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Sandrine
SACRISTA - Olivier FOURCADE - Delphine KERN - Anne FERRIER-LEWIS - Bernard
CATHALA
Les
solutés de remplissage en médecine durgence
Le maintien de la volémie ou masse sanguine totale est indispensable
à loxygénation tissulaire (1). Toute hypovolémie,
quelle soit absolue par diminution de la masse sanguine, ou relative
par diminution du retour veineux au cur, expose au risque deffondrement
du débit cardiaque, de la pression artérielle et surtout
du transport et de la délivrance tissulaire en oxygène,
à lorigine dun syndrome de défaillance multiviscérale.
Le remplissage vasculaire a donc pour objectifs la restauration dune
volémie efficace ainsi que le maintien dune pression de perfusion
et dun apport doxygène adéquats.
Différents solutés de remplissage sont à notre disposition.
Ils se répartissent en deux grandes catégories, les cristalloïdes
et les colloïdes. Le choix dun produit de remplissage doit
prendre en compte les propriétés physico-chimiques, pharmacocinétiques
et pharmacodynamiques du soluté, ses effets secondaires, ainsi
que le contexte et lindication du remplissage vasculaire.
NOTIONS GÉNÉRALES
LES ÉCHANGES HYDRIQUES :
Ils sont régis (2) par des différences de pression entre
les différents compartiments liquidiens de lorganisme.
Pression osmotique entre les secteurs intra et extracellulaires de telle
sorte que la même osmolalité existe de part et dautre
de la membrane cellulaire.
Pression oncotique ou colloïde entre les secteurs vasculaires et
interstitiels (compartiment extracellulaire). Le débit des échanges
liquidiens de part et dautre de la membrane vasculaire est défini
selon léquation de Starling (Q=K[(Pc-Pi)-s(Pc-Pi)]) :
ainsi, le gradient de pression hydrostatique (Pc-Pi) tendant à
faire sortir leau des vaisseaux vers le secteur interstitiel soppose
au gradient de pression oncotique (Pc-Pi) qui retient leau dans
le secteur intra-vasculaire.
Physiologiquement, il existe au niveau de la microcirculation un flux
deau sortant du secteur vasculaire artériolaire (où
la pression hydrostatique est plus élevée) vers le secteur
interstitiel, compensé dune part par un flux deau entrant
au niveau des veinules post-capillaires (pression hydrostatique basse)
et par une adaptation du débit lymphatique dautre part, qui
ramène du liquide (eau et protéines) depuis le secteur interstitiel
vers le secteur intravasculaire.
SOLUTÉS DE REMPLISSAGE
ET ÉCHANGES HYDRIQUES (3) :
Les cristalloïdes se répartissent entre compartiments
cellulaires et extracellulaires selon leur osmolalité :
Si leur osmolalité est inférieure à 300 mosmol/kg,
ils se répartissent dans les deux secteurs extra-cellulaires et
intra-cellulaires.
Si losmolalité est égale à 300 mosmol/kg,
ils ne se répartissent que dans le secteur extra-cellulaire sans
modifier lespace cellulaire.
Si losmolalité est supérieure à 300 mosmol/kg,
la répartition se fait exclusivement dans le secteur extra-cellulaire
aux dépens du secteur intra-cellulaire puisquil y a une réduction
de ce secteur avec appel deau vers lextérieur des cellules,
le gradient osmotique étant corrigé par ce transfert deau.
Les colloïdes augmentent préférentiellement
le volume du secteur vasculaire au moins pendant leur temps de présence
dans ce secteur. Une augmentation pathologique de la perméabilité
vasculaire modifie leur efficacité et leur durée daction
en facilitant le transfert extra-vasculaire des molécules contenues
dans ces solutions.
LES SOLUTÉS DE REMPLISSAGE
(tableau I)
LES CRISTALLOÏDES :
Ringer lactate et sérum salé isotonique (9 g/l de ClNa) :
Leur volume de diffusion est lensemble du compartiment extracellulaire,
ce qui explique leur faible pouvoir dexpansion volémique.
