Eric TORRES - Urs WIGET
E.mail : eric.torres@wanadoo.fr

Trucs et ficelles du métier

Secours en milieu périlleux

Réalisation d’un collier cervical à l’aide d’une attelle "Sam® Splint".

L’immobilisation du rachis cervical peut parfois poser un problème complexe dans le cadre des interventions en milieu périlleux. Il est en effet difficile de disposer dans certaines circonstances (secours en falaise, secours en canyon) d’un jeu de colliers cervicaux. Ces colliers ont l’inconvénient d’occuper un grand volume dans le sac à dos et de ne pas être toujours utilisables dans l’eau (modèles en mousse).

PRÉSENTATION DU MATÉRIEL

L’attelle Sam® Splint est constituée d’une feuille d’aluminium déformable de 0,3 mm d’épaisseur, tapissée sur chacune de ses deux faces d’une couche de mousse à cellules fermées. La face bleue est un peu plus épaisse que la face orange.
Cette attelle possède la particularité de pouvoir s’adapter par pliage à la région anatomique à immobiliser, et de se rigidifier lorsqu’on lui donne la forme d’une gouttière. Elle est radio transparente, imperméable et réutilisable. Elle ne se détériore pas lors des variations de température, d’altitude ou d’exposition à l’humidité. Elle peut se conserver roulée ou pliée au fond d’un sac à dos : son volume est alors très faible et son poids négligeable.

TECHNIQUE

La technique proposée par les auteurs constitue une méthode d’improvisation plus particulièrement adaptée au secours en milieu périlleux où le gain de poids et de place dans le sac d’intervention est une préoccupation constante. Elle respecte le principe de l’immobilisation du rachis cervical qui consiste à limiter à la fois les mouvements de rotation, de flexion/extension et de flexion latérale en maintenant constante la distance menton/anubrium sternal.
On réalise, à un travers de main de l’extrémité de l’attelle, une encoche évasée destinée à prendre appui sur le menton de la victime (photo 2).
Pendant qu’un aide assure le maintien de la tête, l’attelle est glissée avec précaution sous le cou de la victime. L’encoche mentonnière servira de point de référence pour assurer un positionnement correct du dispositif de contention (photo 3).
L’attelle est ensuite enroulée prudemment autour du cou du patient. L’inclinaison initiale donnée à la feuille d’aluminium permet d’obtenir des appuis sur le menton (qui reste le point de référence) l’occiput et les épaules (photo 4). Pendant toute la durée de la manoeuvre le maintien de la tête est poursuivi.
Un dernier appui est finalement obtenu par contact de l’attelle avec la partie haute du sternum de la victime (photo 5).
Pour terminer, l’attelle est rigidifiée grâce à la confection de deux gouttières latérales (photo 6) et d’une gouttière antérieure (photo 7).

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI

La partie profilée de l’attelle destinée à maintenir le menton doit être moulée avec précaution afin de s’adapter parfaitement à la forme de la mandibule. Elle ne doit en aucun cas reposer trop bas (risque de contention inefficace).
La réalisation des plis latéraux et du pli antérieur (profilé) est indispensable pour assurer au dispositif une rigidité suffisante.
L’immobilisation du rachis doit être faite en position neutre. Cette position est obtenue lorsque la tête est légèrement défléchie vers l’arrière.

AVANTAGES

L’attelle est transportable roulée ou pliée. Elle permet un gain de poids et de place considérable dans le sac d’intervention. Sa présentation en taille unique (le pliage lui permettant de s’adapter à toutes les morphologies) évite de s’encombrer d’une série de colliers cervicaux.
Son utilisation est possible en ambiance humide (secours en canyon).
L’attelle est totalement polyvalente, elle peut servir à immobiliser également en cas de besoin un segment de membre (cheville, genou, jambe, membre supérieur).

INCONVÉNIENTS

La méthode proposée rend impossible la prise du pouls carotidien ainsi que l’abord trachéal.
L’apprentissage de la mise en place de l’attelle nécessite une certaine habitude et donc un entraînement préalable.
La présence d’un deuxième sauveteur pour maintenir la tête lors de la mise en place de l’attelle est très souhaitable.

CONCLUSION

Cette technique d’immobilisation du rachis, malgré son efficacité satisfaisante reste un procédé d’improvisation destiné à pallier l’absence d’un véritable collier cervical.
Dans tous les cas où celui-ci est disponible il sera, bien sûr, utilisé préférentiellement.
Une fois l’attelle mise en place le conditionnement sera poursuivi par l’installation du blessé sur un dispositif adapté (perche Piguilhem, Ked, brancard tsa, etc.).

Quelques précisions :

L’attelle "Sam® Splint" est fabriquée par The Seaberg Company, Inc.
Elle est également commercialisée sous le nom "Immoflex ®".
Il en existe aussi une "version vétérinaire" dont le feuillet d’aluminium présente une épaisseur de 0,4 mm (au lieu de 0,3).

 

Eric TORRES
Médecin Capitaine CSP DIGNE
SAMU 04

Urs WIGET
REGA
Air-Glaciers