Isabelle MOURAND - Didier MILHAUD
Prise en charge initiale des
accidents vasculaires cérébraux
Le pronostic des Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) demeure, actuellement en France, sévère avec 50.000 décès par an. Parmi les survivants, plus de la moitié présentent des séquelles, physiques, cognitives ou psychologiques.
Les progrès récemment réalisés dans le diagnostic des
AVC (scanner, IRM, explorations ultrasonographiques vasculaires et cardiaques)
doivent conduire les médecins à passer d'une attitude, bien souvent, attentiste à une
attitude active. En effet, il est indispensable de porter rapidement un diagnostic le plus
précis possible face à un AVC, quant à sa nature et à sa cause, afin de mettre en
uvre des mesures de prise en charge et de thérapeutiques générales adaptées et,
d'envisager la prévention secondaire.
Ces patients doivent donc être identifiés, évalués et, acheminés à l'hôpital dans
les meilleures conditions de sécurité et, sans délai.
Huit à 10% des AVC ischémiques aigus nécessiteront une hospitalisation dans une unité
de soins intensifs (1).
RAPPELS CLINIQUES
DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
Les accidents vasculaires cérébraux représentent actuellement en France la 3ème cause de mortalité, après
la pathologie cardio-vasculaire et les cancers, avec une incidence annuelle de 125.000
nouveaux cas (1,5/100.000/an).
Le risque de récidive après un AVC Ischémique (AVCI) est élevé, surtout la
première année. A 5 ans ce risque est évalué à 30%.
Après un AVCI, la mortalité est doublée par rapport à la population générale. Prés
de 50% de ces patients décèderont au cours de la première année, le plus souvent de
cause cardio-vasculaire. Un quart garderont un handicap sévère nécessitant une prise en
charge lourde. Les séquelles secondaires aux infarctus cérébraux représentent en
France la première cause de dépendance.
Le retentissement socio-économique des AVC est donc considérable d'autant plus que
l'incidence, en régression durant les trente dernières années, est actuellement en
augmentation. Celle-ci est notamment à corréler au vieillissement de la population.
Outre les moyens de prévention primaire et secondaire, il apparaît nécessaire de
développer des systèmes de prise en charge en réseaux et/ou en filières concernant
tout à la fois l'alerte, le transport primaire, la prise en charge hospitalière, la
rééducation et la réinsertion. A ce titre les "Stroke centers"
devraient se développer. En effet, il est maintenant bien admis qu'ils permettent une
réduction significative de la mortalité, du taux de mauvais pronostic et de la durée de
séjour (2,3).
AVC ISCHÉMIQUE ET HÉMORRAGIQUE : DÉFINITION,
GÉNÉRALITÉS :
Selon la définition internationale(4) un AVC correspond à un "déficit neurologique
soudain d'origine vasculaire présumée". Cette définition,
apparemment simple, implique d'une part une lésion parenchymateuse responsable du
déficit neurologique, et d'autre part une lésion vasculaire causale.
Parmi les AVC, 80% sont d'origine ischémique, contre 20% en rapport avec une hémorragie.
Les accidents ischémiques résultent d'une réduction de l'apport sanguin global ou focal
au parenchyme. Selon le profil évolutif, on distingue, les accidents transitoires, en
évolution, ou constitués.
Les accidents hémorragiques incluent les hémorragies cérébrales (5 à 10%),
méningées (5 à 10%) ou cérébro-méningées, avec ou sans inondation
ventriculaire.
Les lésions vasculaires responsables intéressent les artères ou, beaucoup moins
fréquemment, les veines. Pour ces dernières il s'agit le plus souvent d'une thrombose,
pourvoyeuse d'infarctus veineux, volontiers hémorragiques.
Les lésions artérielles responsables d'hémorragies sont essentiellement de trois types
: les malformations (anévrismes, angiomes caverneux, fistules artério-veineuses),
les altérations de la paroi artérielle au cours de l'hypertension artérielle,
l'angiopathie amyloïde (surtout chez le sujet âgé). En fonction de la lésion,
le type d'hémorragie sera différent.
Les lésions artérielles responsables d'accidents ischémiques sont presque toujours en
rapport avec une occlusion de mécanisme embolique (d'origine cardiaque ou artérielle),
thrombotique (avant tout athéromateux) ou lié à une anomalie de la paroi (artérites,
dissections...). Malgré la multiplicité des mécanismes en cause trois anomalies
rendent compte de plus de 90% des ischémies : l'athérosclérose (60 à 70%),
l'embolie d'origine cardiaque (10 à 20%), la lipohyalinose des artérioles
perforantes responsable des accidents lacunaires.
