Articles de la presse de l'urgence
Takotsubo
syndrome chez une femme de 50 ans après un traumatisme fermé.
David John Wallace, et al. The Journal of Trauma 2007 ; 63 : 696_699.
Le syndrome de Takotsubo est une entité radiologique et clinique, qui
se caractérise par une dysfonction transitoire du ventricule gauche,
sans lésion coronarienne, et touché plus particulièrement
les femmes d'un certain âge dans un contexte de stress. Les auteurs rapportent
le cas d'une femme de 50 ans admise aux urgences de l'hôpital de Brooklyn
après une chute dans les escaliers du métro. Elle présente
une fracture orbitaire droite, son bilan étant normal par ailleurs. Une
échographie cardiaque systématique montre toutefois une akinésie
distale du ventricule gauche. L'ECG est strictement normal. La fraction d'éjection
systolique est évaluer à 30% Un syndrome de Takotsubo est suggéré.
L'échographie redeviendra normale au troisième jour, ainsi que
la fraction d'éjection systolique.
Symptômes
neurologiques suivants al première année d'un choc électrique.
Benoit Bailey, et al. American Journal of Emergency Medicine (2008) 26, 413-418
Les auteurs ont conduit une étude prospective multicentrique pour évaluer
la prévalence des symptômes neurologiques survenant l'année
suivant un choc électrique, et la relation entre ces troubles et certains
facteurs de risque. Sur 114 patients, 30 (26%) se plaignaient de troubles persistants
dans les deux mois. Pour 24 patients ces troubles ont duré un an. Les
auteurs alertent les médecins de l'urgence sur la prévalence de
ces troubles, dont il faut prévenir les patients.
Survie
à une hémorragie sans réanimation liquidienne
Christian Shults, et al. The Journal of Trauma. 2008. 64. 629-640
Les patients souffrant d'hémorragie massive meurent souvent avant d'avoir
pu bénéficier d'un traitement définitif de leurs lésions
hémorragiques. Ceci d'autant plus que le contexte environnemental est
difficile, comme sur des zones de guerre. Les auteurs avaient déjà
démontré l'intérêt de l'administration d'HDACI(histone
deacetylase inhibitors) en préventif. Dans ce travail expérimental,
ils voulaient en démontré l'intérêt après
survenue de l'hémorragie. Ils ont utilisé 72 rats, auxquels ils
ont fait perdre 60% de leur volume sanguin en une heure. Les animaux étaient
ensuite randomisés, et recevaient soit de l'HDAC (sous deux formes :
concentrée et non concentrée), soit du sérum salé
classique, soit rien. Si seulement 25% des animaux non réanimés
survivaient à la troisième heure, 40% de ceux recevant du sérum
salé étaient toujours en vie, et 100% dans les deux groupes réanimés
par de l'HDCA. D'autres travaux pourraient valider l'utilisation de ce produit
chez l'homme dans un contexte de traitement difficile.
Minimally
Interrupted Cardiac Resuscitation by Emergency Medical Services for Out-of-Hospital
Cardiac Arrest.
Bentley J. Bobrow, MD; Lani L. Clark, BS; Gordon A. Ewy, MD; Vatsal Chikani,
MPH; Arthur B. Sanders, MD; Robert A. Berg, MD; Peter B. Richman, MD; Karl B.
Kern, MD
JAMA. 2008;299(10):1158-1165.
Une nouvelle méthode de réanimation des arrêts cardiaques
plus intensive, dite "minimalement interrompue" (minimally interrupted
cardiac resuscitation) ou cardiocérébrale, permettrait de multiplier
par trois les chances de survie.
Cette méthode a pour objectif de maximiser la perfusion myocardique et
cérébrale en minimisant l'interruption des compressions thoraciques,
en débutant les compressions avant le choc, en retardant ou supprimant
l'intubation et en accélérant l'administration d'adrénaline.
Plus précisément, et pour suivre ce protocole, les intervenants
devaient commencer par 200 compressions ininterrompues, puis donner un choc
si l'analyse du rythme cardiaque en indiquait la nécessité, et
refaire immédiatement 200 compressions ininterrompues avant toute prise
de pouls ou réanalyse du rythme cardiaque. L'adrénaline est administrée
le plus vite possible et durant chaque cycle de compressions. L'intubation est
reportée après trois cycles de compressions.
