"Nouvelles orientales et désorientées" d’Ook Chung
aux Editions Le Serpent à Plumes
Ook Chung, d’origine coréenne, est né au Japon et vit au Québec. Son recueil de nouvelles est par conséquent imprégné de toutes ces cultures. La souffrance, le déracinement et la folie sont également des thèmes itératifs dans ce recueil. Mais ce qui frappe le plus, c’est cette façon qu’a l’auteur de jouer avec les mots, avec poésie ou humour, et il arrive fréquemment que l’on relise une phrase dont la beauté mérite que l’on s’y attarde. Ook Chung manie également très bien l’anecdote (faussement) futile à forte connotation symbolique, anecdote assez singulière pour le lecteur occidental mais que l’on retrouve souvent dans la littérature japonaise. Ainsi la nouvelle «Le catcheur du métro» : dans un futur proche, le nombre des candidats au suicide est tel que l’on engage des catcheurs pour les empêcher de se jeter sous le métro... A première vue, on pense à une idée ironique et farfelue. Mais cette histoire se montre plus complexe que ce que l’on aurait pu croire. Peu à peu, habilement, le texte amène une réflexion plus profonde et l’idée à priori saugrenue de «catcheurs-secouristes» prend une coloration plus troublante : n’est-ce pas une façon détournée de pointer du doigt le désarroi d’une société qui voit tant de ses membres sombrer dans la dépression ? Cette façon d’évoquer indirectement les problèmes, par pudeur, pour ménager les susceptibilités, exige un travail actif de la part du lecteur, obligé de lire entre les lignes car c’est là que réside le coeur du récit. Toute la difficulté tient dans le fait que cette évocation «par la bande» d’un sujet ne doit en rien amoindrir l’impact de la démonstration.
Un roman intitulé «Kimchi», du même auteur, devrait sortir cette année.

Armand Cabasson

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