ZONE DE PÉNOMBRE ISCHÉMIQUE :
Autour de la zone de nécrose ischémique irréversible, territoire
d'hypoperfusion sévère constitué rapidement, il existe des régions dans lesquelles le
débit sanguin est moins diminué, se maintenant à des valeurs juste supérieures au
seuil de nécrose (10 ml/100g/mn). Dans cette zone les cellules ne fonctionnent plus mais
elles ne meurent pas, c'est la zone dite de pénombre ischémique. Le tissu cérébral
peut-être sauvé par la restauration du flux sanguin. Cette notion a d'importantes
implications dans la thérapeutique à adopter à la phase aiguë de l'AVC. Le premier
objectif doit donc être de restaurer un débit sanguin cérébral normal. Toutefois, la
viabilité de cette zone est limitée et la pénombre ischémique se transforme en
majorité en nécrose dans les 6 premières heures.
PRISE EN CHARGE INITIALE EXTRA-HOSPITALIÈRE
Etablir un diagnostic clinique précoce constitue une
étape essentielle dans la prise en charge des patients victimes d'un AVC. Cette
évaluation doit permettre de répondre à différentes questions d'ordre général et
neurologique : un traitement vital doit-il être mis en route ? La fonction
respiratoire et l'état hémodynamique et tensionnel sont-ils satisfaisants ?
Existe-t-il des signes d'hypertension intracrânienne ? Existe-t-il une affection sévère
sous-jacente ? Quel sont les antécédents et les facteurs de risque vasculaire du patient
? Quel délai s'est-il écoulé depuis le début des symptômes ? Le tableau clinique
apporte-t-il des arguments en faveur d'un AVC ? Quel est son type, le territoire atteint,
l'étiologie suspectée ? Quel est le pronostic et, vers quel type d'unité le patient
doit-il être adressé ?
Il est préférable que l'évaluation et le transport de ces patients soient réalisés
par une équipe médicale et paramédicale préhospitalière. Cela permet une approche
diagnostique plus précise, la possibilité de recourir à des moyens de réanimation et
l'administration plus rapide de thérapeutiques générales ou plus spécifiques (5).
LES MESURES GENERALES :
La prise en charge initiale du patient doit être focalisée sur des mesures
d'ordre général de réanimation que sont la respiration et la circulation.
Evaluation et surveillance respiratoire (5,6) :
Les problèmes respiratoires sont très communément présents chez les patients
victimes d'un accident hémorragique cérébral et/ou méningé, particulièrement en cas
d'altération de la conscience. Au cours des accidents ischémiques, la ventilation est
habituellement respectée sauf si coexistent des crises d'épilepsie, ou en cas
d'infarctus du tronc cérébral.
Lors de la prise en charge préhospitalière, il convient de veiller à établir, puis à
maintenir, une ventilation et une oxygénation adéquates, surtout s'il existe des
troubles de la conscience. En effet, l'hypoxie provoque la formation de métabolites
anaérobies et une déplétion des réserves énergétiques dans les tissus lésés,
responsables de l'extension lésionnelle. Les causes les plus communes d'hypoxie sont
représentées par l'obstruction des voies aériennes, l'inhalation pulmonaire,
l'hypoventilation et l'atélectasie.
Pour éviter l'obstruction des voies respiratoires, notamment en cas d'altération de la
conscience, le patient doit être placé en position latérale de sécurité, la nuque en
légère extension et le visage tourné vers le matelas.
Si la ventilation est jugée instable, non satisfaisante ou en cas de sécrétions
abondantes non contrôlables, une assistance respiratoire doit être mise en route par
ventilation au masque voire, dans les cas plus sévères, par intubation endo-trachéale.
La mise en place d'une sonde naso-gastrique et l'évacuation gastrique sont nécessaires
pour améliorer la ventilation et prévenir l'inhalation. L'existence d'une hypoxie,
éventuellement confirmée par les gaz du sang, justifie une supplémentation en oxygène.
A la phase précoce des AVC, il existe fréquemment des troubles hydro-électrolytiques,
le plus souvent une déshydratation, notamment chez les sujets âgés, par défaut
d'apport et/ou perte d'eau et d'électrolytes. Cette déshydratation peut aggraver le
processus ischémique (élévation de la viscosité sanguine et réduction de la
pression artérielle) (6). Le maniement du sérum glucosé est délicat car, l'hypoglycémie,
de même que l'hyperglycémie, peuvent aggraver la souffrance cérébrale et augmenter la
Pression IntraCrânienne (PIC) (1). Aussi est-il conseillé de maintenir la glycémie entre 1,40 et
1,80 g/l (1).
Evaluation et surveillance de l'état hémodynamique et tensionel :
Tout patient susceptible de constituer un AVC doit bénéficier immédiatement d'une
surveillance de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque et de l'état
hémodynamique (5,6).