Dans une première phase de cette étude, faite dans l'Arizona,
les personnels de deux services d'aide médicale d'urgence ont formés
à cette pratique. Les chances de survie jusqu'à la sortie de l'hôpital
ont été comparées avant et après la formation, chez
886 patients (218 avant et 668 après).
La survie jusqu'à la sortie de l'hôpital s'élevait à
1,8% avant la formation et à 5,4% après la formation. Chez les
patients qui ont eu un arrêt cardiaque devant témoin et un rythme
cardiaque "choquable", la proportion, concernant la survie était
de 4,7% avant la formation et 17,6% après la formation.
Dans une seconde phase, 10 autres services d'aide médicale d'urgence
ont reçu la même formation et les résultats des 12 services
formés ont été comparés à ceux de 50 services
dont les personnels n'avaient pas été formés.
Le taux de survie jusqu'à la sortie de l'hôpital s'élevait
à 9,1% pour les services ayant bénéficié de la formation,
versus 3,8% les autres. En ce qui concerne les patients ayant eu un arrêt
cardiaque choquable devant témoins, les taux étaient de 28,4%
et 11,9%.
Les différences de taux de survie entre les deux phases de l'étude
ne sont pas expliquées par les chercheurs. Mais dans tous les cas, la
formation permettrait de multiplier par environ un facteur trois les chances
de survie jusqu'à la sortie de l'hôpital.
Les auteurs notent que dans leur première phase, les taux de survie jusqu'à
arrivée à l'hôpital étaient similaires: 16%. Le bénéfice
du nouveau protocole de réanimation ne porte donc pas sur les chances
immédiates de réanimation mais sur un effet positif à plus
long terme.
Réanimation
cardio-pulmonaire (RCP) par compressions abdominales
Leslie A. Geddes, et al. American Journal of Emergency Medicine (2007) 25, 786-790
Dans un article fondamental, les auteurs décrivent une nouvelle méthode
de RCP reposant sur les seules compressions abdominales. L'idée initiale
vient du fait que les organes intra-abdominaux contiennent 25% du volume sanguin
total. Dans leur travail expérimental, ils ont aussi utilisé une
nouvelle méthode de contrôle de la perfusion coronaire reposant
sur les courbes de pression aortiques et auriculaires droites dont la comparaison
des valeurs détermine un Index de Perfusion Coronaire. Ce travail a été
effectué à partir de 11 préparations animales (des cochons).
Les compressions étaient effectuées au rythme de 100/min., avec
un ratio de 50%. Avec cette méthode de RCP, les auteurs ont pu constater
une pression aortique, au contraire de la RCP classique, était constamment
supérieure à la pression auriculaire droite, augurant d'une meilleure
perfusion coronaire. Aucune lésion abdominale n'a été retrouvée.
Pression
artérielle diastolique (PAD) : Un bon indicateur de survie des chocs
septiques.
Samir Benchekroune, Peter KArpati et al. DAR Lariboisière. J Trauma.
2008; 64: 1188-1195.
Les auteurs souhaitaient évaluer la relation entre les besoins en norépinéphrine,
des patients en choc septique, pour maintenir un niveau efficace de pression
de perfusion rénale et la survie de ces patients graves. Leur travail
fut prospectif, incluant 68 patients hospitalisés depuis au moins 24h,
et ne recevant de corticoïdes. Si 23 patients décédèrent
dans les 5 jours, 45 survécurent. Le score SAPS (simplified acute physiology
score), le score LODS (logisyic organ dysfunction), le taux de norépinéphine
utilisée, et la valeur de PAD, ressortirent comme facteurs prédictifs
de survie. Le facteur prédictif de survie retrouvé de façon
constante fut le maintien d'une pression artérielle diastolique >
à 50 mmHg avec 0.5µg/kg/min de norépinéphrine.
L'aténolol
associé à l'épinéphrine améliore le devenir
immédiat des cochons en fibrillation ventriculaire
Eleni Bassiakou, et al. American Journal of Emergency Medicine (2008) 26, 578-584
Les auteurs ont voulu tester l'intérêt de l'injection d'un bétâ
bloqueur pendant la réanimation cardiopulmonaire (RCP). Pour ce faire
ils ont induit une fibrillation ventriculaire (FV) chez 20 cochons. Non traités
pendant 8 minutes ils bénéficiaient ensuite d'une compression
thoracique, d'une ventilation mécanique, de médicaments et d'une
défibrillation. Les animaux étaient randomisés en 2 groupes
: un recevait épinéphrine seule (0.02 mg/kg), l'autre la même
dose d'épinéphrine + de l'aténolol (0.05 mg/kg). La défibrillation
n'était pratiquée qu'à la 10ème minute. Au total,
9 animaux du groupe aténolol ont retrouvé une circulation spontanée
versus 4 dans l'autre groupe. Toujours dans le groupe aténolol, les pressions
aortiques systoliques et diastoliques, ainsi que la pression de perfusion coronaire
étaient plus élevées que dans le groupe épinéphrine
seule. Ces résultats sont à noter, et méritent d'autres
investigations.