En moins dune heure, 20 à 25% des volumes perfusés
resteront dans le secteur vasculaire et 75 à 80% iront dans le
secteur interstitiel (4). Il semble cependant que cette diffusion extracellulaire
soit ralentie chez le sujet hypovolémique. Néanmoins, en
cas de pertes sanguines, le volume de cristalloïdes nécessaire
au maintien de la volémie est très supérieur au volume
à compenser. Le Ringer lactate est contre-indiqué en cas
de traumatisme crânien ou médullaire grave en raison de son
hypotonicité (risque ddème), dinsuffisance
hépatique (risque dacidose lactique) et dhyperkaliémie.

Les solutés
hypertoniques (tableau II) : Ces solutés possèdent
une osmolalité supérieure à celle du plasma (300
mosmol/kg) et leur espace de diffusion est limité au compartiment
extracellulaire. Ces solutions peuvent être salées ou non
(5), le chlorure de sodium hypertonique à 7,5% étant le
soluté de référence (75 g/l de ClNa). Le pouvoir
dexpansion immédiat du SSH à 7,5% est élevé
(environ huit fois plus important que celui du sérum salé
isotonique) mais est transitoire (figure 1).
 
Différentes
études expérimentales et cliniques ont été
réalisées avec les SSH. Sur des modèles animaux de
choc hémorragique, les solutés de sérum salé
hypertoniques (SSH) améliorent les conditions hémodynamiques
chez un sujet en état de choc hypovolémique (6). Leur perfusion
saccompagne dune chute de la PIC chez les traumatisés
crâniens avec hypertension intracrânienne et choc hémorragique
(7), et dune diminution de ldème cérébral
dans les lésions focales post-traumatiques (8). Les études
cliniques sont peu nombreuses : lutilisation de SSH semble bénéfique
dans le traitement de ldème cérébral
et de lhypertension intracrânienne, notamment réfractaire
(7,8), mais les conclusions ne portent que sur des petits groupes de patients.
Un effet « rebond » sur la PIC a été
observé à larrêt de la perfusion de SSH mais,
il est difficile de lattribuer à un effet secondaire propre
compte-tenu de leur brève durée daction.
Au cours des différentes études, aucun effet secondaire
na été rapporté suite à la perfusion
de SSH. Cependant, les risques liés à lhypernatrémie
(décompensation dune insuffisance cardiaque congestive chez
un patient présentant une dysfonction cardiaque, acidose hyperchlorémique
hypokaliémique, convulsions, majoration dhématomes
sous-duraux, myélinolyse centropontine) demeurent potentiels et
limitent le volume perfusé à 4 ml.kg-1 (soit 250 à
350 ml) (3).
LES COLLOÏDES
(4) :
La pression colloïde exercée par ces solutions est fonction
du nombre de molécules ne franchissant pas la barrière capillaire,
du fait de limportance de leur taille (reflétée par
le poids moléculaire). Leur efficacité dépend également
de leur devenir métabolique et de lélimination rénale.
On distingue les colloïdes naturels (albumine) et les colloïdes
de synthèse (dextrans, gélatines et hydroxyé-thylamidons).
Lalbumine (tableau III) : Colloïde naturel dorigine
humaine (plasmatique), elle est obtenue par fractionnement et présentée
en solution à 4% ou à 20%. Son pouvoir dexpansion
volémique est de 18 à 20 mL.g-1. La solution à 4%
possède une pression colloïde légèrement inférieure
à celle du plasma et de ce fait, lexpansion volémique
représente seulement 80% du volume dalbumine perfusé.
