Docteur Jean-Claude DESLANDES
Urgence Pratique
LES DÉRIVÉS NITRÉS Principes daction et indications en urgence
La nitroglycérine (NTG) est synthétisée en 1846 par Sobrero. Ses propriétés anti-angoreuses sont décrites en 1879 par Murrel, qui en démontre lefficacité, par voie sub-linguale, dans le traitement curatif et préventif de langor. Malgré son intérêt prouvé, lutilisation de la NTG a longtemps été restreint par sa courte durée daction par la seule voie alors utilisable. Cest la mise au point dautres formes, pommades et formes orales à libération prolongée, qui a permis délargir les indications à linsuffisance cardiaque congestive ou survenant au décours dun infarctus du myocarde (IDM), mais aussi à la préservation du myocarde ischémié. Ladministration I.V. est possible depuis 1969.

Concentration plasmatique de trinitrine après administration sublinguale de 0,6 mg chez 10 volontaires sains. (daprès Armstrong L.W., Armstrong J.A., Marks G.S. Circulation 1979, 59 ; 585-88)
PHYSIOLOGIE DE LA VASO-MOTRICITÉ
1 - RÉGULATION DE LA VASO-MOTRICITÉ
La régulation de la vaso-motricité obéit à des lois et des mécanismes différents selon le type de vaisseau concerné : artériole, artère ou veine.
a) Vasomotricité artériolaire
Les artérioles constituent la majeure part des " résistances
périphériques " opposées à léjection ventriculaire gauche (EVG). Ces
résistances sont proportionnelles à la pression artérielle (PA), et inversement
proportionnelles au débit cardiaque (DC). Elles sont diminuées par ladministration
dun vasodilatateur et obéissent à la loi de Poiseuille régissant
lécoulement des flux laminaires. Cette loi ne peut cependant être retenue pour
évaluer les résistances de lindividu " global ", compte tenu
de lextrême hétérogénéité de réponse des différentes régions de
lorganisme. Les circulations cérébrales, cutanées, rénales, musculaires, par
exemple, sont modulées par des systèmes régulateurs différents, qui peuvent être
nerveux, métaboliques ou endothéliaux. Présents à tous les niveaux, ils jouent selon
les territoires un rôle quantitatif variable.
Par ailleurs, lors dune vasodilatation, la PA et le DC ne varient pas
indépendamment lun de lautre. Des mécanismes dadaptation, notamment
baro-réflexes, se mettent en jeu. Nous pouvons, en fait, considérer que les résistances
périphériques sont la résultante à la fois dun phénomène vasomoteur et de
mécanismes compensateurs variables dun territoire à lautre.
b) Vaisseaux artériels de gros calibre
Les vaisseaux artériels de gros calibre sont des vaisseaux de distribution, ou de conductance.
Leur structure histologique conjonctive est dense en fibres élastiques, et ils ne
représentent quune faible part des résistances à lécoulement du sang.
Cependant léchographie vasculaire, mesurant de façon précise et reproductible le
diamètre de ces vaisseaux, a pu permettre de souligner leur rôle dans la régulation de
la vasomotricité. Il a été longtemps communément admis quils subissaient une
dilatation " passive " sous leffet dune augmentation de la
PA. En fait certains vasodilatateurs comme la trinitrine et les inhibiteurs de
lenzyme de conversion augmentent le diamètre des artères alors que la PA diminue,
tandis que dautres comme la di-hydralazine diminuent concomitamment diamètre des
vaisseaux et PA. Il est admis maintenant que ces vaisseaux peuvent être composés de 40%
de fibres musculaires lisses, et ont, sous leffet dune régulation
endothéliale propre, un certain rôle à jouer dans la variation des flux et pressions.
c) Le secteur veineux ou capacitif
Les mécanismes de régulation du secteur veineux sont variables en fonction du
territoire, mais aussi du statut hémodynamique et de lexistence dune
pathologie sous jacente. Laction dun vasodilatateur se traduit, non pas par
une simple augmentation de diamètre, mais aussi par une modification de forme de la
veine. Elliptique pour les basses pressions, elle devient de plus en plus circulaire sous
leffet de leur augmentation. Parallèlement à ce mécanisme passif, existe une
activité musculaire lisse dautant plus importante quune pression élevée est
durablement appliquée. Cest le phénomène retrouvé dans les cas
dinsuffisance cardiaque chronique.
