Jean ROTTNER - Christian SINGHOFF - Stéphan GRAESSLIN - Claude NIEDERHOFFER
Les transferts interhospitaliers
Stratégies et idées pratiques
La carte sanitaire française propose la mise en réseau des différents hôpitaux
permettant une prise en charge adaptée et pondérée de lensemble des pathologies
rencontrées. Les équipes des Services Mobiles dUrgence et de Réanimation (SMUR)
sont à la disposition des services hospitaliers pour réaliser des transferts dits
secondaires. Ces transferts interhospitaliers représentent un volume dactivité
considérable et prennent de plus en plus un caractère urgent.
Afin de remplir convenablement ces missions, léquipe du SAMU 68 a entrepris un
travail de réflexion suivant différents axes :
La formation des intervenants.
Léquipement.
La collaboration avec les ambulanciers privés qui fournissent les vecteurs de transport
terrestre.
La coopération avec les compagnies daviation commerciales locales pour
lobtention de lagrément sanitaire.
Nous avons toujours eu le souci de transporter les patients dans les meilleures conditions
de sécurité et de soins. La base de ces différents éléments repose sur plusieurs
facteurs :
Notre expérience et les moyens de transport qui sont à notre disposition.
Lorganisation du transfert assurée par le tandem médecin régulateur -
Permanencier Auxiliaire de Régulation Médicale (PARM).
Léquipe de transfert Médecin - Infirmier Diplômé dEtat (IDE) ou le rôle
de linfirmier est particulièrement important.
Cela nous a conduit à développer un certain nombre de protocoles qui nous simplifient la
préparation de tels transports.

NOTRE EXPÉRIENCE
Sur les huit premiers mois de lannée 1998, nous avons répondu à 488 demandes de
transferts secondaires médicalisés pour le compte du SMUR du Centre Hospitalier de
Mulhouse. .
Le motif justifiant ces demandes a été le plus fréquemment le transfert vers un service
spécialisé :
Soit en raison dunités dhospitalisation spécialisées inexistantes au centre
hospitalier de Mulhouse. Ils concernent alors des patients nécessitant des investigations
complexes ou des patients pour lesquels une prise en charge par des équipes
spécialisées doit être effectuée.
Soit par épuisement des possibilités locales daccueil.
La médiane de la distance séparant le centre hospitalier de Mulhouse des hôpitaux
destinataires a été de 76 km. La durée moyenne des transferts a été de 2 h 33 mn
(départ base - retour base).
NOS VECTEURS DE TRANSFERT :
Véhicules terrestres :
Le fonctionnement de notre SMUR haut-rhinois présente une particularité. En effet, nous
avons fait le choix délibéré de ne plus acquérir dUnités Mobiles Hospitalières
(UMH) de transport. Nos équipes interviennent donc exclusivement à bord de véhicules
radio-médicalisés. Considérant limportance du parc de Véhicules de Secours aux
Asphyxiés et Blessés (VSAB) et dambulances privées disponibles sur le
département, de tels investissements nous paraissent redondants et inutiles (cf. rapport
Barrier). Les ambulanciers privés ont adhéré à cette option et ont consenti à
réaliser des investissements conséquents pour léquipement des Ambulances de
Secours et de Soins dUrgence (ASSU) de catégorie A. Pour les transferts
secondaires, nous disposons de véhicules de grand volume parfaitement équipés en
matériel médical (scope Lifepak 11®, seringues auto-pulsées, respirateur de transport,
etc.). Les ambulanciers sont formés en conséquence, la réorganisation du système ayant
donné lieu à la création dun enseignement de perfectionnement ambulancier type
«Certificat de Capacité Ambulancier SMUR».
Hélicoptères :
Nous pouvons recourir à 4 types de moyens héliportés : LAlouette III de la base
Sécurité Civile de Strasbourg, médicalisée par le SAMU 67. LAgusta A109-K2 de la
base Rega de Bâle en Suisse (convention avec le SAMU 68). LEC 135 du SAMU Régional
de Lorraine. LEcureuil de la Gendarmerie Nationale.
Avions sanitaires :
Nous disposons de trois possibilités :
Avions de ligne lorsque létat du patient le permet.