Un collapsus circulatoire est inhabituel en cas d'AVC isolé. De même, l'hypotension
artérielle est peu commune, en préhospitalier. Si elle existe-elle doit être traitée
d'urgence, sous couvert d'une surveillance clinique et biologique rigoureuse (1). La correction d'une
hypovolémie ou la restauration d'une fonction cardiaque normale sont des mesures
prioritaires.
L'hypertension est fréquente (environ 70%, (1)) à la phase initiale des AVC. Les traitements
anti-hypertenseurs influencent toujours le débit sanguin cérébral. Ils peuvent le plus
souvent être différés, notamment en cas d'ischémie (1). Ainsi, chez la plupart des patients, la pression artérielle ne
doit pas être abaissée sauf si la pression sanguine moyenne dépasse 130 mm de Hg ou si
la pression systolique dépasse 220 mm de Hg. En effet, l'autorégulation de la
circulation cérébrale au niveau et autour (pénombre ischémique) de la zone
d'ischémie est altérée et le flux sanguin régional varie passivement avec les
changements de la pression de perfusion. Il en résulte, en cas de baisse intempestive de
la tension artérielle, un risque d'extension de la lésion cérébrale. Dans la plupart
des cas, la pression artérielle se normalise en 1 à 2 semaines. Enfin, l'abaissement de
la pression sanguine au sein de la zone infarcie est délétère, tout particulièrement
chez les patients présentant des chiffres tensionnels élevés de façon chronique, chez
qui l'autorégulation du débit sanguin cérébral est totalement modifiée.
En urgence, le choix de l'anti-hypertenseur est important (cf tableau n°1). Les
agents anti-adrénergique comme la clonidine ou les alpha ou bêta-bloquants de courte
durée d'action comme le labétalol ou l'urapidil, sont préférables. Par contre, il faut
éviter le nitroprussiate de sodium, la dihydralazine et les inhibiteurs calciques dont
l'effet vasodilatateur cérébral tend à augmenter la PIC. De même, on évitera les
inhibiteurs de l'enzyme de conversion (1).
Pression systolique < 220 |
Pas de traitement |
Pression diastolique >
120, |
|
Pression systolique > 220
ou |
Nifedipine 10 mg SL |
Tableau n° 1 : Traitement anti-hypertenseur à la
phase aiguë de l'ischémie cérébrale (1).
Pression mesurée en mm Hg. IV : intraveineux; PO : per os; SL : sublinguale.
Dépister et lutter contre l'Hypertension
Intra-Cranienne (HIC) (1) :
Des signes d'HIC surviennent, habituellement, chez des patients présentant un AVC
ischémique ou hémorragique hémisphérique étendu. En général, en cas d'infarctus
cérébral, l'dème cytotoxique est retardé, survenant dans un délai de 24 à 96
heures. Toutefois, des signes d'HTIC peuvent être présents à la phase précoce. Ils
justifient, dès leur authentification, la mise en uvre de mesures spécifiques.
Les patients doivent avoir la tête positionnée avec une pro-clivité de 30° et ne
doivent pas être placés en décubitus latéral pendant les premières 24 heures. Le
niveau de sédation doit être ajusté, si nécessaire, pour lutter contre la douleur et
l'anxiété.
La prise en charge inclue aussi une hyperventilation modérée, afin de maintenir la PaCO2 autour de 35 mm de Hg (elle
ne concerne que les patients sous assistance respiratoire). Malheureusement ses effets
sont limités entre 12 et 36 heures au maximum. Les hautes pressions positives
expiratoires doivent être évitées puisqu'elles élèvent la PIC.
La perfusion intraveineuse de substances hyperosmotiques créée un gradient osmotique via
la barrière hémato-encéphalique. Pour éviter un rebond à l'arrêt de la perfusion, il
est nécessaire que cette barrière soit intacte. Différentes substances peuvent être
administrées telles que le glycérol per os à 10% (1,5g/kg) ou le Mannitol
intraveineux à 20% (4 fois 100 ml par jour) dans les cas plus sévères, pendant
au maximum 48 heures ou, en situation d'urgence (1). Attention, la perfusion de solutés hypo-osmolaires tend à
augmenter l'dème cérébral et l'HIC (6).
En présence d'une HIC rebelle l'utilisation intraveineuse de barbituriques, voir de
thiopental, peut être justifiée, sous couvert d'une ventilation assistée.
Enfin, une décompression chirurgicale peut-être envisagée en cas d'AVC hémisphérique
expansif ou d'AVC cérébelleux. L'heure de la chirurgie doit être déterminée
précisément par une surveillance clinique et scannographique rigoureuse.
