Claude MARTIN - Richard DOMERGUE
Les neurotraumatismes graves isolés
Prise en charge préhospitalière et au sas durgence
On entend par neurotraumatisé à la fois le traumatisé crânien et le traumatisé rachidien. Le neurotraumatisme peut être isolé ou associé à dautres lésions traumatiques. La prise en charge précoce permet daméliorer le pronostic. Elle nécessite à la fois un bilan neurologique avec lévaluation de la gravité et de létat de conscience, et un bilan général pour évaluer le retentissement des lésions associées. Cette première évaluation permet dinstituer une thérapeutique adaptée, axée sur la liberté des voies aériennes, la ventilation, la sédation, le maintien de léquilibre hémodynamique, et la contention.ÉVALUATION DE LA GRAVITÉ ET DE LÉTAT DE CONSCIENCE
La notion de gravité est la même chez ladulte que chez lenfant. Pour lexamen dun sujet présentant un traumatisme crânien, le score de Glasgow reste le score de référence car il permet de codifier et de répéter lévaluation de létat de conscience dun patient. Ce score est à évaluer après correction des troubles hémodynamiques et respiratoires. Son évolution vers laggravation peut être un critère de gravité à lui seul. Certains éléments circonstanciels sont à prendre en compte dans lévaluation du Glasgow comme le délai entre le traumatisme et son évaluation, ou la prise de toxiques. Un traumatisme crânien grave est défini par lexistence dun score de Glasgow £ 8.
Il faut associer au score de Glasgow dautres éléments dappréciation de gravité, en particulier les signes de souffrance du tronc cérébral (troubles du tonus de type décérébration-décortication, troubles pupillaires portant sur la taille et la réactivité), les signes moteurs (mono ou hémiplégie), les convulsions, lagitation et le type de traumatisme (plaie crânio-cérébrale, violence du choc, plaie par arme à feu). Chez le traumatisé rachidien isolé, cest le niveau lésionnel qui définit la gravité de latteinte. Un risque respiratoire et hémodynamique existe dés quun déficit de la motricité des doigts est retrouvé (gravité potentielle dun niveau C7-C8).
RETENTISSEMENT DES LÉSIONS ASSOCIÉES
La recherche de lésions associées est
indispensable avant de poser le diagnostic de neurotraumatisme grave isolé. La correction
précoce des détresses respiratoires et hémodynamiques prévient le rôle aggravant de
lhypoxie, de lhypercapnie et de lhypotension artérielle sur
lischémie cérébrale. Le retentissement neurologique de ces facteurs
extracrâniens est défini par le terme plus général d"Agressions
Cérébrales Secondaires dOrigine Systémique" (ACSOS).
La prévention des ACSOS amène à déterminer un certain nombre de valeurs seuils
dalerte. Le dépassement de ces seuils impose un bilan étiologique rapide à la
recherche dune lésion associée.
On estime que la Pression de Perfusion Cérébrale (PPC = PAM PIC ; PIC :
Pression Intra-Crânienne) doit être supérieure à 70 mmHg, ce qui implique en
général que la PAM doit être ³ 90 mmHg (si on suppose que la PIC est de
lordre de 20 mmHg ou plus). Cependant la valeur de la PIC dans la période
précoce du traumatisme crânien nest pas connue et on suppose en général,
quune fois corrigés les troubles ventilatoires, les poussées de PIC surviennent
plus tard dans lévolution du traumatisme crânien. En pratique, une Pression
Artérielle Systolique (PAS) dau moins 120 mmHg est retenue comme valeur de
référence et celle ci ne doit pas dépasser 190 mmHg.
La saturation en oxygène (mesurée par oxymètre de pouls) du neurotraumatisé ne
doit pas être inférieure à 95%.
Un capnographe est recommandé par la SFAR pour tous les transports secondaires dun
malade ventilé. Lévaluation de la capnie est difficile sur des transports
primaires et sa fiabilité est en phase dévaluation.
VENTILATION ET SÉDATION
La ventilation contrôlée simpose chez tout
neurotraumatisé grave, défini précédemment par un score de Glasgow £ 8.
