Daniel WASSERMANN
Évaluation de la gravité des brûlures : Physiopathologie
Il existe peu de pathologies dont létendue des gravités est aussi large que celle des brûlures. Rien de comparable, en effet, entre la petite brûlure domestique à laquelle personne néchappe au cours de sa vie et la brûlure profonde qui atteint la quasi totalité du revêtement cutané et qui représente un des traumatismes les plus lourds auxquels il est possible dêtre confronté. Si, dans les cas extrêmes, lévaluation de la gravité ne pose aucun problème, il nen est pas de même en ce qui concerne les brûlures de gravité intermédiaire. Pourtant, pour ces dernières, un diagnostic précis de la gravité est absolument déterminant : il faut non seulement savoir reconnaître la brûlure qui risque dentraîner des perturbations de lhoméostasie et qui nécessite donc des traitements en urgence et une hospitalisation, mais aussi distinguer celle qui peut être responsable de la formation dune cicatrice et qui impose la consultation dun spécialiste brûlologue.
ÉVALUATION DE LA GRAVITÉ
La détermination de la gravité dune brûlure se fera sur la prise en compte de nombreux facteurs. La pondération de ces différents facteurs permet létablissement dindices de gravité qui, le plus souvent, ne concernent que le risque vital. Elle doit également aboutir à une classification simple des patients en rapport avec les risques encourus (vitaux et non vitaux) et le type de prise en charge souhaitable.
LES PRINCIPAUX FACTEURS DE GRAVITÉ
Nombreux sont les éléments qui interviennent dans la gravité dune brûlure
La surface de la brûlure :
Elle est évaluée en pourcentage de la surface corporelle totale.
Pour les brûlures peu étendues, lévaluation sera réalisée en tenant compte du
fait quune paume de main (il sagit de la main de la victime)
représente environ 1% de la surface corporelle totale.
La règle des neufs qui a lavantage dêtre facile à mémoriser permet une
évaluation rapide des brûlures étendues : elle attribue des multiples de 9% de la
surface corporelle totale à différents territoires cutanés (9% pour
lextrémité céphalique, 9% pour chaque membre supérieur, 18% pour chaque membre
inférieur, 18% pour chaque face du tronc, 1% pour le périnée). En fait la règle
des neufs est trop imprécise et ignore les variations morphologiques en rapport avec
lâge.
Une évaluation rigoureuse ne sera possible quen ayant recours à des tables plus
détaillées tenant compte de lâge, telles les tables de Berkow.
Il faut noter la grande variabilité de cette estimation de la surface de brûlure, même
lorsquelle est réalisée par des spécialistes. Il est donc indispensable dy
apporter une attention toute particulière et de saider dun schéma.
La profondeur de la brûlure :
Dans les brûlures thermiques, la profondeur dépend dune part de la
température atteinte par la surface cutanée et, dautre part, de la durée de
lexposition à cette température.
Par exemple, lors de limmersion dans de leau chaude, une brûlure en 3ème degré
est provoquée en 2 secondes à 65°C, 10 secondes à 60°C et en 30 secondes à 54°C.
En cas de brûlures chimiques, la profondeur dépend de la durée du contact et de
lécart entre le pH du produit corrosif et le pH neutre.
On distingue 4 profondeurs :
Le premier degré correspond à une atteinte des couches superficielles de lépiderme sans lésion de la basale. Il se reconnaît à labsence de décollement (pas de phlyctène) et à la présence dun érythème douloureux. La cicatrisation spontanée se fait en 2 à 3 jours sans aucune séquelle.
Le deuxième degré superficiel correspond
à une lésion de la quasi totalité de lépiderme y compris une partie de la basale
et des cellules de Malpighi. Sur le plan morphologique,
il se reconnaît par la présence constante de phlyctènes dont le plancher, après
excision, est rouge, bien vascularisé et très sensible. La cicatrisation spontanée en 1
à 2 semaines, sans séquelle, est la règle, mais on ne peut écarter totalement le
risque de cicatrice indélébile notamment chez les enfants, les sujets de couleur et
dune façon plus générale lorsque la cicatrisation est retardée par une
complication (infection locale le plus souvent).
Le deuxième degré profond est une destruction complète de lépiderme et du derme superficiel. Ne persistent intacts que le derme profond et les annexes épidermiques (poils, glandes sudoripares et sébacées). Ces brûlures présentent, comme celles du deuxième degré superficiel, des phlyctènes mais, après excision, le plancher de celles-ci apparaît blanc-rosé, mal vascularisé, peu sensible. La cicatrisation spontanée à partir des annexes est possible mais longue (2 à 4 semaines). Bien souvent, létat général du patient ou une surinfection locale, entraînera un approfondissement des lésions par destruction des quelques cellules épidermiques survivantes qui ne permettra pas la cicatrisation spontanée.
Le 3ème degré correspond à une destruction totale de la peau incluant, au minimum,la totalité de lépiderme et du derme. Il se présente comme une nécrose cutanée adhérente, sans phlyctène, de couleur plus ou moins foncée (allant du blanc au noir en passant par le marron), avec perte totale de la sensibilité. La complète disparition des cellules épidermiques ne permet pas la cicatrisation spontanée. La fermeture cutanée définitive ne peut alors être obtenue que par autogreffe, cest à dire par limportation de tissus épidermiques autologues, prélevés sur une zone de peau intacte. Cette greffe ne sera possible quaprès excision de la nécrose cutanée.
Lâge :
Il représente un élément déterminant du pronostic. Les âges extrêmes de la vie
sont classiquement défavorables, avec une mention particulière pour les patients âgés
pour lesquels une brûlure, même modeste, engage souvent le pronostic vital, tant les
capacités de cicatrisation et de défense contre les infections sont réduites.
La présence de lésions pulmonaires
dinhalation de fumées :
Ces lésions pulmonaires sont fréquentes au cours des brûlures secondaires à un
incendie. Elles sont en rapport avec linhalation des gaz corrosifs et/ou toxiques
contenus dans la fumée et sont retrouvées chez environ 25% des brûlés hospitalisés
dans les centres spécialisés. Elles aggravent considérablement le pronostic vital
puisque la mortalité des patients brûlés qui en sont victimes est évaluée entre 30 et
40%.
Cliniquement ces lésions dinhalation seront suspectées en cas de brûlures
survenues en espace clos, de brûlures localisées au niveau du visage, de brûlures des
vilbisses ou encore en cas de constatation dune voie rauque, dun wheezing,
dun stridor ou de présence de dépôts de suie au niveau des muqueuses nasales et
buccales.
Le diagnostic sera affirmé par la fibroscopie bronchique qui montrera, en fonction de la
gravité de latteinte de la muqueuse bronchique : érythème, dème, dépôts
de suie, érosions de la muqueuse, plaques de nécrose.
La localisation des brûlures :
Certaines localisations compliquent les traitements et augmentent les risques vitaux
et fonctionnels :
Les brûlures du visage sont particulièrement défavorables. Cette localisation est
évocatrice dune lésion dinhalation de fumée. Elle peut entraîner, en
raison de la formation rapide dun dème, une détresse respiratoire aiguë.
Elle peut laisser persister, en cas de lésions profondes, des cicatrices dont les
conséquences psycho-sociologiques sont majeures.
Les brûlures des mains, très fréquentes, peuvent entraîner des séquelles
fonctionnelles et esthétiques particulièrement handicapantes.
Les brûlures des jambes et des pieds contraignent le sujet au décubitus et lexpose
ainsi au risque thrombo-embolique.
Les brûlures du siège augmentent le risque infectieux.
Lexistence détats pathologiques
préexistants :
Ethylisme, diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, déficit
immunitaire représentent des "terrains" qui aggravent lourdement
le pronostic de la brûlure.
LES INDICES PRONOSTIQUES :
De nombreux indices pronostiques spécifiques de la brûlure ont été décrits. Ils associent, en les pondérant éventuellement, plusieurs des facteurs de gravité évoqués ci-dessus, pour essayer de déterminer, à partir détudes de populations témoins, une probabilité de survie.
Une remarque préalable doit être faite concernant lutilisation de ces indices : aucun dentre eux ne peut être suffisamment riche en paramètres et performant pour prendre en compte la totalité des particularités dun patient déterminé. Leurs valeurs représentent le pronostic dun patient "moyen". Ils ne peuvent donc permettre dévaluer "les chances" dun individu particulier qui a ses propres caractéristiques. En revanche, ils permettent danalyser statistiquement les résultats obtenus sur un groupe de patients en les comparant à ceux observés sur le groupe ayant servi à la description de lindice considéré ou à un autre groupe, précédemment évalué. Ils représentent donc un outil extrêmement utile pour évaluer, par comparaison, lefficacité thérapeutique en terme de mortalité.
Les principaux indices pronostiques utilisés sont :
Lindice de Baux, uniquement
applicable chez ladulte, qui se définit comme la somme de la surface
brûlée, exprimée en pourcentage de la surface cutanée totale, et de lâge en
années. Il a le mérite de la simplicité et, en fait, se montre très performant bien
que ne prenant pas en compte la profondeur des brûlures ni la présence de lésions
dinhalation. Les bons résultats obtenus avec lindice de Baux peuvent être
expliqués par le fait que, sur une large population, condition obligatoire pour
lutilisation dun indice pronostique, la proportion des différentes
profondeurs de brûlures et lincidence des lésions dinhalation sont
constantes et pratiquement identiques dans des pays présentant un niveau de
développement équivalent.
Des études statistiques nous ont permis de montrer que lâge na,
aujourdhui, pas dinfluence défavorable sur le pronostic vital des brûlés
avant 50 ans, contrairement à ce que décrivait lindice de Baux (proposé il y a
plus de 30 ans). Ceci est probablement en rapport avec les progrès réalisés dans le
domaine de la santé publique et nous a amené à proposer une modification de
lindice de Baux, qui consiste à ne faire intervenir que la surface brûlée totale
avant 50 ans et, au delà, à additionner la surface brûlée totale avec le double des
années dâge au dessus de 50 ans :
Indice de Baux modifié = Surface brûlée totale + (nombre dannées>50 ans)
x 2.
Lindice UBS est égal à la somme de la surface totale de la brûlure plus 3 fois la surface brûlée en 3ème degré, les surfaces étant exprimées en pourcentage de la surface corporelle. Outre le fait que cet indice ne prend pas en compte lâge du patient, lanalyse statistique montre quil décrit mal le risque de mortalité sur une population large de brûlés.
Lindice ABSI prend en compte de nombreux paramètres (surface de la brûlure, présence de lésions du 3ème degré et de lésions pulmonaires dinhalation, âge du patient et sexe).
Dautres indices plus complexes, comme lindice de Roi, nécessitent un ordinateur pour être évalués.
CLASSIFICATION DE LA GRAVITÉ
DUNE BRÛLURE :
Dans la pratique, la classification de la gravité dune brûlure ne doit pas
seulement tenir compte du pronostic vital. Les risques de séquelles, de complications
diverses, les difficultés particulières de la mise en uvre des traitements sont
autant déléments qui doivent intervenir dans la classification.
Brûlures bénignes :
Il sagit de lésions peu étendues (moins de 2% de la surface corporelle), du
premier et du deuxième degré superficiel, ne touchant ni la face, ni le siège, ni les
mains. Elles peuvent être traitées en ambulatoire. Attention ! Si la cicatrisation
nest pas obtenue au bout de 10 jours, la consultation spécialisée est obligatoire.
Brûlures de gravité intermédiaire :
Elle correspondent soit à des brûlures peu étendues mais profondes ou siégeant au
niveau du visage, du siège ou des mains, soit à des brûlures dont létendue
dépasse 2% de la surface corporelle mais reste inférieure à 10% de celle-ci. Il
nexiste pas de lésions respiratoires (pas dinhalation de fumée) ni de
risque particulier (cf. les brûlures graves). Ce type de brûlures nécessitera un
avis médical et le plus souvent une hospitalisation dans une structure spécialisée.
Brûlures graves :
Il sagit de brûlures dont létendue (entre 15 et 50% de la surface
corporelle) et la profondeur (2ème et 3ème degré) entraînent un risque vital, risque qui peut
aussi être le fait de lésions pulmonaires par inhalation de fumées, dun blast (explosion
de gaz), de lorigine de la brûlure (brûlures électriques, brûlures
chimiques), dun traumatisme associé ou dun terrain débilité. Ce risque
vital est considéré comme faible dans les conditions actuelles de prise en charge, mais
impose lhospitalisation en centre de brûlés.
Brûlures très graves :
Brûlures en majorité profondes dont la surface dépasse 50% de la surface corporelle.
Les risques vitaux sont majeurs pour ces brûlures qui ne peuvent évoluer favorablement
que si lon utilise toutes les ressources thérapeutiques modernes.
Rappelons enfin le rôle essentiel de lâge qui se traduit par le fait quune
brûlure, même peu étendue, est toujours grave chez une personne âgée.
PHYSIOPATHOLOGIE
La brûlure, lorsquelle est étendue,
entraîne de profonds déséquilibres de lhoméostasie qui peuvent mettre la vie du
patient en danger.
La connaissance de lorigine de ces perturbations, de leur importance et de leur
évolution dans le temps est essentielle à une prise en charge efficace du brûlé.
Les déséquilibres sont dautant plus graves et précoces que la lésion cutanée
est plus étendue. Ils persistent dautant plus longtemps et exposent ainsi à des
complications dautant plus nombreuses que la brûlure est plus profonde.
En pratique ce nest que pour les brûlures du 2ème ou du 3ème degré
dont la surface dépasse 10% de la surface corporelle que les problèmes se posent.
Perturbations hydro-électrolytiques :
Il existe une fuite plasmatique massive et brutale dès les premières minutes
après la brûlure. Limportance de cette plasmorragie dépend de la surface de la
lésion et peut dépasser 1 litre au cours de la première heure, lorsque les brûlures
atteignent plus de 50 % de la surface corporelle.
Lhypovolémie résultante peut entraîner un choc et engager le pronostic vital en
cas de brûlures étendues et de retard à la mise en uvre de mesures adaptées. Sa
compensation est donc au premier plan du traitement durgence des premières heures.
Les mécanismes de ces perturbations sont bien compris aujourdhui.
Libérations de médiateurs
de linflammation :
La dénaturation des protéines par la chaleur entraîne une activation du complément
par lintermédiaire de la xantine oxydase, du facteur de Hageman et de la
libération de radicaux libres. La cascade ainsi initiée se poursuit par la libération
dhistamine, de kinines, de prostaglandines, de cytokines (TNF, IL1, 1L6) et
de produits oxydants (NO).
Vasodilatation et hyperperméabilité de
lendothélium capillaire :
Ces effets vasculaires sont secondaires à la libération des médiateurs de
linflammation dont le rôle (utile) est de favoriser lattraction des
leucocytes circulants et leur dia-pédèse.
Plasmorragie :
Lextravasation plasmatique est une conséquence de ces modifications, sorte
deffet secondaire inévitable de la défense de lorganisme. Elle concerne
initialement lalbumine qui fuit vers le secteur interstitiel de la zone lésée et
provoque ainsi une diminution de la pression oncotique, déséquilibrant les échanges
transcapillaires en faveur dune fuite associée deau et délectrolytes.
Au total, cest du plasma sans les grosses molécules protidiques (immunoglobulines)
qui saccumule dans lespace interstitiel et est soustrait à la volémie.
Formation des dèmes :
Ces fuites plasmatiques sont responsables non seulement dune hypovolémie mais
aussi de la formation des dèmes et, dans le cas de brûlures du 2ème
degré, de celle du liquide des phlyctènes et des exsudats. Ces perturbations sont
maximales dès les premières minutes suivant la brûlure, diminuant par la suite
progressivement pour disparaître après environ 24 heures.
Les dèmes formés peuvent provoquer des compressions vasculaires qui risquent
daggraver les lésions et peuvent même entraîner, en cas de brûlures circulaires
profondes, des nécroses ischémiques extensives.
Par ailleurs, lorsque la perméabilité normale de lendothélium sera restaurée, la
récupération des liquides ddème par le système lymphatique exposera, en
cas de maintien de la volémie à la normale par les perfusions, à une hypervolémie
secondaire dont il faudra tenir compte dans la poursuite de la réanimation
hydro-électrolytique.
Autres perturbations :
Au niveau des tissus lésés, deux
autres phénomènes sont responsables dune majoration des fuites hydriques : une
hyperosmolarité du milieu interstitiel, en relation avec lafflux de molécules et
de diverses particules provenant des cellules détruites et une évaporation de surface
dont lintensité dépend des conditions du traitement local.
Ces pertes, en relation avec lhyperosmolarité et lévaporation, persisteront
beaucoup plus longtemps que celles générées par lhyperperméabilité capillaire.
A distance des territoires brûlés, il ne semble pas y avoir daugmentation durable de la perméabilité capillaire, à la condition que la réanimation initiale ait permis déviter lhypovolémie et les phénomènes dischémie-reperfusion. Néanmoins, on constate une fuite hydro-électrolytique explicable par la baisse de la concentration plasmatique de lalbumine et donc de la pression oncotique.
PERTURBATIONS MÉTABOLIQUES :
Les brûlures étendues entraînent un hypermétabolisme considérable pouvant multiplier par plus de deux les besoins caloriques normaux.
Mécanismes :
Cet hypermétabolisme répond à plusieurs mécanismes dont la connaissance débouche
sur des mesures thérapeutiques efficaces.
Pertes de chaleur en relation avec la perte de lisolant cutané et lévaporation à la surface de la brûlure.
Sécrétion massive, en réponse au stress, dhormones calorigènes (catécholamines, glucagon, cortisol).
Libération de produits de linflammation à partir de la brûlure (cytokines, radicaux libres, prostaglandines).
Conséquences :
Cet emballement métabolique est responsable dune négativation des bilans
calorique et protidique avec néoglycogénèse, dune fonte musculaire et dun
diabète de stress en relation avec une résistance à linsuline et labondance
des sécrétions dhormones hyperglycémiantes. En labsence de mesures
thérapeutiques adéquates, la conséquence principale de ces perturbations métaboliques
est linstallation rapide dune dénutrition, elle-même responsable dune
absence de cicatrisation et dune dépression immunitaire.
COMPLICATIONS INFECTIEUSES :
Elles représentent la principale cause de mortalité chez les grands brûlés (plus dun décès sur deux leur sont directement imputables) et le principal facteur de morbidité.
Origines :
La rupture de la barrière cutanée représente un porte dentrée dautant plus importante que la surface de la brûlure est plus étendue et dautant plus durable que la lésion est plus profonde et reste non couverte pendant longtemps.
Une translocation bactérienne au niveau du tube digestif pourrait, même si la preuve formelle de son existence na jamais été apportée chez lhomme, être à lorigine de bactériémies, voir de septicémies.
Une dépression immunitaire
marquée est retrouvée chez tous les grands brûlés. Elle touche aussi bien
limmunité humorale que limmunité cellulaire. Elle est en relation avec les
effets suppresseurs de certains médiateurs, déversés massivement dans la circulation
pour atténuer la réaction inflammatoire systémique qui submerge lorganisme des
grands brûlés. Cet effet inhibiteur peut être considéré comme régulateur, destiné
à contrer les conséquences délétères du passage de médiateurs de linflammation
dans la circulation systémique. En quelque sorte, entre deux maux, représentés par le
danger potentiel de linfection et celui immédiat de la flambée inflammatoire,
lorganisme choisit le moindre, cest à dire le risque infectieux.
Rappelons enfin que la dénutrition augmente cette dépression immunitaire.
Caractéristiques de linfection :
La présence, après quelques jours dévolution, de germes pathogènes au niveau
dune brûlure doit être considérée comme normale tant quil nexiste
pas de signes dinfection locale ou générale.
Linfection correspond à un débordement des moyens de défense de lorganisme
par la virulence des germes. Elle fait courir un double risque au brûlé : local (arrêt
de la cicatrisation, approfondissement des lésions, échec des greffes) et général (septicémies).
Les germes les plus souvent en cause dans ces complications septiques sont Pseudomonas
æruginosa et Staphylococcus aureus.
Linfection peut avoir une origine endogène, à partir de la peau ou du tube
digestif, ou exogène, par contamination à partir de lair, des objets ou du
personnel soignant. La gravité de ces infections exogènes contractées à
lhôpital, dites nosocomiales, justifie pleinement les mesures dhygiène et
dasepsie draconiennes prises dans les centres de brûlés.
PERTURBATIONS RESPIRATOIRES
Elles sont décrites de façon spécifique plus loin dans cette revue. Nous rappellerons seulement ici leur grandes caractéristiques.
Linhalation de fumées est le plus souvent responsable des perturbations respiratoires précoces. Les fumées émises au cours dun incendie peuvent être composées de facteurs toxiques, responsables dintoxications générales (intoxications au CO et aux cyanures) et de produits corrosifs qui entraînent des brûlures chimiques de la muqueuse respiratoire.
Les lésions de blast sont plus rares. Il sagit de lésions traumatiques du poumon en rapport, au cours des explosions en espace clos le plus souvent, avec la compression brutale de la cage thoracique par londe de choc.
Un dème pulmonaire de surcharge peut survenir au cours des premiers jours comme conséquence de lhypervolémie secondaire à la résorption des liquides extravasés et de la baisse de la pression oncotique.
Enfin les pneumopathies infectieuses sont fréquentes tout au long de lévolution.
AUTRES PERTURBATIONS
Toutes les grandes fonctions peuvent être touchées par les perturbations entraînées par les brûlures étendues :
La fonction rénale :
Linsuffisance rénale aiguë précoce, secondaire à un défaut de remplissage
initial ne se voit pratiquement plus. En revanche, les brûlures électriques ou des
brûlures thermiques étendues et profondes peuvent entraîner une libération massive de
myoglobine qui, précipitant en milieu acide, peut bloquer les tubules rénaux et être
ainsi responsable dune insuffisance rénale aiguë.
Enfin, au cours des épisodes septiques peuvent survenir des perturbations plus ou moins
profondes de la fonction rénale.
Le tube digestif :
Les ulcères de Curling sont devenus, avec les progrès de la réanimation précoce,
exceptionnels. Les perturbations les plus fréquemment rencontrées sont des diarrhées
apparaissant le plus souvent au cours des périodes de sepsis.
Lhémostase :
Il existe au cours des premiers jours une hypocoagulabilité de consommation. Une
thrombopénie, proportionnelle à létendue des lésions, apparaît vers le 3ème jour
chez tous les patients gravement brûlés.
Ultérieurement existe au contraire une tendance à lhypercoagulabilité en rapport
avec limportance des processus inflammatoires.
CONCLUSIONS
Il peut paraître surprenant quune
brûlure dont les caractéristiques se résument à deux paramètres parfaitement
quantifiables, la surface et la profondeur, puisse poser de délicats problèmes
dévaluation de gravité. On peut aussi avoir des difficultés à comprendre que
latteinte dun seul tissu, de surcroît superficiel, puisse engendrer une
cascade de perturbations mettant en péril la totalité des grandes fonctions de
lorganisme.
Pourtant lexpérience de tous les jours de ceux qui prennent en charge les grands
brûlés montre que lévaluation initiale est fréquemment erronée et peut conduire
à une orientation inadéquate dont les conséquences peuvent être dramatiques. Cette
expérience montre aussi quà tous les stades de la prise en charge, la parfaite
connaissance des perturbations de lhoméostasie et de leurs origines est
indispensable pour choisir une stratégie thérapeutique adaptée en évitant le piège
des raisonnements physiopathologiques simplistes.
Daniel WASSERMANN
Centre des brûlés - Hôpital
Cochin
27, rue du Faubourg Saint Jacques 75014 Paris