Apprécier le terrain et les facteurs de risque vasculaire :
L'interrogatoire du patient ou de l'entourage doit permettre de connaître les
antécédents médico-chirurgicaux du patient, notamment cardio-vasculaires et
neurologiques, les facteurs de co-morbidité ainsi que les Facteurs de Risque Vasculaire (FRV).
Globalement, les FRV se confondent avec ceux de l'athérome.
Trois types peuvent être distingués : non modifiables (âge, sexe,
race, climat...), facteurs classiques (HTA, tabac, diabète, dyslipidémie...).
Leur risque relatif est évalué séparément entre 1,2 et 2, sauf pour l'HTA (> 4).
Pour le tabac le risque attribuable est très élevé compte tenu de la fréquence de ce
facteur dans la population. Autres facteurs cliniques (AIT, migraine, diffusion de la
maladie athéromateuse), biologiques (dont les troubles de l'hémostase acquis et
congénitaux) et morphologiques ultra-sonographiques (épaisseur de l'intima, HITS)
et radiologiques (infarctus anciens, leucoaraïose).
N.B. :
HITS = High Intensity Transient
Signal, perceptibles en doppler trans-crânien, témoignant du passage d'embolies, le plus
souvent "silencieuses".
Leucoaraïose : raréfaction de la substance blanche,
principalement dans les régions centrales des hémisphères se révélant sous forme
d'une hypodensité diffuse, hétérogène, mal limitée au scanner.
ÉVALUATION NEUROLOGIQUE :
Aujourd'hui, il apparaît nécessaire de reconnaître l'AVC, d'en préciser la
nature (ischémique, hémorragique) et la cause, afin d'envisager une prise en
charge thérapeutique cohérente.
La suspicion diagnostique de l'AVC est faite le plus souvent par le patient ou son
entourage. Cependant l'information du public est souvent limitée. Il ignore que
l'altération de la vigilance, de la parole ou du langage, des fonctions motrices ou
sensitives et de la coordination indiquent souvent un AVC. Des campagnes de
sensibilisation, notamment par voie audiovisuelle, seraient souhaitables.
Evaluation des délais de prise en charge :
L'appréciation du délai écoulé entre le début des symptômes et le moment de la prise
en charge médicale pré puis hospitalière est importante à considérer. Cela est rendu
indispensable par les essais thérapeutiques pratiqués à la phase précoce des AVCI (neuroprotection,
fibrinolyse). En cas d'administration de traitement fibrinolytique les délais
d'inclusion tendent à être ramenés à 3 heures, afin d'améliorer les résultats
cliniques et de réduire les risques de transformations hémorragiques. Tout retard
compromet donc la réponse thérapeutique.
Reconnaître l'AVC et son profil évolutif (4) :
La présentation clinique varie considérablement en fonction du siège et de la taille de
la lésion, allant de symptômes très fugaces, parfois négligés par le patient, au coma
hémiplégique mortel en quelques heures.
La principale caractéristique des AVC est la brutalité du mode de constitution du
déficit (quelques secondes ou minutes, le plus souvent). Le territoire en cause,
carotidien, avant tout sylvien, ou vertébro-basialire, modifie l'expression clinique :
hémiplégie ou hémiparésie, hémianesthésie, hémiparesthésie, aphasie, pour le
premier, ataxie, diplopie, vertige, hémianopsie latérale homonyne, amaurose, ou
amblyopie bilatérale pour le second. Mais, sur les seules données cliniques il peut
parfois être difficile de définir le territoire précis.
L'interrogatoire du sujet ou de l'entourage permettra également de classer l'AVC dans une
des trois variétés évolutives. Les accidents transitoires (AIT) correspondent à
des déficits neurologiques focalisés, d'installation brutale, régressant sans
séquelles en moins de 24 h (le plus souvent en quelques minutes). Leur importance
est capitale car ils constituent un signal d'alarme d'infarctus cérébral, avec un risque
de récidive de l'ordre de 5% par an. Un bilan étiologique et une prévention secondaire
doivent être initiés. Les accidents en évolution sont définis comme un déficit
s'aggravant sur plusieurs heures et d'une durée supérieure à 24 h. Ils constituent une
urgence thérapeutique. Enfin, dans les accidents constitués le déficit atteint son
maximum d'intensité en moins d'une heure et dure plus de 24 h. Leur sévérité est
variable : mort, séquelles majeures, régression des symptômes en 1 à 3 semaines (accident
rapidement régressif).