La prise en charge comporte une désobstruction des voies aériennes supérieures,
loxygénation puis la sédation, lintubation et la ventilation.
La technique dintubation est de manière générale orotrachéale et peut se
dérouler selon la séquence dintubation rapide (hypnotique + succinylcholine).
Lintubation nasotrachéale peut être indiquée en cas de fracture du maxillaire
inférieur. Lintubation à laveugle qui entraîne des flexions de la tête est
contre-indiquée.
Les techniques dexception comme les kits de minitrachéotomie peuvent présenter un
intérêt mais doivent être réservées à des opérateurs entraînés.
Pour ne pas gêner le retour veineux céphalique, il faut éviter les compressions
jugulaires par les systèmes de contention cervicale et dattache de la sonde
dintubation.
Dans tous les cas, la crainte dune fracture du rachis ne doit pas faire différer le
maintien de la liberté des voies aériennes. Lintubation rapide par voie orale peut
alors en cas de besoin être associée au maintien du rachis cervical dans laxe par
un aide. La sédation est obligatoire pour éviter les pics dhypertension
intracrânienne. Le choix dune séquence rapide pour linduction semble une
solution raisonnable dans ce contexte en utilisant un hypnotique en association à un
curare daction courte tel la célocurine. Létomidate, de par ses propriétés
de stabilité hémodynamique et de par la rapidité de linstallation de
lanesthésie, mérite dêtre choisi en premier comme agent dinduction.
La succinylcholine peut augmenter la PIC lors des périodes de fasciculations, mais elle
permet une intubation rapide. Les curares à délai daction long nont pas
dindication pour linduction de la sédation en contexte extrahospitalier.
La ventilation des sujets neurotraumatisés comporte un volume
courant de 7 à 8 ml/kg, une fréquence de 12 à 15 cycles par minute, des pressions
dinsufflation pulmonaire de moins de 30 mmHg et une FiO2 adaptée pour maintenir une SpO2 ³ 95%.
La contention de tout neurotraumatisé doit veiller à deux aspects :
limmobilisation de laxe tête-cou-tronc et labsence de gêne au retour
veineux jugulaire. Les colliers avec appui sternum-menton semblent être les mieux
indiqués. Le relevage du blessé va se faire sous lordre dun médecin qui
veille à ce que les manipulations se fassent selon les règles.
UNE NOTION CONTROVERSÉE : LA PROTECTION CÉRÉBRALE
A ce jour, ni le thiopental ni aucun autre médicament nont pu montrer une quelconque efficacité en termes damélioration de la survie ou de diminution des séquelles neurologiques. Les effets hémodynamiques et immunosuppresseurs du thiopental limitent ses indications à des situations très précises : poussées réfractaires dHypertension IntraCrânienne (HIC), utilisation en 3ème intention dans létat de mal épileptique. La seule méthode qui semblerait améliorer le pronostic est lhypothermie, mais les études sont encore insuffisantes et cette technique na de toutes façons pas sa place en médecine durgence.
MAINTIEN DE LÉQUILIBRE HÉMODYNAMIQUE
OBJECTIFS À ATTEINDRE :
Les chiffres de pression artérielle à atteindre et à maintenir sont les suivants :
Pression artérielle systolique : 120 à 190 mmHg.
En deçà de ces chiffres, la PPC risque dêtre insuffisante. Au delà de ces
chiffres, la perte de lautorégulation du débit sanguin cérébral chez le
neurotraumatisé entraîne une augmentation de la PIC parallèle à laugmentation de
la pression artérielle et du débit sanguin cérébral.
En labsence de monitorage de la PIC, la position proclive du patient (tête
surélevée de 20 à 30°) nest pas recommandée car son effet sur la PPC
nest pas prévisible : la position neutre (tête à plat) est la plus licite.
HYPERTENSION (HTA) :
Elle est fréquente à la prise en charge et doit le plus souvent être respectée. Si
elle persiste après la mise en condition, il faut dabord sassurer de
lefficacité de la ventilation et de la sédation. Ces deux points étant acquis,
deux cas peuvent se présenter : HTA associée à une bradycardie ou HTA associée à
une tachycardie.