La solution à 20%, en créant un transfert deau du
secteur interstitiel vers le secteur vasculaire, détermine une
expansion volémique égale à environ 4 fois le volume
perfusé. Ainsi, 500 ml dalbumine à 4% ou 100 ml dalbumine
à 20% entraîneront une augmentation du compartiment vasculaire
identique de 400 ml (4). La durée daction des perfusions
dalbumine est conditionnée par la perméabilité
capillaire. Chez un sujet sain, le taux de transfert dalbumine à
travers le capillaire vers le secteur interstitiel est de 5% par heure,
mais il peut augmenter dans les états pathologiques induisant une
réponse inflammatoire dorigine systémique importante.Des
recommandations pour la pratique clinique ont été précisées
en 1997 (1). La pasteurisation appliqué à lAlbumine
a été validée pour inactiver les virus enveloppés
et non enveloppés potentiellement présent dans le plasma.
LAlbumine peut être prescrite en première intention,
chez la femme enceinte, lenfant, et en cas dallergies aux
colloïdes de synthèse (AMM).
Les dextrans (tableau III) : Ce sont des polymères glucidiques
dorigine bactérienne. En fonction de leur poids moléculaire
(PM en kDa), on distingue les dextrans 40 (PM = 40000 kDa), 60 (PM = 60000
kDa) et 70 (PM = 70000 kDa). Le pouvoir dexpansion volémique
varie selon les solutions : un gramme de dextran 40 retient 30 ml
deau dans le compartiment intravasculaire contre environ 25 ml pour
les dextrans 70. La voie délimination principale est le rein
par filtration glomérulaire, les voies secondaires sont lymphatique
et digestive sous forme de sécrétions intestinales et pancréatiques.
La durée daction des dextrans est ainsi prolongée
chez linsuffisant rénal (4). Les dextrans 40 possèdent
des propriétés rhéologiques. Ils améliorent
la microcirculation par réduction de la viscosité sanguine,
augmentation du temps de formation des rouleaux érythrocytaires
et diminution de lagrégation plaquettaire (9). Ces solutés
sont contre-indiqués chez la femme enceinte et sont à éviter
si le patient présente des troubles de lhémostase
ou une thrombopénie. En raison de leurs effets secondaires potentiels
et de la commercialisation dautres colloïdes possédant
un fort pouvoir dexpansion volémique, les dextrans ne sont
guère utilisés.
Les gélatines (tableau III) : Ce sont des polypeptides dorigine
animale obtenues par hydrolyse de gélatines de buf dencéphalopathie.
On distingue les gélatines fluides modifiées (Plasmion®,
Gélofusine® et Plamagel® contenant du calcium en plus grande
quantité) et les gélatines à pont durée
(Hæmacel®). Leur point de gélification se situe entre
0 et 4°C. Quelque soit la solution de gélatine, laugmentation
de la volémie est légèrement inférieure au
volume perfusé, 20 à 30% passant rapidement dans le secteur
interstitiel. Lélimination est essentiellement rénale
par filtration glomérulaire (4). Les effets secondaires (tableau
III) sont dominés par le risque anaphylactique, risque plus fréquent
avec les gélatines à pont durée (10) . *
Les hydroxyéthylamidons (HEA) : Les HEA sont des polysaccharides
naturels (extraits de lamidon de maïs) dont les unités
de glucose ont subi une hydroxyéthylation au niveau des atomes
de carbone en position C2 et C6, retardant ainsi lhydrolyse par
la-amylase plasmatique et augmentant lhydrophilie des molécules.
La pharmacocinétique des HEA tient compte du poids moléculaire
moyen (PMm), du taux de substitution molaire (TSM) qui reflète
le taux dhydroxyéthylation de la molécule et du rapport
entre le taux dhydroxyéthylation en C2 et C6 (rapport C2/C6).
Ainsi, les molécules à TSM élevé (supérieur
à 0,6) et à rapport C2/C6 supérieur à 8 ont
un métabolisme ralenti et une durée de vie longue. Par contre,
les solutions ayant un TSM inférieur à 0,5 et un ratio C2/C6
inférieur à 8 ont un métabolisme plus rapide et une
durée de vie plus brève (3). Lélimination des
molécules PMm inférieur à 50-60 kDa seffectue
rapidement par filtration rénale. Les molécules de PMm élevé
sont hydrolysées par la-amylase plasmatique en molécules
de plus petites tailles qui sont ensuite éliminées lentement
par le système réticulo-endothélial et par le rein.