Etablir le diagnostic différentiel entre AVC ischémique et hémorragique (4) :
Lors de la prise en charge neurologique des AVC, il est essentiel de savoir rapidement
s'il s'agit d'un accident ischémique ou hémorragique. Cette étape diagnostique est
importante puisqu'elle conditionne la prise en charge thérapeutique ultérieure, qui
s'avère très différente. Ainsi une hémorragie cérébrale doit impérativement être
éliminée avant d'instaurer un traitement anti-coagulant à forte dose. Les arguments
cliniques classiques (début brutal avec céphalées, détérioration rapide de l'état
de conscience, absence d'antécédents d'AIT) peuvent être pris en défaut pour les
hématomes de petite taille. Cependant, différents scores cliniques sont proposés (7) ; pour être effectifs
ils doivent être simples, rapidement réalisables et reproductibles.
Le score Siriraj (8) comporte 5 items : le niveau de conscience, des vomissements, des
céphalées, la pression sanguine diastolique, des marqueurs d'athérome. Un score élevé
est corrélé positivement avec un accident hémorragique. L'analyse "bivariable"
du score de Besson (9) qui inclue 8 variables montre que l'hypertension artérielle et des
céphalées sont significativement plus fréquentes en cas d'accident hémorragique alors
qu'un antécédent d'AIT, de dyslipidémie et une fibrillation auriculaire à l'admission
sont plus fréquents en cas d'ischémie.
Le scanner sans contraste est le seul examen permettant de trancher avec certitude. En cas
d'hémorragie il montre un hyperdensité spontanée. Dans l'infarctus au stade initial il
peut-être normal, montrer des signes précoces d'ischémie (indifférenciation
cortico-sous-corticale, perte des contours du noyau lenticulaire, effacement des sillons
...) ou une hyperdensité vasculaire spontanée, témoignant d'un thrombus frais. Cet
examen pertinent doit donc être réalisé systématiquement et en urgence devant toute
suspicion d'AVC.
La prise en charge d'un accident hémorragique dépend de son type, de
l'état clinique du patient et de son âge. Schématiquement l'hémorragie méningée
justifie une hospitalisation en urgence en neuro-chirurgie en vue d'une éventuelle
intervention sur la malformation en cause. Les hémorragies intra-parenchymateuses
primitives sont très rarement opérées d'emblée, en dehors toutefois des hématomes du
cervelet avec hydrocéphalie aiguë (mise en place d'une dérivation et/ou évacuation
de l'hématome).
En présence d'un accident ischémique, le diagnostic doit être affiné en
prenant en considération différents éléments : profil évolutif (cf supra),
mécanisme et cause de la pathologie vasculaire sous-jacente, topographie de l'atteinte
parenchymateuse. Ces différentes caractéristiques doivent permettre d'orienter la prise
en charge thérapeutique immédiate et secondaire.
Classification précoce des AVC ischémiques en sous-types étiologiques (cf
tableau n°2) :
Les AVC ischémiques sont en relation avec trois principaux mécanismes : l'hypotension
artérielle systémique, les embolies, la thrombose.
A la phase précoce, au lit du patient, avant la réalisation d'explorations
complémentaires, l'identification du mécanisme responsable est une étape importante,
nécessaire, mais pas toujours possible, pour orienter la prise en charge précoce,
l'éventuelle randomisation dans des essais thérapeutiques, puis la prévention
secondaire. Les facteurs de risque vasculaire peuvent être utiles pour indiquer le
sous-type de l'infarctus.
Une revue globale de la littérature permet de retenir schématiquement les données
étiologiques suivantes : athérome 30%, lacunes (occlusion des petites artères)
20%, embolie d'origine cardiaque 20%, autres causes (dont dissection, artérite,
troubles de l'hémostase...) 5%, cause inconnue 25% (7). Plusieurs étiologies peuvent également être en cause. L'âge du
patient, le terrain, le groupe ethnique et, les critères diagnostiques retenus, sont
autant de facteurs modifiant la répartition de ces étiologies dans les séries.
Toutefois, la classification étiologique définitive nécessite le respect de
différentes étapes diagnostiques : examen clinique, TDM ou IRM encéphalique,
explorations cardiologiques, explorations ultra-sonographiques des vaisseaux cervicaux et
intracrâniens, artériographie, bilan biologique notamment étude de la coagulation.
