
Claude MOUGEOLLE
Véhicule de Réanimation
et de Soutien Médical (VRSM)
Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille
Le Véhicule de Réanimation et de Soutien Médical (VRSM)
est un véhicule unique en son genre, fruit des réflexions menées à l’occasion de la
couverture médicale de la Coupe du Monde de Football 1998. Il permet de répondre à deux concepts
: l’organisation de postes de secours lors de rassemblement de foules et la prise en charge de nombreuses victimes
lors d’évènements catastrophiques à effets limités (ACEL).
Ce véhicule, d’un PTAC de 10 tonnes, dispose d’une installation électrique embarquée fournissant
une panoplie de tensions allant du 220 volts au 24 volts. Son équipage est composé de trois hommes
(un infirmier, un gradé et un Marin-Pompier). En dehors des dispositifs préventifs, sa mise en œuvre
est effectuée par des personnels déjà présents sur l’intervention et nécessite
la demande d’un engin pompe. La cabine de pilotage peut embarquer cinq hommes et servir, le cas échéant,
de mini-PC médical. Le reste du véhicule offre un espace de travail conséquent qui peut être
augmenté par le déploiement d’une extension latérale.
1988 : IDÉE ORIGINELLE LE VRSM DE PREMIÈRE GÉNÉRATION
Le Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille était doté depuis 1988 d’un véhicule de réanimation
et de soutien médical dit «de première génération». Conçu à
partir d’un châssis de minibus Iveco, l’engin permettait la médicalisation et le transport de deux
victimes graves. Également doté d’un auvent latéral, il se transformait en poste de «soutien
santé» ou de commandement médical lors de feux de forêt importants ou lors de grands
rassemblements de foules. Ce véhicule faisait parti de la liste des moyens médicaux du premier échelon
du plan rouge, complété par deux lots «PMA» (dont l’un conditionné sur berce).
Ils permettaient la prise en charge simultanée d’environ 120 victimes. Depuis sa mise en service, le véhicule
s’était illustré lors d’interventions importantes ; feux urbains, concerts au stade Vélodrome,
accueil des victimes du stade de Furiani, meetings aériens ou renforts hors commune.
1998 : GÉNÈSE du VRSM, SECONDE GÉNÉRATION
L’évolution des besoins conduit à la décision de remplacer le premier VRSM devenu ancien.
Le cahier des charges est défini selon les spécificités propres à la Ville de Marseille,
la principale étant le caractère totalement urbain du secteur défendu par les Marins-Pompiers.
Le marché français est assez pauvre en la matière et il n’existe aucun standard.
LES VÉHICULES PRÉSENTS SUR LE MARCHE :
La société Acmat propose des solutions étudiées pour les militaires sous forme de «bus
médicaux» capables de transporter cinq victimes couchées. Les plus élaborés de
ces véhicules ont été étudiés par les Sapeurs-Pompiers allemands. En 1994, la
ville de Cologne met en service un «bus médical» climatisé capable de transporter 24
malades assis ou 10 victimes couchées. Le châssis retenu, de type Man SÜ 242, est équipé
d’une suspension permettant d’abaisser le seuil d’accès (1).
Le constructeur japonais Hino (2) propose également un «bus médical» destiné aux
paramédicaux et aux médecins de l’urgence. Sa cellule médicale est munie d’un ascenseur à
brancard tout à fait remarquable.
LE NOUVEAU CAHIER DES CHARGES :
La préparation de la coupe du monde 1998 facilite une réflexion globale sur l’organisation médicale
des secours en cas d’événement catastrophique. La rénovation du Stade Vélodrome porte
sa capacité à 60.000 spectateurs et impose l’activation d’un dispositif médical lors de chaque
match : il s’agit de «gréer» une infirmerie principale et quatre infirmeries satellites mises
à la disposition des Marins-Pompiers par le stade. Ces locaux sont adaptés, mais totalement dépourvus
de matériels.
