Eric TORRES - Pascale CAU
E.mail :
eric.torres@wanadoo.fr
Trucs et ficelles du métier
Intubation impossible en pratique extra-hospitalièreVentilation inter-cricothyroïdienne méthode et variantes.
La ventilation au travers dun cathéter veineux court en position inter-cricothyroïdienne est une technique doxygénation de sauvetage. Cette méthode ne permet pas le rétablissement dune ventilation satisfaisante mais autorise pendant quelques minutes un apport doxygène de fortune suffisant pour attendre que des gestes plus performants de libération des voies aériennes supérieures soient réalisés.
Dans ce contexte durgence, il nous paraît utile de connaître plusieurs techniques de montage du dispositif afin de pouvoir sadapter aux circonstances et surtout au matériel dont on dispose.
Technique
La ponction est réalisée à
laide dun cathéter veineux court de fort diamètre (14 à 16 G) monté sur
une seringue. Après désinfection, lopérateur repère la membrane
inter-cricothyroïdienne, entre les cartilages thyroïde et cricoïde, quil
ponctionne perpendiculairement et sur la ligne médiane. La progression se fait «le vide
à la main» afin dobjectiver le positionnement dans la lumière trachéale par
laspiration dair dans la seringue. On oriente alors le cathéter vers le bas
(en direction de la carène). Le cathéter est enfin poussé à fond dans la trachée et
sa bonne position confirmée par une nouvelle aspiration dair à laide de la
seringue.
Labord trachéal étant ainsi résolu, le problème consiste à «bricoler» un
dispositif de fortune destiné à relier le cathéter à un ballon auto-remplisseur
alimenté en oxygène pur.
Pour cela, nous proposons trois solutions :
1ère solution :
Matériel nécessaire.
Une seringue de 2 cc.
Un raccord de sonde dintubation n° 7,5.
Le cathéter est relié à la seringue 2 cc. Le raccord de sonde dintubation n° 7,5
permet de relier le corps de la seringue au ballon auto-remplisseur.
2ème solution :
Matériel nécessaire.
Deux seringues de 10 cc (une pour réaliser le montage et une autre pour gonfler le
ballonnet).
Sonde dintubation.
Le cathéter est relié à la seringue de 10 cc. Lextrémité distale dune
sonde dintubation est introduite dans le corps de la seringue. Létanchéité
du dispositif est assurée par gonflage du ballonnet (doù la nécessité de
disposer dune seconde seringue). La sonde dintubation est enfin reliée au
ballon auto-remplisseur par son raccord proximal.
3ème solution :
Matériel nécessaire.
Une seringue de 2 cc.
Un raccord de sonde dintubation n° 7,5.
Un raccord annelé.
Le cathéter est relié à la seringue de 2 cc. Le raccord de sonde dintubation n°
7,5 permet de mettre en rapport le corps de la seringue avec le raccord annelé qui
viendra sadapter par son autre extrémité sur le ballon auto-remplisseur.
Discussion
Dans tous les cas, lévaluation
de lefficacité de la ventilation se fera, au minimum, par lobservation des
mouvements dexpansion du thorax lors des insufflations et par lauscultation
des deux champs pulmonaires.
Le choix entre ces trois variantes se fera principalement en fonction du matériel
disponible. Si on a le choix, on se souviendra que si les solutions 2 et 3 paraissent plus
confortables (la flexibilité du dispositif limite les risques darrachement
intempestif), elles ont cependant linconvénient daugmenter légèrement le
volume de lespace mort.
Complications
La complication majeure de cette
technique est liée à ses limites dutilisation. En peu de temps, lefficacité
ventilatoire insuffisante peut être responsable dune hypoxie majeure pouvant
aboutir à la mort de la victime.
Les autres complications sont rares à la condition que les repères anatomiques aient
été recherchés rigoureusement :
Hémorragie locale. Emphysème sous-cutané ou médiastinal. Luxation du cartilage
laryngé. Lésion de listhme médian de la thyroïde. Lésion des cordes vocales.
Perforation de lsophage.
Conclusion
La ventilation
inter-cricothyroïdienne est une méthode de sauvetage à nutiliser quen cas
dintubation impossible avérée. Elle nest en aucun cas destinée à palier le
manque dexpérience à intuber de lopérateur, et cela dautant plus que
si elle permet doxygéner de manière plus ou moins satisfaisante le patient, elle
nassure, par contre, aucune protection des voies aériennes contre linhalation
accidentelle du contenu gastrique.
Lapport momentané doxygène permet dattendre quelques minutes la mise
en uvre de techniques plus performantes de libération des voies aériennes
(minitrachéotomie, crico-thyroïdotomie chirurgicale, etc.).
Docteur Eric TORRES
Médecin Capitaine CSP DIGNE
SMUR Hyères
E.mail : eric.torres@wanadoo.fr
Docteur Pascale CAU
Médecin Capitaine CSP DIGNE
Assistant SAMU 04
Bibliographie
P. Barriot, P. Carli, B. Riou. -
Réanimation initiale des blessés graves. - Éditions Frison-Roche, Paris 1994.
Cours avancé de réanimation des polytraumatisés (édition Française), American College
of Surgeons, Chicago 1994.
D. Meyran, B. Bultez, T. Dulion, A. Campillo. - Libération des voies aériennes et
accident de la route. - Urgence Pratique n° 19 ,1996, p. 77-82.
P. Le Danec, M. Imbert, P. Fontaine, H. Julien. - Les intubations difficiles en
réanimation préhospitalière.- Anesthésie Réanimation Pratique n° 10, Mars 1990.
J.Y. Dallot, A. Bordeloup. - Guide pratique des gestes médicaux. - Éditions Maloine,
Paris 1990.