ATHEROSCLEROSE DES GROS VAISSEAUX (30 %) |
- Athérosclérose avec sténose :
rétrécissement > ou = 50% ou occlusion de l'artère extra crânienne correspondante
ou d'un gros vaisseau intracrânien (MCA, PCA, BA), en l'absence d'autre étiologie, - Athérosclérose sans sténose : plaque ou sténose < 50% de MCA, PCA ou BA, en l'absence d'autres étiologies et chez des patients porteurs d'au moins 2 des 5 facteurs de risque suivants ; age > ou = 50 ans, HTA, diabète, tabac, hypercholéstérolémie. |
EMBOLIE CARDIAQUE (20 %) |
- Thrombus ou tumeur intracardiaque, - Sténose mitrale rhumatismale, - valves prothétique aortique ou mitrale, - Endocardite, - Fibrillation auriculaire, maladie de l'oreillette, - Anévrysme ventriculaire gauche ou akinésie après un infarctus du myocarde, - infarctus du myocarde < 3 mois, - Hypokinésie ou dyskinésie cardiaque globale, - Absence d'autres étiologies. |
ATTEINTE DES |
- Infarctus dans le territoire des artères
perforantes profondes chez un patient hypertendu connu, - Absence d'autres étiologies. |
AUTRES ETIOLOGIES (5 %) |
- Dissection artérielle, - Dysplasie fibro-musculaire, - Anévrysme sacculaire, - Malformation artério-veineuse, - Thrombose veineuse cérébrale, - Artérite, - Affections hématologiques sous-jacentes, - Migraine, - Autres. |
CAUSE INDETERMINEE |
Aucune des causes précitées d'infarctus cérébral n'a pu être authentifiée. |
Tableau n° 2 : Etiologie des accidents ischémiques cérébraux
selon le LSR (Lausanne Stroke Registry) (10)
MCA : artère cérébrale moyenne; PCA : artère cérébrale postérieure; BA : tronc
basilaire.
Classification syndromique et topographique (cf
tableau n°3) :
Les données de l'examen neurologique peuvent apporter des éléments clefs pour le
diagnostic clinique, étiologique et topographique, bien que seulement quelques syndromes
cliniques soient hautement suggestifs d'une étiologie et d'une localisation précise. Par
ailleurs, il peut y avoir des intrications sémiologiques entre les territoires
carotidiens et vertébro-basilaire rendant mal aisée la localisation exacte de l'AVC.
Ces classifications permettent, parfois, d'apporter des précisions quant à l'évolution,
la morbidité, la mortalité et le taux de récidive.
Ainsi et, dans le meilleur des cas, un diagnostic de nature et de mécanisme peut-être
avancé sur des données cliniques dés les premières heures après un AVC, et ce, avant
la réalisation d'explorations complémentaires. Cela doit permettre de débuter
rapidement une prise en charge appropriée plus spécifique.
SYNDROMES CLINIQUES |
SYMPTOMES ET SIGNES |
Infarctus Lacunaire |
- Déficit moteur pur - Déficit sensitif pur - Déficit moteur/sensitif - Ataxie hémiparétique |
Infarctus Antérieur total |
- Association de dysfonctionnements des
fonctions cérébrales supérieures (aphasie, dyscalculie, désordre visuo-spatial), - Déficit campimétrique latéral homonyme, - Déficit moteur et/ou sensitif homolatéral pour au moins 2 territoires (face, bras ou jambe). |
Infarctus Antérieur partiel |
Seulement 2 ou 3 éléments du tableau de l'infarctus antérieure global (atteinte des fonctions supérieures seule, ou associé à un déficit moteur/sensitif plus restrictif que dans l'infarctus lacunaire). |
Infarctus Postérieur |
- Paralysie des nerfs crâniens homolatéraux
avec un déficit moteur/sensitif controlatéral, - Déficit moteur/sensitif bilatéral, - Atteinte des mouvements oculaires conjugués, - Atteinte cérébelleuse sans déficit des autres voies longues homolatérales, - Déficit homonyme isolé du champs visuel. |
Tableau N° 3 : Classification topographique clinique des infarctus cérébraux (11,12).
PRISE EN CHARGE HOSPITALIÈRE
MODALITES DE PRISE EN CHARGE EN URGENCE :
La prise en charge de l'AVC, en milieu hospitalier, doit
être réalisée en urgence et sans délai selon la procédure suivante (1) : (1)
examen neurologique en urgence, (2) examen biologique de routine, (3)
scannographie encéphalique en urgence, (4) coordination entre les unités
de soins intensifs et l'angiographie, (5) explorations ultrasonographiques, (6)
voie d'abord veineuse, surveillance ventilatoire et générale (tensionnelle,
métabolique, cardiaque).
Une collaboration étroite est nécessaire entre neurologues, neuro-chirurgiens et
neuro-radiologues.
Un neurologue et un neuroradiologue présents sur place ou d'astreinte 24 heures/24 sont
indispensables pour la bonne prise en charge des AVC à la phase aiguë.
