Trucs et ficelles du métier
Intubation difficile en pratique extra-hospitalièreTechnique dintubation trachéale rétrograde
Lintubation rétrograde
est une technique de sauvetage à utiliser en dernier recours face à une intubation
difficile, cest à dire lorsque lorifice glottique est impossible à exposer
(anomalie anatomique, traumatisme maxillo-facial, traumatisme du rachis cervical,
limitation douverture buccale).
Son indication est donc extrêmement limitée et son usage à réserver exclusivement à
un opérateur entraîné. Sa connaissance peut cependant savérer salvatrice dans
certaines situations critiques.
TECHNIQUE
La méthode consiste à ponctionner la
membrane intercricothyroïdienne pour introduire dans la trachée un guide métallique de
voie centrale qui sera poussé jusque dans la cavité nasale ou buccale. Ce guide est
utilisé pour faire coulisser la sonde dintubation et faciliter le cathétérisme de
lorifice glottique.
Les différentes séquences composant la technique sont les suivantes :
On réalise une anesthésie locale à la Xylocaïne 1% en sous cutané et en intra
trachéal au niveau de lespace intercricothyroïdien sur la ligne médiane. La
membrane intercricothyroïdienne est ponctionnée à laide dun kit de voie
centrale. On progresse «le vide à la main». Le reflux dair dans la seringue
confirme la position intra trachéale de laiguille.
Laiguille de ponction est inclinée en direction céphalique. La seringue est
désadaptée. Le guide métallique est introduit prudemment par son extrémité mousse en
prenant soin de ne pas léser les cordes vocales situées juste au dessus du point de
ponction.
Lextrémité du guide est récupérée par une narine ou par la bouche en
saidant du laryngoscope et de la pince de Magill. On immobilise alors
lextrémité du guide au niveau du point de ponction à laide dun porte
aiguille.
La sonde dintubation est glissée sur le guide métallique maintenu en traction.
Après le franchissement des cordes vocales, la sonde est poussée en butée jusquà
lextrémité du guide qui est alors retiré. A ce stade, il existe un risque majeur
dextubation accidentelle. On peut sécuriser la manuvre en introduisant une
sonde gastrique dans la sonde dintubation avant le retrait du guide. Cette sonde
servira de deuxième guide lors du retrait du premier. Enfin, la sonde est positionnée
correctement puis fixée solidement.
AVANTAGES
Cette technique, rapide à mettre en uvre sur le terrain, est utilisable aussi bien pour une intubation naso-trachéale que oro-trachéale. Dans ce deuxième cas, il faut alors récupérer le guide métallique dans la cavité buccale en saidant dune pince de Magill et dun laryngoscope. Cette technique nutilise que du matériel simple, standardisé et couramment disponible (plateau pour voie centrale, plateau dintubation).
PROBLÈMES TECHNIQUES ET SOLUTIONS
La progression de la sonde peut être
gênée par la butée de son extrémité sur le bord de lorifice glottique. Une
traction ferme sur le guide suffit en général à permettre son passage.
Le franchissement de lorifice supérieur du larynx peut être difficile.
Lutilisation du cathétérisme partiel de type I (entrée du guide par
lextrémité distale de la sonde et sortie par son orifice latéral) permet
daccompagner la progression de la sonde en la faisant tourner autour de son axe tout
en maintenant le guide en tension. Une variante de cette technique consiste à réaliser
avec le guide une boucle autour de lillet latéral ce qui permet la traction
de la sonde dintubation par lintermédiaire de lextrémité basse du
guide. Le cathétérisme partiel de type 1 permet en outre lutilisation dun
guide court si on ne dispose pas de celui de 75 cm.
Enfin, remarquons que si le choix dun point de ponction sous-cricoïdien évite
lextubation accidentelle lors du retrait du guide, cette méthode est à
déconseiller car elle expose au risque de plaie vasculaire et de lésion de listhme
médian de la thyroïde.
CONCLUSION
Cette méthode constitue une pratique dexception qui exige un certain degré dentraînement. Elle ne doit pas être «improvisée». Son indication se limite aux véritables intubations difficiles. Elle nest en aucun cas destinée à palier le manque dexpérience à intuber de lopérateur. Il en existe de multiples variantes, celle que nous avons choisi de décrire nous semble présenter le meilleur compromis entre sécurité et utilisation de matériel usuel.
Eric TORRES
Médecin Capitaine CSP Digne
SMUR Hyères
E.mail : eric.torres@wanadoo.fr
Michel TASHAN
Assistant SAMU 04
BIBLIOGRAPHIE
P. Barriot, P. Carli, B. Riou.-
Réanimation initiale des blessés graves. - Éditions Frison-Roche, Paris 1994.
P. Barriot, P. Carli, B. Riou.- Lintubation trachéale rétrograde. - JEUR, 1992, 5,
67 - 1972.
P. Le Danec, M. Imbert, P. Fontaine, H. Julien.- Les intubations difficiles en
réanimation préhospitaliére. - Anesthésie Réanimation Pratique n° 10, Mars 1990.
Matériel nécessaire
Xylocaïne à 1%
Seringue de 5 ml avec aiguille IM pour anesthésie locale.
Kit de voie centrale 75 cm (guide métallique à bout mousse, cathéter, trocart).
Porte aiguille.
Sonde dintubation (avec illet latéral).
Sonde naso-gastrique.
Laryngoscope et pince de Magill.