Un gramme dHEA retient environ 30 ml deau dans le compartiment
vasculaire. Le pouvoir dexpansion volémique est de 100 à
140 % par rapport au volume perfusé (4).
Les effets secondaires sont dominés par les troubles de lhémostase
(tableau III), ces effets étant plus fréquents et plus marqués
avec les molécules de haut poids moléculaires. LAgence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé
a donc fixé des modalités dadministration pour les
HEA : la dose journalière de lElohès® est limitée
à 33 ml.kg-1, la durée du traitement à moins de 4
jours et la dose maximale administrée doit être inférieure
ou égale à 80 ml.kg-1.j-1. Une surveillance de lhémostase
est recommandée par mesure du temps de céphaline activé,
du cofacteur de la ristocétine et du VIIIc. Cette surveillance
doit être accrue chez les patients du groupe sanguin O présentant
spontanément une diminution du taux de vWF et chez les patients
recevant un traitement pouvant interférer avec lhémostase.
Ladministration dElohès® est contre-indiquée
en cas dhémophilie, de maladie de Willebrand et chez les
sujets présentant un trouble de lhémostase acquis
ou constitutionnel. La surveillance pour les autres HEA est identique
si le traitement est supérieur à 4 jours ou si la dose totale
est supérieure à 80 ml.kg-1.j-1. Les effets à long
terme du stockage des HEA dans le système réticulo-endothélial
sur les fonctions immunitaires sont discutés (4).

Les solutions associant colloïdes et ClNa hypertonique à
7,5% : Les associations HEA-ClNa 7,5% et dextran 40000- ClNa
7,5% ne sont pas disponibles en France. Une association dextran 70000
à 10%-ClNa 7,5% a été récemment commercialisée
(RescueFlow®, laboratoires Belamont) pour un usage préhospitalier
et hospitalier exclusif (12). Ces associations SSH-colloïdes possèdent
un effet dexpansion volémique immédiat correspondant
aux propriétés du ClNa à 7,5% et prolongé
par la présence des colloïdes. Chez des traumatisés
en état de choc hémorragique, lassociation SSH-dextran
a permis de diminuer les besoins en cristalloïdes et produits sanguins
(13). Chez des patients traumatisés crâniens, une diminution
de la pression intracrânienne a été observée
(14).
Lassociation dextran 70000 à 10%-ClNa 7,5% (RescueFlow®),
contenant 15 g de dextran 70, ninterfère pas directement
avec lhémostase, trouble qui survient pour des doses supérieures
à 1,5 g de dextran par kg de poids corporel. Néanmoins,
elle reste contre-indiquée chez la femme enceinte. Concernant les
réactions allergiques, les études cliniques de cette association
ont été réalisées sans injection préalable
de dextran 1000 daltons sans quaucun trouble dhypersensibilité
napparaisse. Les études portaient sur le traitement initial
de lhypotension due à un état de choc traumatique.
Cependant, ce risque demeure potentiel et doit être évalué
dans le rapport bénéfice-risque avant lutilisation
de ce produit. Son utilisation est seulement indiquée dans le traitement
initial de lhypotension en rapport avec un état de choc traumatique.
La posologie de lassociation dextran 70000 à 10%-ClNa 7,5%
est limitée : cette association doit être administrée
en dose unique de 250 ml, en perfusion rapide de 2 à 5 minutes.
On obtient alors une augmentation du volume intravasculaire équivalent
à 2 à 3 fois le volume perfusé, augmentation qui
correspondrait à la perfusion de 3 litres de cristalloïdes.
Chez un traumatisé en état de choc hémorragique,
lutilisation de ces associations permet le rétablissement
dune pression artérielle systolique plus importante pour
un petit volume perfusé. Une méta-analyse à partir
des études publiées, a mis en évidence une amélioration
globale du taux de survie chez des patients présentant des lésions
sévères tels quun traumatisme pénétrant
nécessitant une intervention chirurgicale (16).