Le plateau technique nécessaire à cette prise en charge doit donc comporter (1) : un scanner
cérébral accessible 24 heures sur 24, des explorations ultrasonores cervicales et
trans-crâniennes réalisables 24 heures/24, la possibilité de réaliser les examens
biologiques usuels, le monitoring ECG et tensionnel, la possibilité de réaliser, si
nécessaire, des explorations angiographiques (angiographie conventionnelle, ARM,
angioscanner), l'accès à un service de réanimation dans l'hôpital.
En effet, environ 8 à 10% des AVCI justifieront une hospitalisation dans une unité de
réanimation (1). Les raisons principales sont d'ordre neurologique ou systémique
représentées essentiellement par l'existence de troubles de la conscience ou de la
vigilance, la progression des symptômes déficitaires, une HIC, des fluctuations
hémodynamiques. Les facteurs contre-indiquant ce type de prise en charge comportent la
présence d'un déficit neurologique antérieur sévère, d'une pathologie terminale, de
facteurs de co-morbidité ou d'un âge avancé (1).
LES UNITES D'URGENCE NEURO-VASCULAIRES (6) :
L'AVC est une urgence neurologique. Les Unités d'Urgences Neurologiques ou "Stroke
Center" offrent actuellement le traitement le plus efficace dans l'AVC
aigu en terme de réduction de la mortalité à court et moyen terme et, d'amélioration
du devenir des patients.
En effet, il est actuellement bien démontré que la prise en charge précoce des AVC dans
les Unités spécialisées permet de diminuer le nombre de décès sans pour autant
augmenter le nombre de sujets gravement handicapés. Par ailleurs, ces unités améliorent
la qualité de vie des survivants en diminuant le nombre de patients grabataires, la
récupération fonctionnelle est plus rapide, la durée de séjour hospitalier est
réduite ainsi que le nombre de réhospitalisations. Une méta-analyse de 10 essais
randomisés testant l'efficacité de ces unités a montré une réduction de la mortalité
de 30% (2,3).
Cet effet bénéfique existait alors qu'aucune thérapeutique n'avait encore fait la
preuve de son efficacité à la phase aiguë des AVC. Différentes considérations
permettent d'expliquer ces données (précocité et qualité de la prise en charge,
surveillance spécialisée, rééducation précoce...). Les éléments essentiels pour
le fonctionnement de ces unités sont la qualité de l'équipe pluridisciplinaire et
l'intégration dans une filière de soins des AVC.
TRAITEMENT A LA PHASE INITIALE :
Les traitements pharmacologiques utilisés à la phase aiguë des AVC ischémiques
ont pour but de faciliter la récupération neurologique et fonctionnelle. Diverses voies
d'approche sont utilisées telles que : revascularisation d'artères occluses et
reperfusion du tissu ischémié, limitation du processus occlusif thrombo-embolique,
amélioration de la tolérance des cellules cérébrales à l'ischémie, prévention des
lésions de reperfusion, prévention et traitement des complications, et prévention de la
récidive d'épisodes cérébro-vasculaires.
L'héparine (1, 13) :
A la phase aiguë des AVC ischémiques, le but de l'anticoagulation par l'héparine est
double : contrôler le phénomène thromboembolique artériel pour prévenir l'extension
du thrombus et éviter la récidive, et prévenir les thromboses veineuses.
Bien que l'efficacité de l'héparine ait été bien démontrée dans la prévention des
complications thromboemboliques veineuses, il n'existe pas de données rigoureuses qui
soutiennent un tel effet bénéfique sur la récupération neurologique ou les récidives
précoces dans l'infarctus cérébral constitué. L'étude clinique la plus récente ayant
évalué l'effet de l'héparine standard (non fractionnée) dans l'AVC,
l'International Stroke Trial(14) n'a pas apporté d'arguments significatifs en faveur de
l'anticoagulation, le bénéfice sur la récidive étant contrebalancé par les accidents
hémorragiques. Il n'existe pas, actuellement, de consensus quant à l'utilisation de
l'héparine standard sauf dans le cas d'embolies à point de départ cardiaque ou en cas
de dissection artérielle extracrânienne.
Les Héparines de Bas Poids Moléculaire (HBPM) sont des produits de dégradation
de l'héparine ayant une activité anti-thrombotique plus spécifique, un risque
hémorragique moindre et, une plus grande facilité d'emploi. Les résultats d'un essai
clinique récent, l'étude Kay, (15) démontrant que la Nadroparine, (Fraxiparine®) à la dose de 4100 UI
anti-Xa 2 fois par jour, réduisait la mortalité et l'incapacité chez les patients
traités sans augmentation du risque de transformation hémorragique, semblent prometteurs
mais demandent à être confirmés par d'autres études en cours. D'autres agents
anti-thrombotiques sont également en cours d'investigation (ORG-10172, Hirudine...).