Avion-ambulance Hawker 800 de la Rega (basé à Zurich), il permet de transporter deux
patients ventilés.
Avions de compagnies privées, agréés pour un aménagement sanitaire, toujours
médicalisé par une équipe de notre SMUR (Beechcraft 90 ou 200).
Nous essayons depuis quelques temps de simplifier les procédures de déclenchement
dun transfert lourd. Pour cela deux équipes complémentaires vont unir leurs
efforts :
Léquipe médecin régulateur / PARM.
Le binôme médecin senior / IDE, chargés du transfert.
Leurs actions communes et complémentaires vont monter en puissance très rapidement. Dans
ce but il est nécessaire que chacun connaisse les procédures que nous avons
prédéfinies.
ORGANISATION DUN TRANSFERT
LES ÉVACUATIONS SANITAIRES DE TYPE EVASAN :
Il sagit sans aucun doute des transferts demandant les procédures de mise en
uvre les plus complexes. Nous les avons simplifiées au maximum pour les rendre plus
lisibles.
Dès lacceptation dun transfert par le médecin régulateur, il lui incombera
la charge dactionner un certain nombres déléments techniques clés.
Contacter une compagnie aérienne pour demander la mise à disposition dun avion :
Le choix de lappareil sera conditionné par sa disponibilité et surtout par la
pathologie du malade transporté. Le délais de mise en uvre minimale demandée par
une compagnie aérienne est de une heure. Cela nest pas un handicap compte tenu de
la prise en charge et des délais de transport jusquà laéroport.
Le régulateur prévient léquipe de transfert :
Il sagit dune équipe dastreinte composée dun médecin senior et
dun IDE.
Le médecin régulateur devra encore sassurer quune ambulance de type ASSU a
été bloquée afin dassurer le transport jusquà laéroport de départ.
Après avoir pris contact avec le service hospitalier demandant le transport et surtout
après avoir vu le patient, léquipe de transfert précisera au médecin régulateur
lheure de départ estimée, lheure darrivée probable à
laéroport de départ, la nécessité dune escorte et quelle est la
configuration intérieure de lavion à mettre en uvre par la compagnie
aérienne.
Nouvel appel à la compagnie aérienne pour :
Préciser : Laéroport de destination. Lheure probable darrivée de
lambulance au bas de la passerelle. Pour demander des aménagements spécifiques à
lintérieur de lavion Pour imposer éventuellement des conditions
particulières de vol (altitude zéro par ex).
Connaître : Lheure datterrissage estimée. Le nom du parking sur lequel
lavion stationnera à son arrivée. Limmatriculation de lavion. Le
numéro de vol
Contacter la régulation médicale du SAMU dont dépend laéroport
datterrissage pour envisager laccueil du patient. Les éléments suivants
seront indispensables lors de cet entretien :
Lheure datterrissage (heure locale ou GMT). Le nom du parking sur lequel
lavion stationnera à son arrivée. Limmatriculation de lavion. Le
numéro de vol. La nécessité ou non de mise à disposition dune équipe SMUR pour
assurer le transport vers lhôpital.
Ces différents éléments de régulation peuvent apparaître comme fastidieux. Ils
senchaînent cependant les uns avec les autres et découlent dune expérience
datant de quelques années. Un dossier technique dévolu à chaque EVASAN est rempli par
le médecin régulateur au fur et à mesure de lavancée de sa régulation. Les
différents items que nous avons détaillés plus hauts y sont regroupés et permettent,
même à un régulateur peu au fait de ce genre de transport, den assurer une
préparation optimale.
Avant toute préparation technique il aura dû sassurer au préalable de la
faisabilité médicale dun tel transport. Un dossier médical spécifique aux EVASAN
a été mis au point. Il comporte les éléments administratifs, cliniques et techniques
concentrés dans les tableaux 3 et 4.
Le dossier médical rempli par le médecin régulateur sera remis a léquipe de
transfert. Cette dernière le complétera en allant voir le patient lors de la visite
pré-transfert. Il sera encore enrichi par les données médicales en cours de transport.
Son double sera transmis à léquipe médicale daccueil.
