Eric TORRES - Michel TASHAN - Marie-Pierre
RUDELIN
E.mail : eric.torres@wanadoo.fr
Trucs et ficelles du métier
Les positions dattente et de transport
Justifications physiopathologiques et principales indications
installation dune victime en position dattente et de transport poursuit un double but : disposer le patient dans une posture qui vise à obtenir des conditions susceptibles de préserver ou daméliorer ses fonctions vitales (conscience, état ventilatoire, état circulatoire), tout en veillant à ne pas aggraver déventuelles lésions traumatiques associées. Nous nous proposons de rappeler brièvement les indications de ces positions ainsi que les grandes lignes de leurs justifications physiopathologiques.
Lors de labord dune victime, une
des premières questions à se poser est la suivante : "La position spontanément
adoptée par le patient est-elle celle la mieux adaptée à son état ?" En cas
de réponse négative, il convient destimer le rapport bénéfice/risque dun
éventuel changement de position. Si cette mobilisation ne pose généralement pas de
problème dans le cadre des urgences médicales, il nen est pas de même en
traumatologie. Dans ce contexte, la hantise dune lésion rachidienne imposera
lemploi de règles strictes de manutention (avec parfois plusieurs secouristes),
seules garantes du respect de la rectitude de laxe tête-cou-tronc. Une victime
consciente aura, le plus souvent, tendance à adopter spontanément la posture dans
laquelle elle se sent le mieux. Cette position sera généralement à respecter, à
condition quelle soit en accord avec les grands principes que nous allons rappeler
ici.
Pour des raisons didactiques, il est pratique de classer les positions dattente en
quatre grandes catégories : les positions dérivées du décubitus dorsal, les positions
dérivées du décubitus latéral, les positions dérivées de la position assise et le
cas particulier du décubitus ventral. Les techniques spécifiques qui permettent
dinstaller le patient dans lune ou lautre de ces positions sont
réputées acquises par les médecins et les secouristes. Elles ne seront donc pas
détaillées ici.
POSITIONS DATTENTE DÉRIVÉES DU DÉCUBITUS DORSAL
DÉCUBITUS DORSAL, À PLAT DOS STRICT :
La position à plat dos strict est indiquée chez tout patient en arrêt respiratoire ou
cardio-respiratoire. Elle permet la réalisation des manuvres de réanimation cardio
pulmonaire de base (libération des voies aériennes, ventilation, massage cardiaque
externe) ainsi que les gestes de réanimation spécialisée (choc électrique
externe, intubation, abord veineux périphérique). Elle favorise la restauration
dun débit sanguin cérébral lors du Massage Cardiaque Externe. Elle limite le
risque dhypo débit cérébral sans sopposer au retour veineux.
DÉCUBITUS DORSAL, MEMBRES INFÉRIEURS
SURÉLEVÉS :
Le décubitus dorsal avec surélévation des membres inférieurs est indiqué chez
toute victime consciente présentant une hémorragie abondante (interne, externe ou
extériorisée) ainsi que devant la constatation de signes dhypovolémie sévère
(collapsus, tachycardie ou bradycardie paradoxale, temps de recoloration cutané allongé,
troubles de la conscience...). Dans le cas particulier de lhémorragie
extériorisée, les mesures durgence visant à arrêter le saignement (compression
manuelle, pansement compressif, point de compression) priment sur linstallation en
position dattente. Devant une plaie hémorragique du membre supérieur, la
surélévation du segment de membre intéressé (sil nexiste pas de fracture
associée) améliorera lefficacité des gestes dhémostase.
Linstallation du patient en décubitus dorsal, membres inférieurs surélevés, peut
en outre permettre de limiter les effets dun malaise vagal. Cette position est
contre-indiquée en cas de fracture des membres inférieurs ou du bassin. Son principe
repose sur la redistribution dune partie du sang contenu dans le système capacitif
veineux des membres inférieurs, vers la partie supérieure du corps.