La thrombolyse (1, 13) :
Le but de la thrombolyse est d'obtenir une revascularisation plus précoce. Depuis 1950 de
nombreuses études ont été réalisées utilisant différents fibrinolytiques (Urokinase,
Streptokinase, rtPA) par voie systémique ou intra-artérielle. Plusieurs études ont
montré que la recanalisation était possible.
Aux contre-indications générales des traitements fibrinolytiques s'ajoutent des
critères d'exclusion neurologiques parmi lesquels : un antécédent ischémique récent,
un accident hémorragique, des signes précoces et étendus d'infarctus sur le scanner.
Le délai écoulé entre le début des symptômes et la mise en uvre du traitement
ne doit pas dépasser 6 heures et même, peut-être 3 heures au niveau hémisphérique.
Pour le territoire vertébro-basilaire la fenêtre thérapeutique serait plus large ; la
durée du coma semble être le facteur prédictif le plus important.
Les résultats d'études randomisées, multicentriques, contre-placebo, ECASS et NINDS,
ont incité la FDA à autoriser la fibrinolyse à la phase aiguë de l'ischémie
cérébrale, dans les 3 premières heures. Ces résultats suggéraient un bénéfice
significatif dans le groupe traité concernant l'évolution neurologique et fonctionnelle (13).
Les hémorragies intra et extra- crâniennes constituent les principales complications de
la thrombolyse. D'ailleurs, 2 études européennes et 1 étude australienne, utilisant la
Streptokinase, ont été récemment, prématurément interrompues en raison d'un taux
excessif d'hémorragies cérébrales (13).
Les résultats d'études pilotes sur l'Ancrod (fraction purifiée d'un venin de serpent
responsable chez l'homme d'une défibrination) encouragent les essais multicentriques
actuellement en cours en Europe et aux USA.
La neuro-protection et les autres traitements (13) :
Les traitements neuroprotecteurs favorisent la survie des cellules cérébrales en
interférant à différents niveaux de la cascade physiopathologique qui conduit aux
lésions et à la mort cellulaire par la libération de neuro-médiateurs cytotoxiques.
Les approches thérapeutiques incluent l'inhibition de la libération du glutamate, les
antagonistes des récepteurs NMDA ou des canaux calciques, l'augmentation des effets du
GABA et, la modulation de la toxicité du monoxide d'azote (NO). Certains
résultats préliminaires sont prometteurs mais nécessitent d'être confirmés par de
plus larges essais cliniques.
Les études concernant les piégeurs de radicaux libres (Tirilazad) et les
inhibiteurs de l'adhésion des leucocytes (anti-ICAM-1) sont négatives.
La prise en charge globale de ces patients inclu aussi, la prévention des complications
en milieu hospitalier : les thromboses veineuses profondes, l'embolie pulmonaire (mobilisation
passive des membres parétiques, HBPM, surveillance, dépistage), les saignements
gastro-intestinaux (anti-acides, anti-histaminiques) (6).
Il est également nécessaire, non pas de mettre en route systématiquement un traitement
préventif des crises d'épilepsie, mais, de les contrôler le plus rapidement possible en
cas de survenue afin d'éviter toute aggravation du processus lésionnel consécutif à
l'hypoxie (6).
Enfin, la rééducation est à débuter dès les 2 premiers jours suivants un AVC, y
compris chez les patients dans le coma. Cependant, à la phase aiguë, il faut se méfier
de tout ce qui peut entraîner une hypotension artérielle d'orthostatisme susceptible
d'aggraver les lésions (1).
Beaucoup de traitements sont encore actuellement sous évalués. L'association de
molécules ayant des sites et des modes d'action différents est certainement une voie
d'approche intéressante et d'avenir mais, qui devra être évaluée par des études
randomisées. Dans tous les cas, le traitement pharmacologique, à la phase aiguë de
l'ischémie cérébrale, doit être adapté à chaque patient après qu'il est été
soigneusement évalué, principalement sur le plan physiopathologique.
CONCLUSION
L'effort de classification des AVC, patient par patient, conditionne l'utilisation optimale des traitements efficaces. Il requiert la conjonction d'une démarche clinique rigoureuse et de l'utilisation raisonnée des explorations complémentaires. Cela apparaît d'autant plus nécessaire que se développent de nouvelles voies thérapeutiques. L'AVC doit donc être considéré, par tous médecins, comme une urgence diagnostique et thérapeutique et traité comme telle. C'est la condition sine qua non pour améliorer la prise en charge immédiate et secondaire ainsi que le pronostic. n
Docteurs Isabelle MOURAND et Didier MILHAUD
Service de Neurologie A
Hôpital Gui de Chauliac
2, Avenue Bertin Sans - 34295 Montpellier cedex 5
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