Existe-t-il
une posologie idéale de morphine pour la prise en compte des douleurs
aiguës en préhospitalier ?
Vincent Bounes, et al. CHU Toulouse. AJEM (2008), 148-154.
Dans un remarquable travail randomisé, et effectué en double aveugle,
les auteurs ont comparé deux posologies de morphine titrée dans
la prise en charge d'une douleur aiguë en préhospitalier. Le groupe
A recevait en IVD 0, 05mg/kg de morphine, puis 0, 025mg/kg chaque 5 minutes.
Le groupe B recevait 0, 1mg/kg de morphine, puis 0, 05 mg/kg toutes les 5 minutes.
Les scores de douleur avant et après injection étaient mesurés
selon la méthode de l'échelle numérique. Au total, 106
patients ont été inclus dans l'étude. Si les patients du
groupe B bénéficient de meilleurs scores d'analgésie (40%
avec un score<30 versus 17% dans le groupe A, à la dixième
minute), les effets adverses (nausées) sont aussi plus nombreux. Les
auteurs recommandent donc de faibles doses de morphine en préhospitalier,
sous réserves de réinjection titrées régulières.
Evaluation
de la régulation préhospitalière et prise en charge initiale
des traumatisés crâniens graves dans la région des Pays
de la Loire :
Etude prospective, multicentrique. G. Bouhours et al. AFAR 27 (2008) 397-404
L'objectif de l'étude était d'évaluer la prise en charge
préhospitalière et des 24 premières heures des traumatisés
crâniens graves dans la région concernant les auteurs. Ont été
recensés 125 patients dont le score de Glasgow était inférieur
ou égal à 8.Il s'agissait de patient en moyenne jeunes (37+-20
ans, presque essentiellement des hommes (4/1), si 53% étaient polytraumatisés,
92% ont été initialement intubés. Le temps de médicalisation
se révèle égal, en moyenne à 54 min. (+-28), avec
un délai d'admission à l'hôpital de 1h55 (!)(+-48min.).
Il faut noter que 47% des patients admis en hôpital général
étaient retransférés. Des dysfonctionnement ont été
notés dans 21% des cas, notamment lors de l'intervention SMUR (32%),
de la disponibilité du SMUR (20%), de l'alerte du SMUR (16%), et dans
12% des cas avant l'arrivée du SMUR. Les auteurs ont relevés l'absence
d'utilisation de mannitol, malgré une mydriase, et l'absence de transfert
d'image vers la neurochirurgie. Les recommandations étaient ainsi peu
suivies, y compris dans l'usage des amines pressives. Les auteurs concluent
en la nécessité d'une optimisation de la formation des médecins
transporteurs.
NDLR : Les délais de prés de 2 h, et parfois 3 h, semblent
incompatibles avec la densité hospitalière. Ne faut-il pas préconiser
la technique du " rendez-vous " comme cela est pratiqué dans
de nombreux pays. Les secouristes commencent à faire route vers le SMUR,
et n'attendent pas son arrivée. Les délais avant l'hôpital
seront ainsi facilement réduits de moitié.
Etude
clinique portant sur la faisabilité de la mise en uvre d'une ventilation
non invasive à pression positive en préhospitalier.
Xavier Combes et coll. American Journal of Emergency Medicine (2008) 26, 165-169.
La mise en oeuvre d'une ventilation à pression positive intermittente
non invasive (BiPAP) est peu usitée en préhospitalier, par rapport
à la pratique intrahospitalière. Le but de ce travail remarquablement
conduit par les SAMU de Créteil et Bobigny était d'en étudier
la faisabilité, mais aussi l'intérêt. Au cours des deux
années dans lesquelles a couru l'étude, 138 patients ont été
enrôlés. Les pathologies se répartissaient entre, insuffisance
cardiaque congestive (56%), exacerbation d'une insuffisance respiratoire chronique
obstructive (28%), et insuffisance respiratoire aiguë (16%). Des échecs
de la technique ont étés notés dans 26% des cas, soit pour
35 patients. Cet échec est survenu 11 fois avant l'arrivée à
l'hôpital, et 24 fois après. Comme pour l'utilisation en intrahospitalier,
l'échec de la technique se retrouve dans les cas de décompensation
d'une insuffisance respiratoire chronique ou d'une détresse respiratoire
aiguë. Pour les auteurs, ce n'est donc pas le principe même d'une
utilisation préhospitalière qui est en cause mais la gravité
de la pathologie rencontrée.