LHTA associée à une bradycardie est un signe de gravité du neurotraumatisme. Son
traitement est celui de la poussée dHIC quelle révèle :
hyperventilation, osmothérapie.
LHTA associée à une tachycardie est rare lorsque la sédation et la ventilation
sont correctement assurées. Elle est alors le signe dune décharge adrénergique et
peut être spontanément résolutive. Lorsque la PAM est supérieure à 120 mmHg ou que la
PAS est supérieure à 180 mmHg, il est licite dutiliser un antihypertenseur si la
pression artérielle ne sest pas normalisée spontanément après 15 minutes. La
nicardipine ou lurapidil peuvent être administrés avec précaution, en bolus
titrés.
HYPOTENSION :
Lhypotension sévère est rare dans un traumatisme crânien isolé : elle doit
faire rechercher des lésions associées. Plus fréquente est la situation où, après
mise en condition, le patient présente une pression artérielle subnormale. Un
remplissage vasculaire, si nécessaire associé à des amines vasopressives doit alors
permettre dobtenir une PAM supérieure à 90 mmHg ou une PAS supérieure à 120
mmHg. Toutefois, quelque soit le traitement instauré, sa mise en uvre ne devra pas
retarder le transport du patient.
Expansion volémique :
Les solutés glucosés et les solutés hypotoniques (Ringer lactate, Plasmion...)
sont contre-indiqués. Les solutés utilisables sont le sérum physiologique et les
hydroxyéthylamidons. Ces derniers nayant pas de supériorité démontrée à la
phase initiale du remplissage, on utilisera de préférence du sérum salé à 0,9%.
Amine vasopressives :
Dans le cas dun traumatisme crânien isolé, léphédrine est utilisable en
première intention, en bolus de 3 à 6 mg, répétés si nécessaire, pour corriger
rapidement une hypotension modérée. Elle a lavantage dêtre maniable (pas
de pousse seringue) et dêtre souvent efficace dans cette indication. Si
léphédrine est inefficace ou indisponible, il faut utiliser la dopamine. Son
administration doit débuter précocement, sans attendre la fin de lexpansion
volémique, à la posologie de 7 mcg/kg/mn, que lon augmente rapidement
jusquà leffet souhaité, avec un maximum de 25 mcg/kg/mn. Si les objectifs
tensionnels ne sont toujours pas atteints malgré un remplissage vasculaire optimal, la
noradrénaline et/ou ladrénaline peuvent être ajoutées à la dopamine, à la
posologie de 0,5 à 1 mcg/kg/mn.
Traumatismes du rachis :
Dans ce cas, la vasoplégie est constante. Aux mesures énumérées ci-dessus, on peut
adjoindre lutilisation dun Pantalon AntiChoc. Ce dernier doit être gonflé
sur les jambes avant de coquiller le patient, à une pression de 30 mmHg, afin
dexercer une compression veineuse. Ceci se réalise avant la mise du patient dans un
matelas coquille.
DIAGNOSTIC ET PRISE EN CHARGE DUNE HYPERTENSION INTRACRÂNIENNE (HIC)
DIAGNOSTIC DUNE HIC :
Les signes cliniques permettant daffirmer une poussée dHIC sont
lhypertonie (enroulement, opistotonos) et/ou lapparition dune
anisocorie (mydriase unilatérale). La survenue de lun de ces signes est une
indication formelle de traitement. Il existe dautres signes peu spécifiques tels
que la bradycardie, lagitation, les vomissements, qui ont peu de valeur pris
isolément.
TRAITEMENT DUNE POUSSÉE DHIC :
Hyperventilation : par le biais du ventilateur ou
manuellement, il sagit dobtenir une PetCO2 à 20 mmHg.
Osmothérapie : si lhyperventilation est insuffisante,
deux solutés sont utilisables au choix : le mannitol à 20% et le sérum salé à
7,5%. Leur posologie est identique : 2 ml/kg en 10 minutes. Le mannitol est
facilement disponible mais doit être réchauffé car il cristallise au froid. Le sérum
salé hypertonique est stable mais nest pas disponible dans tous les hôpitaux. Leur
efficacité est équivalente.