LES OBJECTIFS DU REMPLISSAGE
Bien que lutilité du remplissage vasculaire initial des polytraumatisés
soit le centre dune polémique (16), le remplissage vasculaire
reste indiqué en Europe afin de maintenir une pression artérielle
suffisante pour permettre une pression de perfusion tissulaire adéquate
(17). Lors des chocs hémorragiques incontrôlables, le but
du remplissage vasculaire est dassurer la survie du patient dans
lattente dun geste chirurgical dhémostase. Des
chiffres de pression artérielle moyenne (PAM) supérieurs
à 45-50 mmHg, correspondant à des valeurs de pression artérielle
systolique (PAS) denviron 80-90 mmHg seront recherchées (17,18,19).
Chez les traumatisés crâniens et/ou médullaires, une
PAM au moins égale à 80 mmHg (PAS à 110-120 mmHg)
doit être maintenue (17,18,20).
LES LIMITES DES SOLUTÉS
DE REMPLISSAGE VASCULAIRE
Outre les effets secondaires propres à chaque solutés de
remplissage, cristalloïdes et colloïdes exposent au risque de
surcharge volémique et dhémodilution (4). Une mauvaise
appréciation du degré dhypovolémie et/ou la
présence dune cardiopathie sous-jacente exposent au risque
de survenue dun dème pulmonaire au cours de lexpansion
volémique, de même que lutilisation de solutions très
concentrées. En cas de doute sur lexistence dune hypovolémie
ou si lon suspecte une insuffisance myocardique associée,
une épreuve de remplissage est préconisée. La pratique
clinique recommande la perfusion en 10 à 15 minutes de 50 à
200 ml dun colloïde ou 200 à 600 ml dun cristalloïde
(4). Lhémodilution, secondaire à ladministration
massive de dérivés non sanguins, induit une baisse de lhématocrite
qui peut compromettre le transport de loxygène en périphérie
et aggraver lischémie tissulaire, dautant que la volémie
nest pas correctement compensée. De même, lhémodilution
peut être responsable dune baisse des facteurs de la coagulation
pouvant aggraver un saignement existant. Une surveillance visant à
dépister lapparition de complications doit être instaurée.
Elle permet en outre de vérifier que les objectifs du traitement
sont atteints.
LA SURVEILLANCE DU REMPLISSAGE
VASCULAIRE
La surveillance hémodynamique (1,3,18) portera sur la mesure de
la pression artérielle, la fréquence cardiaque et la diurèse
horaire dont lobjectif classique est de 1 ml.kg-1.h-1 attestant
dune bonne perfusion tissulaire. Si une pression artérielle
sanglante est posée chez un malade ventilé, les variations
de pression systolique au cours du cycle ventilatoire peuvent détecter
et guider le remplissage vasculaire. Lanalyse de la courbe du capnographe,
chez un malade correctement intubé et dont la ventilation minute
est stable, est le reflet de la persistance dune activité
circulatoire et donc de la perfusion tissulaire.
Léchocardiographie Doppler transthoracique ou transsophagien
permet de préciser les volumes ventriculaires, lindex systolique,
lindex cardiaque et déventuels troubles de la contractilité
myocardique.. Elle nécessite cependant des opérateurs expérimentés
et disponibles et un investissement en matériel limitant encore
une plus large utilisation. Le Doppler transsophagien, peu invasif
et plus simple à mettre en uvre, permet le monitorage continu
du débit cardiaque et semble une approche intéressante.
Ces techniques dexplorations ont beaucoup plus dintérêt
en médecine durgence que le cathétérisme pulmonaire
(Swan Ganz).
La pression veineuse centrale (PVC) est un reflet très approximatif
de la volémie dautant plus quil existe un dysfonctionnement
cardiaque associé. Chez un sujet hypovolémique et exempt
de troubles cardiaques, ce sont ses variations au cours du remplissage
qui peuvent présenter un intérêt plus quune
simple valeur mesurée.
Lhémoglobine doivent être évaluée régulièrement.