LES ÉVACUATIONS SANITAIRES HÉLIPORTÉES :
Elles concernent principalement des patients souffrant de pathologies nécessitant des
soins dans des services ayant des appétences particulières : grands brûlés,
polytraumatisés sévères avec actes de neurochirurgie et suivi en réanimation
chirurgicale nécessaire sont deux exemples parmi dautres.
A Mulhouse, le SAMU et le service des urgences sont rattachés administrativement et sous
la responsabilité du même chef de service. Lorsquà la suite dun déchocage,
un transfert simpose, cela nous permet de parler un langage commun. Nos habitudes de
travail, de conditionnement du patient nous sont connus les uns des autres.
La même rigueur de préparation du patient doit être demandée, par le régulateur, aux
équipes hospitalières sollicitant un transfert. En cas de nécessité il sait quil
peut faire transiter le malade par une de nos salles de déchocage afin
dentreprendre un conditionnement complémentaire jugé nécessaire.
Disponibilité dun appareil, distances à parcourir, degrés durgence,
nécessité dun vol de nuit seront les facteurs influençant la décision du
régulateur dans le choix du vecteur le plus approprié.
LES ÉVACUATIONS SANITAIRES PAR VOIE TERRESTRE :
Parce que ce sont les transports les plus fréquents, ils nécessitent une attention sans
cesse renouvelée. De logistique plus aisée, ils répondent aux mêmes procédures que
les EVASAN en matière de prise en charge médicale : visite pré-transfert, évaluation
des risques inhérents au transport, préparation médico-technique, prévision de
limprévisible.
LÉQUIPE MÉDICALE EN CHARGE DU TRANSFERT
Les équipes médicales en charge des transferts sont généralement composées de
médecins et dIDE rompus aux arcanes de tels transports. Forts dune
expérience ou de formations volontaristes et parfois diplômantes, ces personnes et plus
particulièrement les IDE sont mobilisables 24h/24 dans des délais extrêmement rapides.
Elles sattachent à suivre un schéma logique permettant de mettre en uvre les
parties logistiques, techniques et relationnelles du transfert.
CONNAITRE LE PATIENT :
Léquipe médecin - IDE ira dans un premier temps toujours examiner le patient dans
le service demandeur. La priorité sera accordée à un dialogue convivial et constructif
avec léquipe qui a la charge du patient
Le médecin transporteur consulte le dossier médical du patient afin de résumer
lhistoire clinique du patient, de déterminer déventuelles contre indications
au transfert ou déventuelles complications risquant de survenir en cours de
transfert.
Il convient ensuite de senquérir auprès du médecin ayant en charge le patient de
la pathologie que présente le malade, et notamment son évolutivité. Il faut également
sintéresser aux pathologies annexes, aux tares éventuelles pouvant occasionner des
complications pendant le transfert. De plus, il est utile de discuter les traitements en
cours, les examens complémentaires faits ou à faire avant le transfert (radiographie du
thorax, gaz du sang, échographie ... ).
Un dernier examen clinique avec notamment une otoscopie (si transport aérien) est
indispensable pour se faire une idée du status clinique du patient et pour pouvoir juger
de son évolution ultérieure.
LIDE prendra en compte tout particulièrement les données techniques du patient :
Possibilité de communication. Confirmation de visu des éléments techniques recueillis
par le médecin régulateur. Prise en compte des aspects de nursing. Collaboration avec
léquipe soignante pour faciliter certains aspects techniques dun transfert :
réduction des solutés, mise en place de poches plastifiées, identification dune
voie réservée aux injections en bolus, préparations suffisantes pour la durée du
transport, des drogues administrées par seringues auto-pulsées ou encore réfections
éventuelle de fixations ou de pansements.
Léquipe en charge du transport sassurera également que le dossier médical
et administratif du patient soit complet. Elle informera le patient et/ou sa famille du
déroulement du transport.
PRÉPARATION TECHNIQUE DU TRANSFERT :
A la suite de la visite au patient, médecin et IDE conviendront de la future prise en
charge prescriptions et dispositions techniques nécessaire au bon déroulement du
transport seront envisagées. Toute limportance du rôle de lIDE intervient à
ce moment précis de la préparation du transfert.