Courbe pression-volume dune veine isolée (daprès Escourrou-Arch. Mal. Cur, 1991 : 84, (1), 53).
d) Mise en jeu des mécanismes compensateurs
Ladministration dune molécule vasodilatatrice, ou la mise en jeu dun réflexe vaso-dilatateur, active des mécanismes de régulation, ou de contre régulation, responsables de divers effets : tachycardie, augmentation du DC, vasoconstriction artériolaire ou veineuse (voire des gros troncs artériels). Leffet physiologique, ou pharmacologique, obtenu est la résultante de lensemble des réactions.
Les mécanismes de "contre-régulation" à un stimulus vaso-dilatateur.
Dans un premier temps, la régulation est végétative, et met en jeu un baro-réflexe. Si la stimulation se prolonge, la régulation devient neuro-hormonale par le biais de laction du système rénine angiotensine. Cette " contre régulation " explique le phénomène de rebond observé à larrêt dun traitement anti-hypertenseur, et aussi les différences pharmacologiques entre les divers vasodilatateurs.
2 - PHYSIOLOGIE DE LA CELLULE MUSCULAIRE LISSE VASCULAIRE, ET DE SES RÉCEPTEURS.
La cellule musculaire lisse vasculaire est la cible ultime des stimuli vaso-moteurs, quils soient dorigine nerveuse, hormonale ou métabolique. Les informations sont transmises in situ par lintermédiaire de récepteurs membranaires. Lactivation de ces récepteurs modifie la quantité dions Calcium disponible au niveau des sites actifs des protéines actine et myosine.
Expression dun stimulus vaso-dilatateur au niveau de la fibre lisse vasculaire.
Il existe deux catégories de récepteurs :
3 - RÉGULATION ENDOTHÉLIALE DE LA VASO-MOTRICITÉ
Jusquau début des années 80,
lendothélium vasculaire était considéré comme une simple barrière, jouant
cependant un rôle dans la prévention de la thrombose par ses capacités de synthèse de
prostaglandines anti-agrégantes (prostacycline PGI2).
Furgott mettra en évidence le rôle physiologique actif de lendothélium.
Lexposition in vitro dun fragment artériel isolé à de lacétylcholine
entraîne soit une vasodilatation, soit une vasoconstriction selon que lendothélium
a été préservé ou enlevé. Furgott en a déduit que si lacétylcholine,
vasoconstrictrice, pouvait induire un effet inverse, cest quelle générait la
production dun vasodilatateur plus puissant que son effet propre. Ce vasodilatateur
ne pouvait être issu que de lendothélium. Ce nest que plus tard, baptisé
EDRF (Endothelium Derived Relaxing Factor), quil a été chimiquement identifié. En
fait lendothélium est capable, en réponse à des stimuli, de produire des
substances vasodilatatrices, mais aussi vasoconstrictrices, jouant là un rôle de
régulation complexe.
Il est possible, cela est bien connu maintenant, de distinguer des facteurs
vasodilatateurs par médiation endothéliale, et des facteurs vasodilatateurs
dorigine endothéliale.
Les stimulants de la vasodilatation endothéliale.

Physiologie de lEDRF 1.
a) Le premier facteur décrit a été lEDRF 1
ou Monoxyde dAzote (NO). Son précurseur métabolique est la L-arginine. Si le
radical NO est lélément actif, un doute subsiste sur la production directe libre
par la cellule endothéliale. Elle ne pourrait se faire quaprès synthèse de
nitroso-cystèine. Le radical NO, doté dun électron célibataire, est extrêmement
réactif, ce qui explique sa haute activité biologique est sa brève demi-vie.
Le mécanisme daction de lEDRF1 passe par lactivation de la
guanylate-cyclase et la production de GMP-cyclique, second messager de la relaxation
musculaire et donc de la vasodilatation.
LEDRF1, par activation de la guanylate plaquettaire a aussi un effet anti adhésif
et anti-agrégant plaquettaire.
