Le dropéridol
Une molécule ancienne réactualisée

HISTOIRE DE LA MOLECULE

Le dropéridol, neuroleptique de la classe des butyrophénones, a été mis à disposition du corps médical il y a une quarantaine d’année. Ses deux champs d’action cliniques étaient l’anesthésie réanimation, et la psychiatrie.
Les anesthésistes réanimateurs trouvèrent d’emblée plusieurs intérêts au droleptan. Peu vasoplégiant, il n’induisait pas d’hypotension chez les malades fragiles, et peu hypnogène, il permettait un réveil rapide. Il permettrait, outre son côté sédatif, de contrôler les nausées et vomissements post-opératoires et ceux induits par les morphiniques. Au cours de l’intervention il était un des composant de la neurolept-analgésie (indication qui n’est plus validée actuellement). La technique, telle que décrite par De Castro et Mundeleer en 1962 associait Fentanyl et Droleptan dés la prémédication (1). Droleptan 2,5 à 5 mg + fentanyl 0,1 mg + Atropine 0,25 mg par voie IM, 1 heure avant l’intervention. L’induction anesthésique se faisait par injection IV de 5 à 20 mg de dropéridol, suivis de 0,4 à 1 mg de fentanyl.
Pour les psychiatres, le droleptan était utilisé en première intention pour calmer les patients en état d’agitation. Une demi, à une ampoule, soit 25 à 50 mg étaient injectés en IM (à travers le pantalon, parfois !), permettait de rapidement maîtriser la situation.
Au cours des 20 dernières années, il est estimé que l’exposition au dropéridol a été de 332 millions patients-traitement pour les formes injectables, et de 6,6 millions patients-mois pour les formes orales. Le suivi de pharmacovigilance a mis en évidence quelques rares cas d’accidents graves, avec des décès par survenue de torsade de pointe. Ces décès ne concernaient que des patients présentant une susceptibilité particulière, et sous traitement oral prolongé et/ou en surdosage. Ces accidents ont conduit à l’arrêt de la commercialisation des formes orales et à une ré-évaluation des formes injectables, avec réduction des posologies. Le dropéridol est donc toujours utilisé en anesthésie sous forme IV, et sous forme IM en psychiatrie, avec des indications et des posologies revalidées depuis 2002.

PHARMACOLOGIE
Effets sur le système nerveux central :
A la dose de 0,2 mg/kg, le dropéridol n’est pas hypnogène. Il induit une diminution de l’activité motrice et une indifférence psychique. Le tracé E.E.G. est discrètement ralenti. L’action inhibitrice sur les récepteurs dopaminergiques de l’area postrema lui confère son puissant effet anti-émétique.
Effet sur le système neurovégétatif :
Sans effet sur le système cholinergique, le dropéridol est adrénolytique alpha. Certains effets transitoires (signes extra-pyramidaux) sont à mettre sur le compte d’un blocage des récepteurs D2.
Effets sur le système respiratoire :
Aucun effets respiratoire cliniquement significatif n’est noté aux posologies habituelles.
Effets sur la fonction cardio-vasculaire :
Le dropéridol est dépourvu d’effet inotrope négatif. Il provoque une diminution transitoire de la pression artérielle par augmentation de la capacitance veineuse. Il possède un effet anti-arythmique propre, par allongement de la période réfractaire, ce qui a pu provoquer des troubles du rythme graves, chez des patients présentant des facteurs prédisposants.

TOXICITE
Chez la souris, la dose létale 50 en IV, est de 20 mg/kg et en administration chronique, une incidence significative n’apparaît que pour des doses supérieures à 20 mg/kg pendant 3 mois. La toxicité du dropéridol peut donc être estimée comme faible.

PHARMACOCINETIQUE
Après 5 mg IM de dropéridol est noté un pic d’absorption à la 20ème minute, avec une concentration plasmatique de 40 ng/ml, égale au même temps à celle obtenue par voie IV.
Le dropéridol est éliminé, après métabolisation hépatique, par voie urinaire.Les métabolites ne sont pas actifs. La demi-vie d’élimination est de 134 minutes.

INDICATIONS THERAPEUTIQUES ET POSOLOGIE
Dropéridol IV : A la posologie de 0,6 mg à 1,25 mg (dose maximale de 2, 5 mg) chez l’adulte, et 0,02 à 0,07 mg/kg chez l’enfant, le dropéridol IV est indiqué dans le traitement des nausées et vomissements post opératoires. De faibles doses sont généralement immédiatement efficaces. Le dropéridol est aussi indiqué dans la prévention des nausées et vomissements induits par les morphiniques en analgésie auto-contrôlée. Chaque bolus de 1 mg de morphine peut être couplé à un bolus de 0,05 à 0,1 mg de dropéridol.
Dropéridol IM : Le dropéridol IM est indiqué, chez l’adulte, dans les états d’agitation au cours des psychoses aiguës et chroniques, ainsi que dans les états d’agressivité. La posologie est de 5 mg, à renouveler après 15 minutes en l’absence d’efficacité.
Un monitoring des patients est recommandé.

La Rédaction

(1) Anesthésie réanimation. EMC. 36502 A 10-16.

Présentations :
Droleptan® 2,5 mg/1 ml, solution injectable IV.
Droleptan® 5 mg/2 ml, solution injectable IM.