Dominique LAMY
- Pierre FRIEDERICH - Marc-Hervé BINET - Jean-Dominique LAPORTE
Site
web : mdem.org
Traitement
des fractures de lextrémité
inférieure du radius en station de sports dhiver
La fracture de
lextrémité inférieure du radius a longtemps
été celle de Pouteau-Colles survenant chez la citadine ménopausée
qui arrivait aux sports dhiver en petites chaussures et tombait
en descendant de sa voiture sur la route enneigée. Depuis lavènement
du snowboard, cest lapanage du jeune surfeur qui débute
dans cette discipline, justement car elle ne semble nécessiter
ni discipline ni apprentissage, ce qui est bien sûr totalement faux
comme pour tous les sports.
STATISTIQUES
La fracture du poignet est au snowboard ce que la rupture du LCA est au
ski. En particulier chez ladolescent et le débutant. On constate
21% de fractures du poignet - les fractures du radius, isolées
ou non, représentent 92,6% de celles-ci - sur lensemble des
lésions du surfer tous âges confondus (2,4% chez le skieur).
On passe à 40,5% de ces mêmes fractures chez ladolescent
surfeur blessé. 18% des surfeurs sont débutants (6,8% de
skieurs débutants) mais représentent 44,1% des blessés
surfeurs (18,4% de débutants blessés chez les skieurs).
On dénombre 53,2% de fractures du poignet sur lensemble des
lésions des surfeurs débutants (seulement 19% chez les skieurs
de la même tranche de pratique). Ces fractures sont des décollements
épiphysaires dans 11% des cas.
On note un déplacement dans 23% des cas. Il sagit donc dun
problème important de la traumatologie des sports dhiver
qui a fait lobjet de 2 séminaires de formation continue en
2001. Les Médecins de Montagne prennent en charge la réduction
de ces fractures dans 68% des cas avec 51,6% de résultats anatomiques
et 39,1% de résultats satisfaisants, soit 90,7% ne nécessitant
pas de reprise de réparations.
Pour le traitement, on ne considèrera que les fractures par compression-bascule
postérieure de lextrémité inférieure
du radius.
PRÉPARATION
La prise en charge de ces fractures nécessite dabord une
installation confortable en décubitus dorsal, la main légèrement
surélevée par exemple sur le ventre. Le patient sera rassuré
et on lui donnera des antalgiques. Le médecin expliquera ce quil
va faire (anesthésie, réduction, résultats) et abordera
la possibilité dune alternative chirurgicale (soit demblée
soit retardée). La décision de la réduction sur place
se fera après information du patient aussi complète possible.
On vérifiera bien entendu létat de la peau et labsence
de lésion du médian, ce qui nécessiterait une prise
en charge immédiate.
ANESTHÉSIE
On pratiquera une anesthésie locale par Xylocaïne non-adrénalinée.
On commencera par infiltrer la branche du radial 2 à 3 travers
de doigt au-dessus de la styloïde. On continuera linfiltration
plus en profondeur au contact du périoste immédiatement
au-dessus du foyer de fracture puis directement dans le foyer de fracture
lentement sans pression, éventuellement avec traction sur la main
pour faire bailler le foyer. On complétera par une infiltration
de la branche postérieure de linterosseux, 1 cm en amont
de la tête cubitale, aiguille dirigée vers le haut. Sil
existe une fracture associée de lextrémité
inférieure du cubitus, on complètera par une infiltration
de la branche sensitive du cubital en injectant 1 à 2 travers de
doigt au-dessus de lextrémité inférieure du
cubitus. Il est nécessaire dattendre 15 minutes pour que
lanesthésie soit efficace.
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TECHNIQUES
DE RÉDUCTION
La technique la plus classique consiste en traction, accentuation, rechaussement.
On commencera par une traction dans laxe avec contre-traction faite
par un aide ou une butée sur la table, le coude sera fléchi
à 90°. Cette traction a pour but de décoapter les fragments
(photo 2). Ensuite on exagèrera le mouvement de bascule postérieure
pour poursuivre la décoaptation de la corticale antérieure.
Le dernier mouvement consistera en une bascule antérieure en maintenant
la traction dans laxe de la main afin de faire passer la partie
distale de la corticale antérieure en avant afin quelle saccroche
sur la partie correspondante de la partie proximale. On pourra faire un
contrôle radio à ce moment en maintenant la main en flexion
palmaire, ce qui évite un déplacement pendant la manipulation
de la radio. Une réduction incomplète pourra être
reprise immédiatement tant que lanesthésie est efficace.
