependant, il semble qu’individuellement l’infirmier soit sollicité en tant que tel, pour des renseignements
particuliers en rapport direct avec sa profession tel que des informations à caractère médical
(d’ordre personnel ou non). On observe, au niveau des relations individuelles, une sorte de rétablissement
des relations en fonction de la reconnaissance de l’infirmier.
On peut donc dire que l’infirmier est peu ou pas considéré comme tel par le groupe SP volontaire,
mais l’est par contre dans les relations individuelles.
LE RÔLE JOUÉ PAR L'INFIRMIER :
L’enquête confirme que l’infirmier est sollicité avant tout pour résoudre des cas rencontrés
lors des missions d’assistance aux personnes (voir figure 2). Il est donc plutôt perçu comme un conseiller
technique de l’équipe SP en opération. L’infirmier semble être une aide appréciée
par les SP volontaires pour faire face aux situations critiques qui s’imposent à eux lors de ces missions.
Bien que l’ordre hiérarchique soit très présent dans ces instants, la fonction de l’infirmier
dans l’urgence est mise en lumière par la nécessité du moment. L’infirmier devient, en quelque
sorte, le référent de l’équipe.

PROBLÈME D'IDENTITÉ POUR L'INFIRMIER CHEZ LES SP VOLONTAIRES ?
L’infirmier peut apporter sa compétence dans la réalisation de gestes autres que les gestes invasifs,
notamment dans l’écoute des personnes, et, de là, effectuer une véritable démarche
de prise en charge.
Si l’infirmier ne met en évidence que ce rôle «d’infirmier technicien de l’urgence»,
image qui le «gratifie» d’ailleurs, dans le système des SP volontaires, en occultant
ses autres compétences, et notamment en matière d’hygiène, alors il semble qu’il sera toujours
considéré comme un SP avant toute chose (voir figure 1).
On arrive à un état de fait, constaté sur le terrain, où l’infirmier est reconnu lors
des missions en VSAB (il porte souvent une inscription identifiant sa fonction), mais non à l’intérieur
du fonctionnement du centre d’intervention, que ce soit par le personnel ou par la hiérarchie.
Le personnel SP est alors en droit de ne pas comprendre pourquoi l’infirmier, aurait droit à des distinctions
particulières qui le font «sortir des rangs» telles que des attributs (bien qu’ils
soient prévus dans l’arrêté de juin 1993 relatif aux tenues et uniformes) ou un régime
différent du reste du groupe. D’ailleurs, les résultats de l’enquête montrent que si l’infirmier
est bien identifié par le personnel, il ne porte de distinction identifiant sa fonction qu’à l’extérieur
du centre d’intervention et pendant les missions d’assistance à personnes dans la majorité des cas.
Cela prouve que l’infirmier a ses compétences reconnues sur le terrain, mais pas dans le fonctionnement
interne du groupe.
L’identité de l’infirmier chez les SP volontaires passe alors par l’étendue du champ d’application
de ses compétences dans tout le système SP. En effet, l’infirmier peut, soit en exerçant
complètement tous ses champs de compétences dans le fonctionnement interne du groupe, soit par ses
gestes, ses postures et sa façon de travailler, renforcer son identité vis à vis des SP volontaires
: «Chacun sait que nos comportements sont souvent plus significatifs de nos valeurs que nos discours»
(1).
Mais certains infirmiers connaîtront toujours «un véritable conflit identitaire interne»(2)
en se demandant quelle identité ils doivent adopter au sens exclusif de la fonction : celle de l’infirmier
ou celle du SP volontaire ?
L’application par l’infirmier de ses compétences peut l’aider à trouver une réponse à
cette question en renforçant son identité d’infirmier. Le décret 97-1125 du 26 décembre
1997 relatif à l’organisation des services d’incendie et de secours en légalisant sa présence
au sein des SP ne peut que les aider, mais il manque à ce jour réellement la définition du
statut de l’infirmier SP pour qu’il existe.
CONCLUSION
Si l’infirmier veut affirmer sont identité pour pouvoir exercer pleinement ses compétences chez les
SP, il doit développer l’étendue du champ d’application de ses compétences dans tout le système
SP. Il doit participer aux visites médicales d’aptitudes, surveiller l’état de l’équipement
médico-secouriste, participer à la formation du personnel pour ce qui le concerne, donner des conseils
en matière de prévention, de sécurité et d’hygiène.
Il doit prouver, par son investissement personnel dans le groupe, qu’il possède d’autres compétences
que celle de l’urgence.
Vincent CHADIER
Infirmier Sapeur-Pompier
Tarare
1. - Hart (J). - De la crise identitaire aux stratégies de changement chez les
infirmières. - Gestion Hospitalière, avril 1996, pp. 301-307.
2. - ibid.