Notons que le L.N monométhyl arginine ( L-NMMA) est le plus puissant inhibiteur
connu de la synthèse de lEDRF1 à partir de la L-arginine.
b) LEDRF2 est un facteur hyperpolarisant. Son existence a été suspectée par la
constatation de phénomènes de vasodilatation non affectés par le L-NMMA. Sa nature
chimique nest pas encore exactement connue. Son effet vasodilatateur est
sélectivement bloqué par les digitaliques (et principalement louabaïne), alors
que ceux ci naltèrent pas la vasodilatation endothéliale liée à lEDRF1.

Physiologie de lEDRF 2.

Les facteurs de relaxation endothéliaux.
Laction de ces facteurs vasodilatateurs est altérée dans certaines pathologies : athérome, hypertension artérielle, ou insuffisance cardiaque. Les dérivé nitrés trouvent là une justification thérapeutique " substitutive ".
Vasoconstriction à médiation endothéliale.
Lendothélium, en réponse à des stimuli, comme lhypoxie ou certains
métabolites de lacide arachidonique, est capable dinduire une
vasoconstriction.
Trois facteurs vasoconstricteurs sont connus :
- Le thromboxane A2, produit de lactivation de la cyclo-oxygénase.
- Des ions superoxydes qui ont un rôle vasoconstricteur direct ou par dégradation de
lEDRF1.
- Lendothéline, polypeptide de 21 acides aminés, dont la synthèse endothéliale
est stimulée par la thrombine, ladrénaline, linterleukine 1 et
lhypoxie.
Les principaux systèmes vaso-régulateurs.
En résumé :
Les stimuli nerveux sympathiques et
para-sympathiques renseignent le segment vasculaire sur lhémodynamique systémique,
et sont les principaux déterminants de la vasomotricité réflexe.
Les contraintes de pression au niveau du segment vasculaire transmettent leurs
informations directement, et de façon perpendiculaire, à la fibre musculaire lisse, ou
tangentiellement, par lintermédiaire de lendothélium.
Les produits du métabolisme local renseignent la fibre musculaire sur les besoins
tissulaires.
Les médiateurs circulants mettent en jeu des facteurs vasomoteurs endothéliaux.
MÉCANISMES DACTION DES DÉRIVÉS NITRÉS
1 - ACTION CELLULAIRE DES DÉRIVÉS NITRÉS
Laugmentation de la biosynthèse de la prostacycline (PGI2), démontrée par Levin en 1983, nexplique pas à elle seule leffet vasodilatateur des dérivés nitrés. La partie active de la molécule, tout comme le NO, se fixerait sur la guanylate-cyclase quelle active par lintermédiaire dune protéine de couplage. Cet enzyme transforme ensuite le Guanosite triphosphate en GMP cyclique, qui est le second messager intra-cellulaire de leffet des dérivés nitrés. Il active une protéine Kinase qui favorise la phosphorylation des protéines intra cellulaires régulant les mouvements de calcium, et est ainsi responsable dune diminution de la concentration en calcium intra-cytosolique disponible au site actif des protéines contractiles.
Récapitulatif du mécanisme daction intra-cellulaire des nitrés.
Les DN doivent subir à lintérieur de la cellule musculaire
lisse une transformation chimique complexe impliquant des radicaux soufrés et permettant
notamment la réduction du radical NO2 en radical NO, puis la formation dune
nouvelle molécule, le S. nitrosothiol, qui est lultime composant activant la
guanylate-cyclase.
Cette connaissance des mécanismes daction cellulaire est essentielle. Il est
possible désormais de concevoir une potentialisation clinique des effets des DN par la
co-prescription de molécules soufrées.
2 - EFFETS HÉMODYNAMIQUES DES DÉRIVÉS NITRÉS
a) Vasodilatation veineuse
Les DN exercent leurs effets vasodilatateurs sur le système veineux dés les plus faibles
posologies.
Cette veino-dilatation est dautant plus marquée quelle est initialement plus
élevée. Il en résulte une augmentation de la capacitance veineuse et une diminution du
retour veineux. La diminution de pression de remplissage du ventricule droit (VD)
entraîne secondairement une diminution de pression de remplissage du ventricule gauche
(VG). Cet effet hémodynamique fondamental des DN explique leur efficacité dans
linsuffisance cardiaque gauche et dans linsuffisance coronaire. La pression
télédiastolique du VG détermine la tension pariétale du VG, donc la consommation en
oxygène du myocarde.