Le futur véhicule devra se caractériser par sa polyvalence (capacité à assurer tout
type de poste de secours et a mettre en place rapidement un PMA sous tout type de structure préexistante),
sa souplesse opérationnelle (emploi plus aisé que celui de la Berce PMA, rendant soin usage adapté
au premier échelon du plan rouge), son caractère modulaire (capacité à armer les infirmeries
du Stade Vélodrome), l’ergonomie de son l’espace de travail (accès, chauffage, climatisation, éclairage…)
et sa capacité d’adaptation (augmentation de la surface de la zone de soins par une extension latérale).
L’hygiène sera également prise en compte puisque les matériaux et l’espace de travail devront
être facilement nettoyés et désinfectés. La «zone oxygène» sera compartimentée
conformément aux normes de stockage.
Enfin, il est entendu que ce véhicule, destiné à devenir en premier lieu une structure de
soin ne sera pas utilisée pour le transport des blessés.
DESCRIPTION DU VÉHICULE
Ces critères rigoureux imposés par le cahier des charges ont conduit la société Procar
à nous proposer un prototype composé de deux cellules médicales et d’une annexe bâchée
à déploiement rapide.
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Matériel contenu dans le VRSM Cellule «réanimation» |
LE CHASSIS, L'ESPACE DE CONDUITE, LA CELLULE :
Le châssis est un modèle Iveco type Eurocargo 100 E 18 P doté d’une suspension arrière
pneumatique. Il est muni d’un système de stabilisation par béquillage hydraulique. L’ensemblier Procar
a remplacé la cabine d’origine par une cabine de type «Europe» adaptée pour s’intégrer
à la cellule.
L’espace de travail :
La cellule est composée de panneaux isolants assemblés à un sommier de carrosserie en acier.
Des vitrages assurent une luminosité naturelle. Les parois se prolongent par un habillage composé
d’éléments en polyester qui carènent le soubassement et le châssis où l’on trouve
plusieurs coffres techniques (batterie, chauffage, centrale électrique…). La cellule est dotée de
deux accès, munis d’un escalier rabattable. À l’arrière, deux rampes télescopiques
amovibles facilitent la manutention du brancard et des chariots. Une cloison médiane divise la cellule en
deux compartiments d’importance identique : la «salle de soins» et la «salle d’urgence».
Sur le côté droit, une extension extractible en toile, solidaire du véhicule et logée
au-dessus de la cellule, peut être déployée sur une armature en aluminium dotée de croisillons
et reposant sur roulettes. Du même côté, est aménagé un coffre fermé par
un portillon muni d’une grille d’aération. Il reçoit un tiroir monté sur glissières.
C’est la «centrale oxygène» composée de trois bouteilles de 3 m3 qui alimentent la cellule
et l’extension latérale. Sur le côté gauche, derrière la cabine, se situe un espace
technique fermé par un rideau coulissant. C’est le logement du groupe électrogène insonorisé
et des sacs médicaux. Le pavillon abrite trois vastes coffres destinés aux brancards et au matériel
de relevage. Une échelle en face arrière permet un accès satisfaisant.
L’aménagement intérieur :
L’aménagement intérieur est modulaire. Il peut être déposé sous l’extension ou
être utilisé pour «gréer» un local (infirmeries du stade). Il repose sur l’utilisation
de meubles amovibles de type «bloc chirurgical» de la société HERMANN MILLER. Il s’agit
de chariots ou de placards de rangement. Le principe de fixation est identique pour tous les meubles. C’est un
jeu de rails fixé sur les parois dans lequel le mobilier vient s’accrocher et se stabiliser. Le revêtement
de sol est un élément polyester étanche, antidérapant et facile à nettoyer lorsque
les meubles ont été déposés au sol. L’éclairage intérieur utilise des
tubes fluorescents alimentés en 220 V et doublés de tubes 24 V L’éclairage extérieur
et celui de l’extension latérale est assuré par deux projecteurs halogènes 24 V. Chaque compartiment
est muni d’un climatiseur AIRWELL. L’extension peut être ventilée ou chauffée par l’intermédiaire
d’un chauffage à air pulsé logé dans le soubassement droit. La cellule dispose d’un circuit
de distribution d’eau sous pression, par l’intermédiaire d’une pompe électrique 24 V. Deux réservoirs
d’une capacité unitaire de 150 l complètent le dispositif (eau propre et eau usée).