La mesure de la concentration dhémoglobine (hémoglobinomètrie)
est actuellement préconisée, des erreurs dans la mesure
de lhématocrite ayant été observées.
Les valeurs seuils ne sont recommandées quen situation de
normovolémie : elles sont de 7-8 g/dl chez un patient antérieurement
sain et de 10 g/dl chez le sujet âgé, le sujet porteur dune
pathologie cardio-respiratoire, le sujet traumatisé crânien
ou atteint dun pathologie vasculaire cérébrale. La
tolérance clinique doit toujours être évaluée.
Au terme dun remplissage important (une masse sanguine environ,
soit 60-70 ml.kg-1 chez un adulte et 80 mL.kg-1 chez un enfant), un bilan
dhémostase et une numération plaquettaire doivent
être demandés afin de justifier une indication de transfusion
de plasma frais congelé, de fibrinogène et de plaquettes.
LES COMPLÉMENTS ET
ADJUVANTS AU REMPLISSAGE
Dans le contexte hémorragique, des gestes dhémostases
locales ne doivent pas être oubliés, tels que compression
dune plaie artérielle, suture dune plaie importante
du cuir chevelu, réalignement de fractures de membres et immobilisation
des foyers de fracture. Dans les traumatismes sous-diphragmatiques, avec
choc hémorragique et échec du remplissage, le pantalon antichoc
est indiqué. Des pressions de gonflage de 60 à 80 mmHg permettent
la compression veineuse des membres inférieurs, augmentant ainsi
artificiellement la volémie, et participent à lhémostase
locale provisoire lors de fracture du bassin ou dhématomes
rétropéritonéaux. Son utilisation nécessite
intubation sous sédation et ventilation artificielle chez un patient
correctement sédaté. Il est contre-indiqué lors de
lésions sus-diaphragmatiques (17,18). La transfusion de dérivés
sanguins peut savérer nécessaire dans un contexte
hémorragique mais également compte-tenu de lhémodilution
secondaire à un remplissage massif. Les règles de sécurité
transfusionnelle et de traçabilité hospitalière doivent
être respectées. En milieu préhospitalier, la transfusion
sanguine peut senvisager lors de désincarcération
longue. Lutilisation de culots globulaires de groupe O négatif
ou isogroupe isorhésus en milieu urbain (où groupage sanguin
et acheminement de sang compatibles peuvent senvisager) est préconisée
(18).
Lutilisation de transporteurs synthétiques doxygène
pourrait être une alternative intéressante à la transfusion
allogénique, compte-tenu de leur absence absolue de risque de transmission
virale et de leur stockage possible à température ambiante.
On distingue les solutions dhémoglobine modifiée et
les perfluorocarbones. Bien que les études animales démontrent
leur efficacité dans des modèles expérimentaux, lutilisation
clinique dune hémoglobine modifiée a été
décevante, mettant en évidence une mortalité plus
élevée (20). Lautotransfusion dans le cas dun
hémothorax drainé peut être envisagé (17,18).
Les vasopresseurs sont des adjuvants utiles au maintien de la pression
artérielle et de la pression de perfusion des organes lésés
lorsque le remplissage est inefficace ou déjà trop important.
En fonction du contexte clinique, du terrain, de la suspicion dune
vasoplégie, dun traumatisme crânien associé,
dopamine, noradrénaline ou adrénaline peuvent être
proposées (18).
CHOIX ET INDICATIONS DES
SOLUTÉS DE REMPLISSSAGE
CRISTALLOÏDES OU COLLOÏDES ?
Malgré de nombreuses études, la question reste toujours
dactualité et dautres enquêtes randomisées
portant sur des larges effectifs sont requises pour tenter dy répondre.