En application de la loi de Starling, la diminution de la pression télédiastolique du VG
(PTDVG) saccompagne dune diminution du volume déjection systolique
(VES) lorsque les pressions de remplissage du VG sont basses ou normales.
Lhypotension artérielle qui en résulte peut saccompagner de tachycardie et
vasoconstriction réflexe. Cette réponse délétère augmente les besoins en O2 du
myocarde. Au contraire, pour des pressions initiales élevées de remplissage du VG, la
diminution du PTDVG nentraîne pas de diminution du VES.
Conséquences de la veinodilatation induite par les nitrés. (Une même diminution de PTDVG entraîne : - une diminution du VES lorsque la PTDVG était initialement normale (1). - Une faible modification du VES lorsque la PTDVG était initialement élevée (2).
b) Vasodilatation artérielle
- A faible posologie, la vasodilatation veineuse entraîne une désensibilisation des
mécano-récepteurs basse pression de loreillette droite, induisant une légère
vasodilatation périphérique.
- A forte posologie, leffet vasodilatateur artériel est direct, et surtout marqué
sur les gros troncs. Labaissement des résistances à léjection ventriculaire
gauche contribue à lamélioration du débit cardiaque.
Influence du débit de perfusion sur les effets hémodynamiques des dérivés nitrés.
- Influence de létat initial
- Pour une fonction ventriculaire gauche conservée, les mécanismes de " contre
régulation " sont actifs (tachycardie). Dans linsuffisance cardiaque, le
baro-réflexe est moins marqué, par contre les résistances à léjection du VG
étant initialement plus élevées, leffet vasodilatateur artériel direct est plus
marqué au niveau du débit cardiaque.
- Effets des DN sur la circulation coronaire
** Sur la circulation coronaire normale.
Les DN vasodilatent les gros troncs qui ne représentent quune partie négligeable
des résistances à la circulation coronaire. En pratique, leffet des DN sur cette
circulation dépend des modifications de consommation en O2 du myocarde
quils induisent par leur action hémodynamique systémique.
** Sur une circulation coronaire pathologique.
Leffet des DN se marque par différents mécanismes
- Levée dun spasme coronaire, et diminution du tonus vasoconstricteur coronaire
(anormalement élevé chez linsuffisant coronarien).
- Augmentation du flux collatéral, et perfusion des zones ischémiques.
- Diminution de la PTDVG, ce qui diminue la tension myocardique, et diminue les besoins en
O2.
3 - EFFETS DES DÉRIVÉS NITRÉS SUR LES FONCTIONS PLAQUETTAIRES
Leffet anti-agrégant plaquettaire des DN
sexplique par la stimulation de la prostacycline (PGI2), et par laction des
radicaux NO sur la guanylate-cyclase plaquettaire.
Ces effets jouent en faveur de lamélioration des circulations locales.
PHARMACOCINÉTIQUE DES DÉRIVÉS NITRÉS
1 - DIFFICULTÉS MÉTHODOLOGIQUES
Elles sont de quatre ordres :
- les techniques de dosage sont complexes et font appel à la chromatographie en phase
gazeuse couplée à la spectrographie de masse.
- il est nécessaire de traiter instantanément les échantillons prélevés.
- les taux sanguins de DN ne reflètent quune partie de leur devenir dans
lorganisme.
- les métabolites actifs sont difficiles à identifier.
2 - PHARMACOCINETIQUE DE LA TRINITRINE
La trinitrine est catabolisée au niveau des érythrocytes, du foie et de
lendothélium vasculaire. Lenzyme hépatique active est la gluthation-nitrate
réductase. Elle existe en quantité importante, et seule une diminution du débit sanguin
hépatique (lors dinsuffisance cardiaque par exemple) peut altérer le catabolisme
de la trinitrine. Les métabolites sont éliminés par voie urinaire.
a) Utilisation de la voie sub-linguale
Les concentrations sanguines sont rapidement élevées, mais du fait du catabolisme, la
demi-vie nest que de 2 à 4 minutes (voir schéma 1).
b) Utilisation de la voie transcutanée
Des patchs transdermiques peuvent assurer la délivrance de 5 à 10 mg de TNT sur une
période de 24 heures. Les taux plasmatiques sont alors constants.
c) Utilisation de la voie intraveineuse
Pour une utilisation par voie veineuse, seul le mode dadministration continu est
pratiqué. Cette voie, et ce mode, permettent une juste adéquation des posologies aux
besoins. Il faut tenir compte de linteraction de la TNT avec les tubulures de
perfusion ou les seringues en polyvinyle, et seul du matériel en polyéthylène ou
polypropylène doit être employé.