L’ESPACE «RÉANIMATION» :
Il comprend un brancard mobile, un poste humide complété par des tiroirs de rangement, un chariot
d’urgence doté d’un support scope défibrillateur et de tout le matériel de réanimation,
un meuble de rangement (kits voies centrales, drains thoraciques et sondage urinaire) et un placard mobile (matériel
et pharmacie) contenant des compléments de matériel de réanimation. Un rail placé sur
toute la longueur de la salle permet de fixer divers instruments (scialytique d’appoint, pousse seringue, potence
de perfusion, respirateur, prise d’oxygène, support plateau…).
LA SALLE DE SOINS :
Elle abrite les meubles qui sont destinés à armer l’extension latérale : un chariot d’urgence
identique à celui de l’espace «réanimation» et un chariot polyvalent servant de «poste
administratif». L’espace ainsi dégagé permet de déployer un divan mural d’examen destiné
aux petits soins médicaux ou chirurgicaux. Le reste de l’ameublement se compose d’un poste humide, d’un
chariot de «médecine générale» contenant des médicaments et du matériel
d’examen et de suture d’un placard mobile «matériel et pharmacie» et de deux meubles de rangement.
Comme précédemment, un rail est placé sur toute la longueur de la salle.
L’EXTENSION LATÉRALE :
Rapidement déployée par deux personnes, elle offre une superficie couverte de 18 m² qui peut
être chauffée et ventilée. Un tapis de sol se déroule à partir du coffre de soubassement.
Il se fixe à la paroi et assure une relative «étanchéité» de l’espace de
soins. Un coffret étanche regroupe une prise 220V, une prise 12V et une sortie d’oxygène. Un rail
de fixation amovible peut être accroché sur la paroi extérieure du véhicule. Quatre
postes de soins comportant chacun un brancard et un porte-brancard sont installés perpendiculairement à
la paroi du véhicule. Le chariot d’urgence et le meuble «administratif» descendus de la «salle
de soins» complètent le dispositif médical.
LE COFFRE LATÉRAL :
Il se compose de sous-unités permettant de doter les équipes de l’avant. Il contient 3 sacs «premiers
secours», 3 sacs «oxygénothérapie-aspiration», 3 sacs «médecin de
l’avant», 1 sac «réanimation», 2 sacs «traumatologie-immobilisation».
MODALITÉS D'EMPLOI
CONFIGURATION «POSTE DE SECOURS» :
Il s’agit d’une mise en place préventive pour des événements rassemblant de nombreux spectateurs.
Le local est armé avec un chariot d’urgence, un chariot de médecine générale, 4 brancards
et porte-brancards. Lors d’un grand rassemblement de foules, s’il n’existe pas de local adapté pour servir
de poste de secours, celui-ci sera établi sous l’extension latérale. Quatre patients peuvent alors
être examinés simultanément.
La salle de «réanimation» est réservée à la prise en charge des urgences
lourdes, la salle de soins médicaux sera utilisée pour la réalisation d’actes de petite chirurgie
ou nécessitant un environnement plus calme.
CONFIGURATION «PLAN ROUGE» :
Dans ce cas, le VRSM sert plutôt de vecteur de matériel. Le secteur défendu par les Marins-Pompiers
étant presque exclusivement urbain, le choix d’un PMA se portera en priorité sur l’adaptation d’un
local préexistant ; le matériel, modulaire et mobile servira aisément à constituer
les diverses zones d’accueil des blessés. Le matériel et les médicaments sont suffisants pour
traiter une quinzaine de blessés. Notons que la maintenance et le suivi des péremptions bénéficient
d’une gestion informatique.
CONCLUSION
Fort de son expérience de terrain, le BMPM a su développer un véhicule adapté à
ses besoins et répondant à sa spécificité opérationnelle. Le service de santé
de l’unité dispose ainsi d’un nouvel outil pour affronter avec efficacité les situations d’exception
faisant de nombreuses victimes.
Docteur Claude MOUGEOLLE
Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille