Christian NIZIOLEK - François MOUGEOLLE - Marc WEBER


Le transport secondaire
des syndromes coronariens aigus


La prise en charge extrahospitalière des syndromes coronariens aigus, représentés par l'angor instable et l'infarctus du myocarde, est actuellement relativement bien codifiée en ce qui concerne le transport primaire, c'est à dire du domicile à l'hôpital. Les discussions actuelles ne concernent en effet que le choix de la technique de désobstruction coronaire.

RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
Les seules recommandations concernant les transports secondaires inter hospitaliers médicalisés sont retrouvées dans les recommandations de la SFAR de 1992 (1). Leur réalisation se fait au mieux par l'intermédiaire des SAMU-SMUR (Service d'Aide Médicale Urgente assurant la réception de la demande de transfert, l'engagement du vecteur médicalisé de transport et la préparation de l'accueil hospitalier, et Service Mobile d'Urgence et de Réanimation représentant le vecteur de transport proprement dit). Ces services, rompus aux transports secondaires pour tous types de pathologies, ont à charge d'assurer une surveillance circonstanciée du patient et de poursuivre les traitements instaurés. L'apparente simplicité de ce système ne doit cependant pas faire occulter les problèmes susceptibles d'émailler l'organisation et le déroulement des missions.

PRÉALABLES ESSENTIELS
Concernant l'organisation logistique du transfert, une concertation préalable entre le médecin demandant le transfert, le médecin prenant en charge secondairement le patient et le médecin régulateur du SAMU est impérative. Ces entretiens téléphoniques permettent de préciser clairement la nature des traitements à mettre en œuvre et à poursuivre, mais également l'heure et le site exact de réception du patient (salle de coronarographie, salle de traitement de troubles du rythme ou de pose de contre-pulsion, lit d'Unité de Soins Intensifs Cardiologiques ou USIC). Le rôle du médecin assurant le transport est particulièrement délicat dans cette situation de partage à trois des responsabilités, dans la mesure où la conduite pratique est plus ou moins dictée par des médecins n'assurant pas eux-mêmes le transport... La présence au lit du malade des 2 praticiens s'étant entendu sur l'organisation du transfert, lors de l'arrivée de l'équipe SMUR, augmente la pertinence des transmissions et la compréhension mutuelle des impératifs de chacun...

DEROULEMENT DE LA MISSION
Concernant le transport proprement dit, celui-ci est réalisé idéalement en l'absence de détresse vitale. Les syndromes coronariens aigus représentent pourtant des situations à haut risque évolutif et sont donc potentiellement pourvoyeurs de détresses vitales (insuffisance respiratoire aiguë, état de choc, fibrillation ventriculaire). A ce titre, Le patient sera systématiquement monitoré à l'aide d'un électrocardioscope, d'un appareil à mesure de la saturation pulsée en oxygène et d'un appareil à mesure non invasive de la pression artérielle et un défibrillateur sera en permanence à disponibilité immédiate. Ce sont d'ailleurs ces situations qui le plus souvent justifient le transfert d'un hôpital de secteur vers un plateau technique mieux équipé de type USIC. Ces plateaux offrent la possibilité de coronaro-dilatation, de pose de contre-pulsion par ballonnet intra-aortique, de traitement instrumental de troubles du rythme et de la conduction cardiaque, indispensables dans certaines formes d'infarctus compliqué.
Ces solutions thérapeutiques ne sont malheureusement pas disponibles dans les véhicules des SMUR, où, excepté l'entraînement électrosystolique transthoracique, et de façon exceptionnelle la contre-pulsion diastolique aortique, seuls des traitements médicamenteux peuvent être conduits. Par ailleurs, le transport proprement dit soumet le patient à un stress supplémentaire, les accélérations et décélérations notamment influant sur la stabilité hémodynamique. Deux solutions s'opposent en terme de choix du vecteur : le transport routier et le transport héliporté, chacun présentant bien sûr des avantages et des inconvénients.
Le transport routier offre une relative facilité de mise en œuvre, un abord immédiat au patient (pas de nécessité de zone de poser), une relative aisance dans la surveillance et même dans la mise en route de nouveaux traitements. Il pèche au niveau du temps de transport et par son inconfort. De plus, il mobilise une équipe de transport au détriment de transports primaires et au niveau de l'accueil des urgences dans de nombreuses structures. Le transport héliporté est avantageux en terme de rapidité et offre un meilleur confort au patient. Néanmoins l'absence de surface de poser dans l'un ou l'autre des hôpitaux impose un, voire deux relais routiers, ce qui peut diminuer le gain de temps théorique par rapport à un transport routier. Ce mode de transport peut, de plus, être pénalisé par d'éventuelles indisponibilités liées à des problèmes météorologiques. L'hélicoptère est également plus coûteux pour la collectivité mais une organisation régionale comme il en existe déjà en France peut permettre de diminuer le nombre d'équipes nécessaires aux transports secondaires. La relative exiguïté de la cellule sanitaire n'offre par ailleurs pas les mêmes possibilités d'intervention en cours de transport qu'une ambulance, et la défibrillation conventionnelle en vol est interdite. Ce point représente un obstacle important dans la décision, dans la mesure où la fibrillation ventriculaire est le risque évolutif majeur dans cette circonstance. Malgré tout, cette complication est un événement heureusement rare chez ces patients, dans la mesure où ils sont le plus souvent transportés au deuxième jour de leur affection, voire plus tard. Dans l'avenir par ailleurs, la défibrillation semi-automatique dans les hélicoptères à structure non métallique pourrait être autorisée. Concernant les inconvénients mineurs, citons la difficulté à l'évaluation de la douleur du patient compte tenu de l'ambiance phonique et les nausées voire les vomissements assez fréquents en vol, pouvant gêner l'interprétation d'une symptomatologie digestive associée. Ainsi, lorsque les deux types de vecteurs sont disponibles, le médecin régulateur doit intégrer dans son choix l'ensemble de ces données, et les confronter à la situation clinique précise : la gestion des équipes et la sécurité du patient devant primer sur des considérations d'ordre budgétaire dans la mesure du possible.
Concernant la sécurité de ces transports dans le cadre d'évènements coronariens évolutifs, notre expérience en région lorraine montre que l'usage de l'hélicoptère sanitaire, pour la grande majorité des patients concernés, donne satisfaction et permet la réalisation des missions dans de bonnes conditions. Sur la période allant de mars à août 1998, 77 transports de tels patients ont été analysés. La voie routière a été retenue dans 46 cas, le plus souvent pour des coronarographies à destination d'USIC, et pour des pontages à destination de services de chirurgie cardio-vasculaire. L'hélicoptère a été utilisé 31 fois, pour des coronarographies ou des pontages dont 1 patient porteur d'une contre-pulsion et 2 patients sous ventilation assistée ; aucune fibrillation ventriculaire et aucun effet sérieux n'ont été directement liés à ce type de transport. Ce mode de transport donne également satisfaction Outre-Atlantique où il est utilisé de façon beaucoup plus large, et ce tant en terme de possibilité de surveillance qu'en terme de possibilité d'intervention en cas de complications en vol (2, 3).
Ainsi le transport secondaire de patients coronariens en phase aiguë peut poser de multiples problèmes, bien gérés le plus souvent, grâce à l'expérience des SAMU-SMUR et à une certaine homogénéité des conduites pratiques en cardiologie. Les thérapeutiques proposées en cours de transfert doivent être avalisées de concert par les deux cardiologues concernés. Par contre le choix du vecteur de transport doit rester du ressort du médecin régulateur, en accord avec le médecin transporteur, du fait des contraintes propres des SAMU-SMUR, et ce d'autant que leur fonctionnement est souvent intriqué à celui d'un service d'accueil des urgences.

Christian NIZIOLEK, Marc WEBER
SAMU 57 - Metz
François MOUGEOLLE
SAMU 54 - Nancy

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1. P. Carli, F. d'Athis, P. Barriot. et coll. - Recommandations concernant les transferts inter hospitaliers. - Société Française d'Anesthésie et de Réanimation. Décembre 1992.
2. L. Raye Belliner, M. Robert Califf, B. Daniel Mark and all. - Hélicopter transport of patients during acute myocardial infarction. - Am. J. Cardiol 1988 , 61 : 718-722.
3. D.G. Rubenstein, N.W. Treister, A.S. Kapoor, P.R. Mahrer. - Transfer of acutely ill cardiac patients for définitive care ; Demonstrated safety in 755 cases. - JAMA 1998 , 11 : 1695-1698.