CRISE CONVULSIVE
Il ny a pas de prévention à instaurer en préhospitalier. En revanche, toute crise doit être traitée. Le médicament de première intention est une benzodiazépine, en deuxième intention le phénobarbital et en troisième intention on peut utiliser le thiopental, lhémineurine ou la dépakine, selon le schéma proposé ci-dessous :
1) midazolam 0,1 mg/kg, une deuxième dose de
0,005 mg/kg pouvant être administrée après 3 mn.
2) en cas déchec : gardénal IV bolus de 100 mg toutes les minutes
jusquà 700 mg.
3) en cas déchec : dépakine : 30 mg/kg , mais ce médicament
na pas lAMM dans cette indication ou penthiobarbital : 100 mg/mn
jusquà 500 mg.
HÉMORRAGIE EXTERNE
Les pansements compressifs sont à proscrire car ils sont inefficaces et représentent une fausse sécurité. Il faut impérativement suturer la plaie pour faire lhémostase chaque fois que cest possible.
PLAIE CRÂNIO-CÉRÉBRALE
La plaie doit être nettoyée au sérum salé à
0,9% et la peau suturée car le risque immédiat est hémorragique.
Lantibioprophylaxie est assurée par une béta-lactamine
active sur les staphylocoques, les bacilles gram négatifs extrahospitaliers et les
anaérobies telluriques (par exemple Augmentin®,
céphalosporine de 2ème
génération, etc.). En cas dallergie aux béta-lactamines, il ne faut pas faire
dantibiotique en préhospitalier.
RACHIS ET CORTICOÏDES
Il faut suivre un protocole validé ou ne rien faire : toute attitude intermédiaire est illogique. Actuellement, en attendant de nouvelles études, de nombreuses équipes choisissent de ne pas faire de corticoïdes.
TRANSPORT
MONITORAGE :
Le monitorage préhospitalier des traumatisés crâniens
na rien de spécifique mais se révèle particulièrement important dans la
prévention des ACSOS : Electrocardioscope, oxymètre de pouls et mesure automatique de la
pression artérielle. Le monitorage du CO2
expiré est recommandé dans la prise en charge du traumatisme crânien. Ceci permet de
sassurer de lintubation trachéale, par lintermédiaire de
lanalyse du capnogramme permettant déliminer une intubation sophagienne
ou bien de dépister un déplacement secondaire de la sonde. Pour la surveillance de la
ventilation, bien que lextrapolation de la capnie à partir de la PETCO2 reste aléatoire dans le domaine de lurgence, cette dernière
permet de donner une tendance générale et déviter ainsi les grandes hypocapnies
ou hypercapnies particulièrement délétères en cas de traumatisme cérébral. Ce
problème ne se pose plus pour le transfert secondaire des traumatisés crâniens, car la
possibilité dune réalisation préalable dune gazométrie artérielle permet
dévaluer le gradient artério-alvéolaire en CO2 qui reste relativement stable dans un temps court pour un même
malade.
ADAPTATION DE LA MISE EN CONDITION POUR LE TRANSPORT :
Le transport dun patient neurotraumatisé fait intervenir les notions de qualité et
de sécurité avec moyens matériels et personnels, le transport correspondant à une
situation instable pour le malade quil convient de contrôler.
La mise en condition optimale justifie une contention adaptée (matelas coquille et
minerve cervicale). Le patient doit également être transporté en décubitus dorsal.
Le transport en ambulance doit seffectuer de façon douce et sans secousses afin
déviter les troubles hémodynamiques, en particulier chez les traumatisés
médullaires particulièrement sensibles.
La curarisation du patient, utilisée par un médecin formé, associée à la
sédation-analgésie peut être envisagée pour éviter les stimulations secondaires au
transport pouvant être responsables dune augmentation de la PIC, tout en limitant
lutilisation de fortes doses dhypnotiques ou de morphiniques, dépresseurs
cardiovasculaires. Il convient également déviter lhyperthermie délétère
pour le cerveau agressé. Le maintien du patient à une température denviron
36,5°C - 37°C semble idéal. Lapparition de frissons impose la curarisation du
patient.