Une technique différente consiste à faire une traction continue,
dans laxe de lavant-bras, sur le pouce par un doigtier japonais
relié par un système de poulie à un poids de 5 à
6 kg (voire 12 kg sur 3 doigts au départ). Le coude sera fléchi
à 90° avec contre-appui. On attendra une vingtaine de minutes,
ce qui permettra une décoaptation des fragments et un alignement
plus ou moins complet. Si nécessaire un petit coup de pouce permettra
une réduction complète. La réalisation du plâtre
se fera dans la même position stabilisée par les poids qui
seront diminuées à quelques kilogrammes.
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IMMOBILISATION
Elle se fera par un appareil plâtré ouvert brachio-palmaire,
le poignet en flexion palmaire et cubitale (position de Judet, photo 2).
Il moulera la face postérieure de lépiphyse radiale,
sarrêtera au pli palmaire proximal et respectera les têtes
des métacarpiens. La réalisation peut varier dans ses modalités
suivant le praticien mais respectera ces impératifs. Il est important
également de bien protéger la base du pouce et les reliefs
osseux. La durée sera de 6 à 8 semaines. Il faudra prévenir
le patient que la résorption de ldème et de
lhématome peuvent créer un espace de liberté
dans le plâtre favorable au déplacement secondaire, ce qui
pourra nécessiter un changement dappareil.
RÉSULTATS
Le 1er contrôle radio sera fait au décours du plâtre
et permettra dorienter le devenir de ce traitement. On vérifiera
les axes et les repères sur les clichés de face et de profil.
En particulier la cupule radiale de profil regardera vers lavant
(pente glénoïdienne de profil de 10° environ - figure
1), la pente glénoïdienne de face fera un angle de 20°
à 30° et lindex radio-ulnaire inférieur sera en
général négatif (lulna étant plus court
que le radius de 2 mm environ - figure 2). Cet index peut être positif
(ulna plus long que le radius). Dans ce cas, il est nécessaire
davoir une radio comparative afin de vérifier quil
sagit bien de laspect normal et non dune réduction
incomplète.
Il faut rappeler les 51,6% de résultats anatomiques et 39,1% satisfaisants
(réduction incomplète mais suffisante compte-tenu de lâge
par exemple ), soit 90,7% de bons résultats.
On confiera au chirurgien les réductions insuffisantes et les fractures
manifestement instables : à déplacement antérieur,
comminutives, articulaires, marginales et cunéennes externes.
SURVEILLANCE
Les conseils de surveillance, réalisés par « Médecins
de Montagne » sont remis systématiquement en même
temps quun traitement anti-inflammatoire (en labsence de contre-indications)
et antalgique. Il sera utile également de conseiller ou de prescrire
un traitement de lostéoporose chez la femme ménopausée.
Un contrôle clinique sera réalisé systématiquement
le lendemain pour vérifier que les conseils ont été
bien compris, pour surveiller ldème et la tolérance
locale et reprendre éventuellement les points sensibles du plâtre.
Les contrôles radiologiques ultérieurs auront lieu à
J7, J15/21. Le coude sera libéré entre la 3ème et
4ème semaine avec réalisation dune manchette résine.
CONCLUSION
La réduction dune fracture de lextrémité
inférieure du radius est un acte simple et sans danger qui restaure
facilement une anatomie stable et qui doit être tentée systématiquement
devant toute fracture déplacée non articulaire, après
information bien comprise du patient. Elle permet de soulager le patient
rapidement, de sauver la peau tendue sur les reliefs osseux risquant de
transformer une fracture fermée en une fracture ouverte. Pour les
fractures manifestement instables, elle permet de réaliser secondairement
une ostéosynthèse dans de bonnes conditions, le patient
pouvant éventuellement rentrer chez lui dégageant ainsi
les services durgences engorgés des hôpitaux des vallées
de montagne. Elle nécessite évidemment une technique bien
apprise, le respect des règles, une surveillance par le médecin
de montagne pendant le séjour du patient et la remise dun
dossier pour le suivi ultérieur qui comprendra les radios et leur
compte-rendu, les ordonnances, les conseils et un courrier.
Docteurs
Dominique LAMY, Pierre FRIEDERICH,
Marc-Hervé BINET, Jean-Dominique LAPORTE
E-mail
: info@mdem.org
Site web : mdem.org
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