Dans des délais raisonnables il devra préparer le matériel, en réaliser rapidement un
ultime contrôle et sécuriser au maximum la prise en charge (énergie, autonomie, relais
en cas de dysfonctionnement).
Notre expérience nous a montré que cette préparation doit être extrêmement rigoureuse
et méthodique même si lurgence lui impose un délai de réalisation souvent
réduit. A cette fin, nous avons réalisé une «check-list» incluant le matériel
nécessaire à la prise en charge de la majorité des pathologies. LIDE na
ainsi quà cocher sur sa liste la présence, la fonctionnalité et la sécurisation
de son matériel. Ce support «pense-bête» nous a ainsi permis de réaliser des
transferts plus quurgents en comprimant au maximum les délais dorganisation
et de préparation. Lexemple type est le transfert primo-secondaire pour greffe
pulmonaire. La durée du transport du domicile dun patient instable sur le plan
respiratoire jusquà larrivée dans le service dun hôpital parisien
nexcédant pas quatre heures à compter de lappel initial.
LÉQUIPEMENT DES VECTEURS DE TRANSPORT :
Si les ambulances dont nous disposons pour nos transferts lourds par voie routière sont
de gros gabarit et parfaitement équipées, il en est tout autre des avions que nous
employons pour nos EVASAN.
Il est important dacheminer en même temps que le patient une quantité non
négligeable de matériel destiné à équiper lavion.
Ainsi, une fois arrivé à laéroport, le patient reste sous la surveillance du
médecin, tandis que lIDE se charge de laménagement de lavion. Cette
transformation dun avion daffaire en avion réalisant une EVASAN doit être
effectuée compte tenu de la pathologie du patient (physiopathologie des transports
aériens) ainsi que des soins prévus pendant le vol.
Grâce aux premières informations données par le médecin régulateur à la compagnie
aérienne et suite aux différentes missions que nous avons déjà pu réaliser avec elle,
léquipement complet de la cabine, la fixation réglementaire du matériel
seffectue dans un délai maximal de quinze minutes.
RÔLE DE LIDE PENDANT LE TRANSFERT :
Cest pendant le temps de route ou de vol que lIDE va retrouver son «rôle
habituel» :
Installation, surveillance, monitorage et conditionnement du patient. Exécution des
prescriptions médicales. Relation avec le patient. Recueil des paramètres. Soins de
confort.
Linfirmier devra également être attentif et savoir informer les partenaires
dun transport (ambulanciers, pilotes, techniciens au sol) sur les précautions à
prendre face à certains patients (infection, immunodépression). Certaines mesures de
précautions individuelles sont parfois nécessaires et doivent être décodées.
FIN DE MISSION
A larrivée dans le service receveur ou lors de la réception du malade par un SMUR,
médecin et IDE sassureront de la transmissions des données médicales (dossier de
transfert), de la remise du dossier patient et de la récupération soigneuse du
matériel.
De retour de mission, linfirmier assure la remise en état et la désinfection du
matériel utilisé. Au cas échéant il restitue le matériel mis à disposition par un
service (couveuse par exemple). Pour finir il reprendra sa «check-list» pour
sassurer de la bonne présence du matériel qui sera utilisé lors dune
prochaine mission.
Malgré la rigueur dont nous essayons de faire preuve, nous sommes par moment confrontés
en cours de mission à des problèmes imprévus et auxquels il faut faire face rapidement.
Cest pourquoi nous avons pris lhabitude deffectuer de rapides
«débriefings» permettant daméliorer notre approche des transferts dits lourds.
Ce travail déquipe nous a appris à travailler avec rigueur et exigence pour le
plus grand bénéfice des patients dont nous assurons le transport.
Jean ROTTNER
Médecin SAMU 68 - SMUR - Urgences
Centre Hospitalier de Mulhouse
Christian SINGHOFF
Stéphan GRAESSLIN
Cadre infirmier - SAMU 68
Centre Hospitalier de Mulhouse
Claude NIEDERHOFFER
Médecin - SAMU 68 - SMUR - Urgences
Centre Hospitalier de Mulhouse - SDIS 68