Les recommandations pour la pratique clinique (1) préconisent lutilisation
de cristalloïdes lorsque la perte sanguine est estimée à
moins de 20% et les colloïdes pour une baisse de volémie supérieure
ou lorsque la pression artérielle moyenne est demblée
inférieure à 80 mmHg. Parmi les cristalloïdes, les
solutés isotoniques sont recommandés en préférant
le Ringer lactate, sauf en cas de contre-indication. En raison de leur
pouvoir dexpansion volémique et de leur rapport bénéfices/risques,
lutilisation des HEA est recommandé parmi les différents
colloïdes. Lutilisation de lalbumine nest justifiée
quen cas de contre-indication à lutilisation de colloïdes
de synthèse et dhypoprotidémie majeure non liée
à une dilution. Chez la femme enceinte, en labsence détudes
comparant dautres solutés, lutilisation de lalbumine
est justifiée dans le cadre du remplissage vasculaire, lors des
toxémies gravidiques et du syndrome de stimulation ovarienne. Malgré
leurs propriétés dexpansion volémique, leur
action cérébrale et leur relative sûreté dutilisation,
les SSH, associés ou non à des colloïdes, sont toujours
en cours dévaluation.
EN PRATIQUE, QUELS SOLUTÉS
DE REMPLISSAGE ? (Tableau IV)
Lessentiel découle des recommandations pour la pratique clinique,
sans oublier compléments et adjuvants au remplissage vasculaire.
La mise en uvre de lexpansion volémique nécessite
au mieux la pose de deux voies veineuses périphériques fiables
dun calibre au mois égal à 16 G (17,18). Un cathéter
court et de gros calibre offrant une résistance moindre à
lécoulement des fluides (loi de Poiseuille : la résistance
à lécoulement des fluides est proportionnelle à
la longueur du cathéter et inversement proportionnelle à
son rayon à la puissance 4), les cathéters périphériques
sont préférés à la voie veineuse centrale
pour le remplissage. Lutilisation dun cathéter veineux
central nest recommandé que lorsque labord périphérique
est indisponible (1). Dans ce dernier contexte chez lenfant, la
voie inta-osseuse est également recommandée.
Les prélèvements sanguins seront effectués immédiatement
au décours de la pose de la voie veineuse, notamment groupage,
recherche dagglutinines irrégulières et hémostase,
dont les déterminations peuvent être perturbées voire
impossibles après mise en uvre du remplissage (par hémodilution
ou effets propres des solutés de remplissage). Le bilan prétransfusionnel
doit être la priorité absolue (17).
Enfin en raison des troubles liés à lhypothermie (troubles
de la coagulation entre autres), le réchauffement des solutés
de remplissage doit être systématique lorsque réalisable
(20). La mise en uvre de cette thérapeutique doit saccompagner
dune recherche étiologique et ne doit pas retarder une prise
en charge adaptée.

CONCLUSION
Le choix des solutés de remplissage en France sest récemment
élargi avec la commercialisation dune association de sérum
salé hypertonique et dun dextran et dune nouvelle HEA
à tolérance accrue. Mais plus que le débat entre
cristalloïdes ou colloïdes, ce sont les objectifs du remplissage
vasculaire quil faut garder à lesprit au cours de la
réanimation des hypovolémies : maintien dune
pression de perfusion tissulaire adéquate et apport doxygène
adéquat. Ainsi, si le remplissage vasculaire est la composante
essentielle de la prise en charge des hypovolémies aiguës,
il peut savérer insuffisant pour restaurer rapidement ou
maintenir une pression de perfusion adéquate, ou être délétère
lorsquil est trop rapide ou excessif justifiant le recours aux vasopresseurs.
De même, lhémodilution secondaire à un remplissage
massif peut compromettre loxygénation tissulaire imposant
la surveillance de lhémoglobine afin de ne pas retarder la
transfusion de dérivés sanguins. Les objectifs du remplissage
vasculaire nécessitent donc la mise en place dune stratégie
dont les solutés de remplissage restent la base.
Drs Sandrine
SACRISTA, Olivier FOURCADE,
Delphine KERN, Anne FERRIER-LEWIS, Bernard CATHALA
Service dAnesthésie-Réanimation,
CHU Purpan, place du Dr Baylac
31052 Toulouse cedex
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