DÉCUBITUS DORSAL, CUISSES FLÉCHIES :
Le décubitus dorsal, cuisses fléchies, les jambes étant disposées en position repliée
ou horizontale, est indiqué chez toute victime consciente présentant une plaie ou un
traumatisme fermé de labdomen. Elle est souvent spontanément adoptée par le
patient conscient présentant une douleur abdominale aiguë. Elle permet de diminuer les
phénomènes douloureux en favorisant le relâchement des muscles de la sangle abdominale.
DÉCUBITUS DORSAL EN POSITION PROCLIVE DE
10° :
Cette position est recommandée dans le cadre de la prise en charge des
neurotraumatisés. Tous les brancards des ambulances modernes permettent cette position.
Le but recherché consiste à diminuer loedème cérébral en favorisant le retour
veineux. Cette position peut avoir un effet néfaste sur la tension artérielle, qui doit
être contrôlée toutes les 10 minutes.
POSITIONS DATTENTE DÉRIVÉES DU DÉCUBITUS LATÉRAL
POSITION LATÉRALE DE SÉCURITÉ (PLS) :
La PLS est indiquée en cas de troubles isolés de la conscience, cest-à-dire en
labsence de détresse respiratoire ou circulatoire associée. Elle permet
dassurer un certain degré de liberté des voies aériennes (la tête de la
victime est ramenée avec précaution vers larrière) et de limiter le risque
dinhalation du contenu gastrique (la bouche est légèrement ouverte et dirigée
vers le sol). La mise en PLS constitue une manuvre à risques dans le cadre de
la prise en charge dun blessé potentiellement porteur dune lésion du rachis
cervical, mais même dans cette situation, cest le risque vital qui prime devant
léventuelle aggravation dune lésion neurologique supposée. La technique de
mise en PLS chez le blessé grave ou chez le polytraumatisé doit être connue de tous les
intervenants de lurgence (médecins et secouristes) et respectée
scrupuleusement. Lorsquelle est réalisée à trois secouristes, elle permet de
respecter laxe tête-cou-tronc lors de la mobilisation de la victime. Un collier
cervical peut être mis en place avant la PLS.
La PLS peut aussi bien être réalisée à droite quà gauche. En cas de fracture
dun membre la victime sera tournée du côté sain, de manière à ce que le poids
du corps ne comprime pas le membre lésé. Si on a le choix, on préférera néanmoins
tourner la victime sur le côté gauche afin de pouvoir la surveiller plus facilement une
fois quelle sera installée dans lambulance ou le VSAB (véhicules
normalisés avec porte brancard à gauche). Dans le cas particulier du traumatisé
thoracique présentant des troubles de la conscience, la PLS sera réalisée du côté de
la lésion afin de favoriser lefficacité des mouvements ventilatoires du poumon
sain.
POSITION OBSTÉTRICALE (OU PLS GAUCHE) :
La position obstétricale ou PLS gauche est indiquée pour le transport de toute femme
enceinte (même si elle est consciente) à partir du 7ème mois de grossesse. Elle permet
de supprimer la compression exercée par le poids de lutérus gravide sur la veine
cave inférieure.
POSITIONS DATTENTE DÉRIVÉES DE LA POSITION ASSISE
POSITION ASSISE (MEMBRES INFÉRIEURS
PENDANTS) :
La position assise au bord du lit (ou sur une chaise) est indiquée chez tout
patient présentant une détresse respiratoire consécutive à la survenue dun
dème aigu du poumon. Elle est souvent adoptée spontanément par la victime,
quil nest pas rare de trouver également debout, penchée dans
lembrasure dune fenêtre (soif dair). Cette posture permet de
diminuer le retour veineux (précharge ventriculaire gauche) et, conséquemment, la
pression artérielle pulmonaire.