Le transport héliporté mérite une mise en condition spécifique liée à la difficulté
daccès direct en particulier à la tête du patient. Une sédation éventuellement
associée à une curarisation savère indispensable. Lintérêt principal du
transport héliporté, en dehors de la rapidité dacheminement du malade, réside
dans la meilleure stabilité quil apporte par rapport au transport routier.
Lutilisation de lhélicoptère nest cependant indiquée que pour des
délais de transport prévus par la route supérieurs à 30 minutes.
QUELLE STRUCTURE DACCUEIL ?
TYPE DE STRUCTURE DACCUEIL SELON LE TABLEAU CLINIQUE :
Parmi les traumatisés crâniens graves, cest-à-dire présentant un score de
Glasgow inférieur à 8 et isolés, cest-à-dire stables sur le plan hémodynamique,
on distingue 2 groupes :
Les patients porteurs de signes de focalisation, tels quune mydriase
aréactive en général unilatérale, un déficit moteur, une asymétrie des réflexes
ostéotendineux ou des signes dhypertension intracrânienne, nécessitent une
évacuation demblée vers un centre spécialisé en neurochirurgie.
Les patients dépourvus de signes de focalisation peuvent être, dans un premier
temps, adressés dans un centre hospitalier possédant un appareil de tomodensitométrie.
En ce qui concerne les traumatismes du rachis, les patients doivent bénéficier
rapidement dune prise en charge par léquipe compétente la plus proche,
quelle soit spécialisée en neurochirurgie ou bien en chirurgie orthopédique.
DÉFINITION DE LÉQUIPE DACCUEIL :
Léquipe daccueil du centre hospitalier concerné doit être avertie de
larrivée du patient, et doit réunir des médecins seniors et spécialisés. Dans
lidéal, elle comporte un anesthésiste-réanimateur, un urgentiste, un
neurochirurgien et un radiologue.
Stratégie à laccueil : imagerie et indications chirurgicales.
Imagerie :
Lexamen paraclinique principal est représenté par la tomodensitométrie
cérébrale, qui doit être réalisée sans injection, sétendre de la base à la
voûte du crâne, comprendre des coupes sur la fosse postérieure, et comporter des
fenêtres parenchymateuses et osseuses. Les radiographies standards du crâne ne
présentent pas dintérêt, car elles napportent pas de renseignements
supplémentaires par rapport à une tomodensitométrie cérébrale bien faite, de même
pour lIRM cérébrale. Néanmoins, la tomodensitométrie cérébrale peut présenter
certaines limites, en particulier si elle est faite trop précocement certaines lésions
peuvent ne pas encore être visibles, elle devra être répétée dans les heures qui
suivent. Dautre part, le tronc cérébral est mal visualisé sur la
tomodensitométrie cérébrale en raison dartéfacts provoqués par la présence du
rocher.
Lexploration du rachis est systématique chez tout traumatisé crânien grave. Etant
donné la mauvaise qualité fréquente des radiographies standards du rachis réalisées
en urgence et le nombre non négligeable de lésions passant inaperçues, la stratégie
proposée est deffectuer des modes radiographiques du rachis par tomodensitométrie (avec
notamment un rachis cervical de profil) et de réaliser secondairement des coupes en
cas de mauvaise qualité des clichés ou bien de doute sur une lésion. Il est cependant
recommandé deffectuer des coupes tomodensitométriques systématiques et
millimétriques avec reconstruction, sur les charnières C1-C2 et C6-C7 correspondant à
la majorité des lésions.
En ce qui concerne le traumatisme du rachis, les radiographies standards du rachis et la
tomodensitométrie permettent lexploration des lésions osseuses, lIRM
médullaire détecte les atteintes médullaires et nest indiquée quen cas de
lésion osseuse prouvée ou de signes cliniques déficitaires.
La stratégie dimagerie du neurotraumatisme peut faire appel au concept de
télétransmission, système encore peu répandu, autorisant le transfert dimages
radiologiques de centres hospitaliers généraux vers des centres de neurochirurgie, afin
dobtenir un avis spécialisé pour des patients initialement non chirurgicaux et
pour un suivi dans le temps de ces derniers.
