Fixation sécurisée
de la sonde d’intubation


Eric TORRES et Eric ROYER

Les médecins amenés à intervenir dans le cadre des secours en milieu périlleux (GRIMP, secours en montagne) sont parfois confrontés au risque d’extubation accidentelle du patient lors de la réalisation de manœuvres de brancardage particulièrement longues ou techniques.

Le ballonnet de la sonde d’intubation ne sert qu’à assurer l’étanchéité entre la sonde d’intubation et la trachée (ventilation sans fuite, protection des voies aériennes contre l’inhalation accidentelle du contenu gastrique). Il n’a aucun rôle de fixation ou de maintien de la sonde en position correcte. La fixation de la sonde d’intubation doit donc être assurée par un moyen «externe» comme une «cravate» de sparadrap collée sur le maxillaire supérieur (partie fixe de la mâchoire) ou un lacs passé autour de la tête du patient. Nous nous proposons de décrire ici une technique permettant d’optimiser ces moyens de fixation afin de limiter le risque d’extubation accidentelle lorsque le patient doit être mobilisé.

TECHNIQUE
La technique préconisée consiste à augmenter le diamètre du lien afin de pouvoir serrer plus étroitement le dispositif contre le visage du patient sans risquer de provoquer de lésions. Pour cela les auteurs conseillent d’utiliser un lacs traditionnel (ou un lacet) introduit au travers d’une seconde sonde d’intubation dans laquelle on aura pris soin de réaliser un orifice latéralisé du côté de la concavité, dans sa courbure au niveau de sa partie médiane. Le lien sera disposé de manière à faire une boucle après le franchissement de cet orifice afin de maintenir fermement la sonde d’intubation au contact du dispositif de fixation ainsi réalisé (voir photo). L’ensemble sera solidarisé au patient par un nœud.


VARIANTES
En fonction des habitudes de l’opérateur et des moyens dont il dispose il pourra utiliser à la place du lacs un lacet ou un autre type de lien. La sonde d’intubation servant à protéger ce lien pourra être remplacée par une portion de sonde gastrique ou par un morceau de tubulure à oxygène.

AVANTAGES
Ce mode de fixation, particulièrement résistant, permet d’éviter à la fois l’extubation malencontreuse (traction sur la sonde) et le risque d’intubation sélective secondaire (enfoncement de la sonde). Il résiste à des tractions accidentelles de plusieurs kilos qui peuvent parfois se produire lors de la prise en charge en terrain difficile (brancardage long et technique). Cette technique est utilisable sur le sujet barbu ou en sueur (hypercapnie), contrairement à la fixation traditionnelle au sparadrap. Enfin, l’utilisation de sondes d’intubations ayant dépassé la date de péremption pour réaliser ce dispositif de fixation rend son coût pratiquement nul.

INCONVENIENTS
Afin de ne pas perdre de temps lors de l’intervention, ce dispositif de fixation doit être préparé à l’avance. Il prendra ensuite peu de place dans le compartiment «intubation» du sac d’intervention.
Ce montage est uniquement destiné à être utilisé dans certaines situations extra hospitalières «difficiles». Il ne doit pas être laissé en place trop longtemps pour éviter d’irriter la visage (commissures labiales, joues) de la victime. Il n’est pas destiné à être utilisé systématiquement lors des interventions en situation conventionnelle et encore moins à l’hôpital ou les méthodes de fixation classiques sont amplement suffisantes.
Enfin, cette technique ne dispense pas de la règle habituelle de prudence qui consiste à vérifier par l’auscultation la bonne position de la sonde après chaque mobilisation du patient comme le rappelle l’aphorisme :

«patient intubé et mobilisé
= patient ausculté».


CONCLUSION
La technique décrite nous paraît simple et efficace. Elle nous semble particulièrement adaptée aux besoins de la médicalisation en milieux périlleux. Nous avons eu l’occasion de la tester à plusieurs reprises dans le cadre du secours en paroi (évacuation d’un patient sur perche Piguilhem) ou du secours sur piste (évacuation d’un patient en barquette). Dans tous les cas, elle nous a donné entière satisfaction.

Docteur Eric TORRES
SDIS 13 /
revue@urgence-pratique.com
Docteur Eric ROYER
Grimp 14 /
urgence.com