POSITION DEMI-ASSISE (MEMBRES INFÉRIEURS
ALLONGÉS) :
La position demi-assise stricte est indiquée en cas de gêne respiratoire ou de
détresse respiratoire chez un malade conscient (crise dasthme par exemple). Cette
posture améliore lefficacité des mouvements ventilatoires en facilitant le jeu du
diaphragme, ainsi soulagé du poids des viscères abdominaux. Sil existe une gêne
ventilatoire consécutive à une blessure thoracique, le patient peut également être
maintenu dans cette position, mais tourné vers le côté lésé. Le blessé indique alors
lui même dans laquelle de ces deux positions il se sent le mieux.
POSITION DEMI-ASSISE (MEMBRES INFÉRIEURS
FLÉCHIS) :
La position demi-assise, membres inférieurs fléchis constitue un cas particulier. Elle
représente une combinaison de deux positions dont nous avons déjà parlé. Elle est
indiquée en cas de traumatisme thoraco-abdominal. La composante thoracique est
améliorée par la position demi-assise, la composante abdominale par la flexion des
membres inférieurs. Avant dadopter cette position, il est préférable de
sassurer de labsence de lésions des membres inférieurs, du bassin et du
rachis. En cas de doute, on respectera la position initialement adoptée par le patient.
POSITION ASSISE, PATIENT PENCHÉ EN
AVANT :
La position assise, patient penché en avant, est indiquée dans le cadre de la
prise en charge et du transport des enfants (mais aussi des adultes) présentant une
épiglottite. Dans ce contexte, il faut rappeler que tout passage en position allongée
est strictement contre-indiqué (risque de détresse respiratoire aiguë par obstruction
brutale des VAS), sauf si la victime est préalablement intubée ou si un abord
transtrachéal a été réalisé. Cette position limite la gêne respiratoire et
soppose en partie au risque dobstruction des voies aériennes par
lhypertrophie inflammatoire de lépiglotte. Cette posture convient également
en cas dépistaxis (on demande au patient de réaliser simultanément une
compression nasale manuelle) car elle permet de limiter le risque découlement
sanguin postérieur.
DECUBITUS VENTRAL
Linstallation et le transport dun malade en décubitus ventral reste une indication dexception. Cette posture, particulièrement inconfortable est, en effet, susceptible daggraver une gêne respiratoire préexistante. Elle perturbe également la surveillance clinique du patient en empêchant laccès aux voies aériennes (intubation) et au thorax (auscultation cardiaque, contrôle de lampliation thoracique). Elle nest indiquée que lors de la prise en charge de lésions hyperalgiques (plaies ou brûlures) de la face postérieure du tronc ne présentant pas dassociation avec une atteinte des fonctions vitales. Rappelons pour mémoire que le décubitus ventral peut être utilisé, dans un but thérapeutique, chez le patient de réanimation (intubé et ventilé) dans le cadre de la prise en charge du Syndrome de Détresse Respiratoire de lAdulte (SDRA).
CONCLUSION
La période de transport dun malade ou dun blessé grave constitue toujours une étape "à risques" au cours de laquelle les perturbations liées au déplacement de la victime (vibrations, accélérations, décélérations, mouvements dinclinaison) contribuent à aggraver son état. Lors du transport et durant la phase qui le précède, la connaissance et lutilisation dun certain nombre de règles simples dans la procédure dinstallation du malade sont fondamentales. Si ces techniques reposent avant tout sur des principes élémentaires de secourisme, ces positions ne perdent cependant rien de leur intérêt lors de la phase de médicalisation des secours. Elles doivent donc être connues et utilisées par le médecin, ne serait-ce que pour vérifier que la position de la victime (spontanée ou imposée par les secouristes) est adaptée à son état neurologique, ventilatoire et hémodynamique ainsi quà la nature de ses lésions. Lutilisation de ces postures ne dispense en aucun cas de la surveillance de la victime, dont létat clinique peut se modifier à tout instant et nécessiter une adaptation rapide de la stratégie de prise en charge.
Eric TORRES
Médecin Capitaine CSP Digne
SMUR de Hyères
E.mail : eric.torres@wanadoo.fr
Michel TASHAN
Médecin Capitaine SDIS 13
SAMU 04
Marie-Pierre RUDELIN
Médecin attaché
SMUR de Hyères