Moins
d'erreurs médicales dans les Trauma Center
Gérald Mc Gwin, et al.The Journal of Trauma. 2008. 64 ; 607-613
Le risque d'erreur médicale censé être lié à
certaines spécialités, comme la traumatologie, peut inciter les
médecins à choisir d'autres spécialités. Ce travail
a consisté à évaluer la réalité de ces erreurs
potentielles dans un Trauma Center. L'étude a couru sur trois ans, s'est
penchée sur 13 spécialités médicales diverses, et
a analysé les dossiers de 183 392 patients, pour un total de 757 880
jours d'hospitalisation. Seuls 194 évènements concernant des erreurs
médicales ont été notés. C'est très peu pour
une activité aussi importante. Pour les auteurs, le travail dans un centre
validé pour la traumatologie et les urgences, se fait dans un environnement
qui permet d'éviter beaucoup de " mal practice ".
NDLR : N'ayons pas peur de nous engager dans l'urgence. Mais faisons
le dans un cadre où règne la rigueur !
Efficacité
de la défibrillation ventriculaire par voie oesophagienne pour les fibrillations
réfractaires
Karl Mische, et al. Aachen University. American Journal of Emergency Medicine
Les FV prolongées sont à haut risque d'échec en ce qui
concerne les tentatives de traitement. Les auteurs ont voulu, dans ce contexte,
évaluer l'efficacité de défibrillations effectuées
par voie trans-oesophagienne, permettant de rapprocher une des électrodes
du ventricule gauche. Pour cela, 12 moutons ont été placés
10 minutes en état de FV, puis divisés en deux groupes. Dans le
groupe A, 3 chocs étaient délivrés de façon classique,
puis 3 autres chocs par voie trans-oesophagienne. Dans le groupe B, le même
processus de défibrillation était appliqué, mais précédé
de 2 minutes de compressions thoraciques. Au total, dans le groupe A, les 6
séries de chocs classiques furent un échec et 3 des chocs trans-oesophagiens
réussirent. Dans le groupe B, les chocs classiques échouèrent
aussi, mais tous les chocs trans-oesophagiens réussirent.
NDLR : Ce travail confirme l'intérêt des compressions préalables
pour tout arrêt cardiaque vu tardivement, et ouvre une nouvelle porte
d'espoir dans la réussite des manuvres de RCP.
Devenir
des patients suspects d'être porteurs d'un syndrome coronarien aigu, selon
qu'ils sont admis en service d'urgence ou directement en cardiologie.
David Katz, et al. Annals of emergency Medicine. Vol.51, N°5. 561-570.
Cette équipe de Boston a enrôlé dans son étude 544
patients admis à l'hôpital pour suspicion d'un syndrome coronarien
aigu, 372 en cardiologie, et 172 aux urgences. Après bilan, pour 34%
le diagnostic a été confirmé, mais ce qui est, peut être,
surprenant est que le devenir à court et moyen terme reste le même
pour les patients, quel que soit le lieu initial d'hospitalisation.
NDLR : Nous ne voyons qu'une explication : la qualité et rapidité
d'analyse des urgentistes de Boston !
Déficit
en base des sangs veineux et artériel, quel meilleur indicateur de survie
pour les traumatisés graves ?
Thomas Schmelzer, et al. Charlotte, NC. AJEM. (2008) 26, 119-123.
Dans une étude, non randomisée, les auteurs ont inclus 101 patients
hospitalisés pour un traumatisme grave. Pour évaluer la pertinence
des analyses veineuses comme reflet de la souffrance tissulaire ils ont analysé
et comparé les mêmes examens ( pH, P CO2, PO2, HCO 3, saturation
Hb, base déficit, lactates) en sang artériel et en sang veineux
central. Seules les valeurs mesurées en sang veineux sont significativement
prédictives de la survie. Cette notion est d'autant plus intéressante
que les prélèvements veineux sont plus facilement réalisables.