Les posologies courantes vont de 0,5 à 5 mg/heure.
3 - PHARMACOCINÉTIQUE DU DINITRATE DISOSORBIDE
Son métabolisme aboutit à la formation de deux dérivés mononitrés qui sont, contrairement aux métabolites de la trinitrine, hémodynamiquement actifs.
a) Utilisation de la voie sub-linguale
La résorption du DNIS est aussi rapide que celle de la TNT, mais sa demi-vie
délimination est de 1 heure.
b) Utilisation de la voie intraveineuse
La rémanence de leffet hémodynamique à larrêt de la perfusion du DNIS est
plus longue que pour la TNT. Si le mode dutilisation de la TNT et du DNIS par voie
veineuse est identique, les posologies doivent tenir compte de la puissance daction
des 2 molécules et en général sont 1,5 à 2 fois supérieure avec le DNIS par rapport
à la TNT
DÉRIVÉS NITRÉS DANS LE TRAITEMENT DE LINSUFFISANCE CORONAIRE
Linsuffisance coronaire est la plus ancienne et la principale indication des DN.
1 - MÉCANISMES DE LEFFET ANTI-ANGINEUX
La veinodilatation augmente la capacitance veineuse et diminue la pré-charge. La
diminution de la PTDVG diminue la tension myocardique, qui est, avec la fréquence
cardiaque et linotropisme, un des déterminants majeurs des besoins en O2 du
myocarde. Par ailleurs, cette diminution de la PTDVG décomprime les artérioles
coronaires sous endocardiques et facilite leur remplissage diastolique.
Dautres effets notables des DN sont la vasodilatation des artères coronaires
épicardiques de gros calibre, la levée du spasme localisé retrouvé dans lAngor
de Prinzmetal et certains angors instables, et la vasodilatation de larc sain des
coronaires non complètement athéromateuses.
Enfin les DN sont susceptibles daugmenter la perfusion des zones ischémiques par
lintermédiaire de létablissement dune circulation collatérale.
Par contre, les DN nont aucun effet vasodilatateur sur les coronaires de petit
calibre.
2 - ASSOCIATION DES DÉRIVÉS NITRÉS A DAUTRES MOLÉCULES
Lassociation DN et bêta-bloquants permet une synergie potentiellement efficace sur
le plan hémodynamique, en diminuant les effets indésirables de chacune des molécules.

Effets des nitrés et des b-bloquants sur les déterminants de léquilibre énergétique du myocarde.
La tachycardie réflexe des DN est antagonisée par
leffet chronotrope (-), et laugmentation de la PTDVG éventuelle des
bêta-bloquants est contre-balancée par leffet veinodilatateur des DN.
Lassociation dinhibiteurs calciques, souvent préconisée, peut cependant
induire une hypotension orthostatique. Ils seront réservés aux angors spastiques.
La triple association DN, bêta-bloquants et inhibiteurs calciques a montré son
efficacité dans les formes réfractaires dangor deffort, et dans le
traitement de langor instable.
3 - DÉRIVÉS NITRÉS A LA PHASE AIGUË DE LINFARCTUS DU MYOCARDE
- Traitement de lIDM compliqué dinsuffisance
ventriculaire gauche.
Cette éventualité, relativement fréquente en cas dinfarctus étendu récidivant
est une indication élective des DN. Ils diminuent la pression capillaire pulmonaire,
diminuent les résistances à léjection du VG défaillant, diminuent les besoins en
O2 du myocarde.
Lutilisation de fortes posologies, 3 à 6 mg/h, est parfois nécessaire. Il peut
être utile aussi dassocier des inotropes positifs (dobutamine).
