Eric TORRES et Marie-Pierre RUDELIN
Intubation en urgence à domicile au lit du malade
L’intubation trachéale en urgence réalisée à
domicile, au lit même du patient ou dans un service hospitalier non spécialisé, peut parfois
poser au médecin un ennuyeux problème de positionnement en raison de la difficulté d’accès
à la tête de la victime. Il existe cependant une technique simple qui permet d’éliminer cet
obstacle.
Dans le cadre des interventions primaires réalisées au domicile ou dans un service hospitalier non spécialisé, l’opérateur peut être considérablement gêné pour se positionner correctement selon le grand axe du patient au moment de l’intubation, la tête du lit n’étant pas mobile dans la plupart des cas. Dans cette situation embarrassante, l’exposition de la glotte par laryngoscopie, nécessaire au cathétérisme de la trachée, est parfois difficile à réaliser. Le problème consiste donc à obtenir un accès direct à la tête du patient afin d’aborder ses voies aériennes supérieures sans pour autant être obligé d’installer le malade sur le sol, ce qui constitue une source possible de traumatisme, d’inconfort et parfois une perte de temps.

TECHNIQUE
Les auteurs proposent de positionner le malade dans son lit de telle sorte que ses voies aériennes supérieures
deviennent accessibles malgré la présence de la tête du lit. Pour cela, il suffit de tirer
légèrement le patient par les pieds pour le faire descendre de 20 à 30 cm vers le bas, puis
de faire pivoter son buste vers la droite ou vers la gauche afin de l’installer dans l’axe de la diagonale du
lit. La position à obtenir permet l’abord «côté tête» tout
en respectant l’axe anatomique du corps. Le patient se retrouve ainsi positionné comme s’il était
allongé sur un brancard en salle de déchocage. L’opérateur peut alors se placer correctement
et réaliser l’intubation trachéale dans des conditions proches de celles qui lui sont habituelles.
AVANTAGES
En fonction de la disposition des lieux et de l’habitude de l’opérateur, celui-ci pourra éventuellement
appuyer son coude gauche sur le plan du lit pour faciliter son geste. Il évitera ainsi les désagréments
liés à la tétanisation de l’avant-bras et de l’épaule ainsi que les crampes diverses
qui viennent rapidement parasiter les gestes du médecin confronté à une intubation difficile.
Cette manière de procéder, outre sa facilité de réalisation et sa rapidité de
mise en œuvre, permet d’éviter l’installation du patient au sol (risque de traumatisme, perte de temps)
ainsi que l’escalade acrobatique de la tête du lit par l’opérateur (risque de résultat hasardeux).
Le procédé décrit a également l’avantage, parce qu’il autorise le maintien du malade
sur son lit, de permettre un important gain de place, ce qui est parfois très appréciable dans le
cadre de la prise en charge des urgences extrahospitalières au domicile où l’espace de travail est
souvent (très) limité.
INCONVENIENTS
Cette méthode n’est pas à conseiller dans le cadre de la réanimation des arrêts cardio-respiratoires
(sauf si on dispose d’un plan dur à interposer entre le patient et le matelas). En effet, dans ce cas il
est recommandé d’installer le patient au sol afin d’utiliser ce plan dur naturel pour permettre un massage
cardiaque efficace.
CONCLUSION
Ce moyen simple peut parfois s’avérer très utile aussi bien au domicile du patient que dans certains
services non spécialisés où les lits ne sont pas conçus pour être démontés.
Il dispense d’autant moins des précautions d’usage lors de l’intubation (oxygénation systématique,
aspirateur de mucosités à proximité...) que l’environnement de travail est inconfortable et
que l’accès à la victime est malaisé.
Docteur Marie-Pierre RUDELIN
SDIS 13 - SMUR de Hyères (83)
Docteur Eric TORRES
SDIS 13 - Urgence Pratique
Eric.torres@wanadoo.fr