Indications chirurgicales :
Les indications de neurochirurgie en urgence lors dun traumatisme crânien sont
représentées par les plaies crâniocérébrales nécessitant un parage précoce, les
hématomes intra ou extracérébraux de gros volume (> 20-25 ml) avec effet de
masse ou déficit neurologique associé. Les sujets présentant des signes
dhypertension intracrânienne précoce à la tomodensitométrie doivent bénéficier
de la mise en place rapide dune dérivation ventriculaire externe de LCR, première
mesure thérapeutique à considérer dans cette situation.
Les critères de neurochirurgie en urgence du traumatisme rachidien reposent sur plusieurs
éléments. En cas de fracture instable du rachis cervical ou de déficit neurologique
partiel, la chirurgie en urgence est toujours indiquée. En ce qui concerne les déficits
complets, lIRM médullaire est recommandée en première intention, afin de
différencier les compressions médullaires devant bénéficier dune chirurgie en
urgence (hernie discale, hématome, fragment osseux ...) et les sections
médullaires ou contusions pour lesquelles aucune attitude standard nest
préconisée quant à la date de la stabilisation osseuse.
CONCLUSION
Au total, la prise en charge dun sujet neurotraumatisé fait appel à une équipe mutidisciplinaire qui a la mission dappliquer des protocoles stricts de prise en charge. Le traitement et la prévention des agressions cérébrales dorigine secondaire représente lobjectif principal des équipes soignantes. Tout commence avec la restauration de conditions de fonctionnement normales des fonctions circulatoires et respiratoires. A lautre extrémité de la chaîne, le neurochirurgien peut intervenir en urgence pour opérer un hématome ou mettre en place une dérivation externe du LCR. Lamélioration du pronostic des patients neurotraumatisés passe par le respect dune stratégie thérapeutique rationnelle et acceptée par tous.
Claude Martin
Département dAnesthésie-Réanimation et Centre
de Traumatologie, Hôpital Nord
13915 Marseille cedex 20
Richard Domergue
SAMU 13, Hôpital de la Timone, 13385 Marseille cedex
05
Et le Groupe dExperts en Médecine dUrgence du Sud-Est : Dr. Aboukhalil (Avignon), Dr. Agopian (Marseille), Dr. Ait-Abbas (Aubagne), Dr. Albanèse (Marseille), Pr. Alliez (Marseille), Dr. Arzalier (Toulon), Dr. Bar (Marseille), Dr. Benoit (Nice), Dr. Blanc Gay (Marseille), Dr. Boulard (Bordeaux), Dr. Bultez (Sisteron), Dr. Carpentier (Marseille), Dr. Chaleroux (Martigues), Dr. Coquilla (Marseille), Dr.Courant (Avignon), Pr. De la Coussaye (Nîmes), Dr. Deloffre (Toulon), Dr. Dragon (La Ciotat), Dr. Dubouloz (Marseille), Dr. Dubuisson (Arles), Pr. Farisse (Marseille), Dr. Garitaine (St Tropez), Dr. Gralla (Marseille), Dr. Hamon (Martigues), Dr. Huvet (Orange), Dr. Kaidomar (Fréjus), Dr. Keundjian (Marseille), Dr. Krajevitch (Gap), Dr. Lafay (Marseille), Dr. Laude (Aix en Provence), Dr. Ledren (Aix en Provence), Dr. Leussier (Marseille), Dr. Melandri (Nice), Dr. Minguet (Draguignan), Dr. Morel (Marseille), Dr. Olivier (Avignon), Dr. Portier (Marseille), Dr. Quillastre (St Tropez), Dr. Roche (Orange), Dr. Rostini (Marseille), Dr. De Salve-Villedieu (Marseille), Dr. Sarran (Cannes), Dr. Sibil (Briançon), Dr. Tournier (Sisteron), Dr. Varnet (La Ciotat).
4ème Conférence dExperts en Médecine dUrgence de la région Sud-Est