- Traitement de lIDM non compliqué.
Lutilisation systématique de DN par voie IV permet une réduction significative de
la mortalité et des complications immédiates.
Effets des nitrés à la phase aiguë de linfarctus du myocarde. (Daprès Judgutt, Circulation, 1988, 78, 906).
- Contre-indications à lemploi de DN, lors dun IDM.
Les DN ne sont pas recommandés lorsque le patient est hypovolémique et/ou hypotendu. De
même, lors des extensions ventriculaires droites de la lésion, le ventricule droit
devient moins compliant, et ne peut se remplir que sous leffet dune
pré-charge élevée. Si des DN sont utilisé, se devra être à faible posologie (0,5
mg/h), et en surveillant attentivement le régime tensionnel.
DÉRIVÉS NITRÉS DANS LE TRAITEMENT DE LINSUFFISANCE CARDIAQUE
Cette indication des DN na été que tardivement proposée. Il était postulé que la pré et la post-charge étaient régulées au mieux par les mécanismes compensateurs de linsuffisance cardiaque.
1 - MÉCANISMES DE LEFFET THÉRAPEUTIQUE DES DÉRIVÉS NITRÉS DANS LINSUFFISANCE CARDIAQUE
LA VASODILATATION VEINEUSE.
Elle est leffet hémodynamique principal des DN, et est marquée dés les faibles
posologies (50µg/min.). Laugmentation de capacitance du secteur veineux revient à
reproduire une " saignée " pharmacologique. La diminution de pression
de remplissage du VG diminue la pression capillaire pulmonaire damont. Les signes
cliniques et radiologiques de " poumon cardiaque " samendent. La
symptomatologie de défaillance du cur droit satténue, mais les valeurs de
volume déjection systolique restent préservées.
LA VASODILATATION ARTÉRIELLE.
Elle nest marquée que pour des posologies élevées de DN. Cette vasodilatation
permet, en luttant contre lhypertonie sympathique, de diminuer les résistances à
léjection ventriculaire gauche. Cet effet est intéressant dans les formes
sévères dinsuffisance cardiaque. Le VG défaillant est particulièrement sensible
aux variations de la post-charge.
2 - TRAITEMENT DE LINSUFFISANCE VENTRICULAIRE GAUCHE AIGUË.
Lutilisation des DN dans le traitement de ldème Aigu Pulmonaire, nous
venons de le voir, permet de modifier rapidement et favorablement les régimes de
pression. Cette utilisation, même par voie veineuse, sest simplifiée, et est
possible même en préhospitalier. Un monitorage simple, PNI et SaO2, sont
suffisants.
La voie sub-linguale est utile en première intention.
Lénitral® Spray : 2 à 4 pulvérisations de 0.4 mg, à renouveler toutes
les 15 min.
La perfusion intraveineuse continue permet une meilleure adaptation posologique aux
besoins, et assure un traitement facilement maîtrisable durant les temps de transport et
transfert du patient. Le débit initial de 1 mg/h sera augmenté toutes les 15 min., en
fonction de la clinique.
Dans les formes graves dinsuffisance ventriculaire gauche, de la dobutamine peut
être associée aux DN.
CONCLUSION
Les DN sont parmi les plus anciens produits de la pharmacopée à disposition des médecins. Une meilleure connaissance de leurs mécanismes daction a permis de préciser les indications. De nouvelles voie dadministration en facilitent lusage.
BIBLIOGRAPHIE
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Weber S. - Monographie : dérivés nitrés : de la pharmacologie à la
pratique.
TRAITEMENT DE LOAP
Position demi-assise (en labsence de signes de choc).
SaO2
02 au masque
Prise TA
Lénitral Spray : 2 bouffées®
Voie veineuse
Lasilix® 20 mg, ou Burinex® 2mg IV.
DN IV :Lénitral® trinitrine : amp. de 3mg/ 2 ml ou
15 mg/ 10 ml.
En cas durgence extrême, ou en labsence de matériel : 0.5 mg IV en 30
sec.
A la seringue électrique :
30 mg / 50 ml, et débuter à la vitesse 2.
Choc cardiogénique :
Dobutrex® 250 mg / 20 ml
Ramener à 50 ml, et vitesse 1 à 1,5.