Enquête sur 1000 noyades

en France métropolitaine

La Rédaction


En 1995, le journal Urgence Pratique a proposé à ses lecteurs de participer à une enquête sur les noyades, par l'intermédiaire d'un questionnaire inclu dans ses pages. Cette enquête a été menée à l'initiative de la Direction Générale de la Santé et de la Direction de la Défense et de la Sécurité Civile.


Orginale dans son organisation, puisque issue des volontés croisées de médecins ayant un rattachement ministériel différent et d’un journal d’urgence, cette enquête s’ajoute à celles consacrées à la toxicité des fumées d’incendie, à la prise en charge de l’arrêt cardiaque. Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays anglo-saxons, il n’y a pas en France, suffisamment de bases de données consacrées à un secteur de pathologie d’urgence ou, à l’organisation des secours qui puissent proposer une bases de données afin de permettre évaluation, comparaison, progrès.
La noyade est une urgence intéressante de ce point de vue : Elle a un caractère accidentel marqué et est une urgence vitale. Elle survient sur l’ensemble du territoire, en ville comme à distance des centres urbains. Elle nécessite l’intervention de la chaîne des secours et soins au complet. Plus de 1000 fiches ont été adressées à la revue. Le dépouillement a été un peu long mais a fait appel à un outil statistique moderne.

CONTEXTE

DÉFINITIONS :
On désigne généralement par le terme "noyé" un individu mort par suffocation à la suite d'une submersion dans l'eau, et le terme "quasi-noyé" est réservé à celui qui a survécu au moins temporairement à l'asphyxie accompagnant une submersion dans l'eau
(1). Cependant, nous ne ferons pas la distinction ici, et nous regrouperons sous le terme "noyé" toutes les personnes ayant subi une submersion, sans préjuger de son évolution, et quel que soit le "stade de noyade".

DÉFINITION DES STADES DE NOYADE :
Ce sont les stades cliniques qui ont été retenus
(7).

Stade 1 : aquastress.
Il s'agit d'un accident aquatique sans inhalation liquidienne. La victime est angoissée et répond au stress émotionnel et physique par une hyperventilation, une tachycardie, un frisson, des tremblements.

Stade 2 : petit hypoxique.
L'expression clinique est modérée, avec un encombrement liquidien bronchopulmonaire et une cyanose des extrémités. La victime est angoissée, épuisée et réfrigérée.

Stade 3 : grand hypoxique.
C'est la noyade vraie. La victime est obnubilée ou comateuse et présente un état de détresse respiratoire aiguë.

Stade 4 : anoxique
C'est le tableau majeur, avec arrêt cardiorespiratoire en cours d'installation ou avéré, et coma aréactif.

MORTALITÉ :
On estime qu'il se produit environ 140.000 noyades mortelles chaque année dans le monde
(1).
Le taux approximatif de mortalité par noyade sur la planète est évalué à 3,5 pour 100.000 personnes
(14).

Aux USA :
On estime le nombre de décès par noyade à 8.700 par an (6000 sans rapport avec la navigation, 1200 liées à la navigation, 500 dû à des accidents de voiture, et 1000 pour lesquelles les circonstances sont inconnues ou d'origine suicidaire)
(20).
La noyade est la deuxième cause d'accident mortel de 0 à 19 ans, après les accidents de la route, et c'est la troisième cause de mortalité toutes causes confondues, après les cancers et les accidents de la route
(11, 14). Le taux d'incidence des noyades dans le Comté d'Harris, au Texas, s'élève à 3,7 pour 100.000 personnes/années (11).
Tendance évolutive des taux de noyade de 1971 à 1988
(12) : diminution nette pour les 10-19 ans (- 5,6 % par an). Diminution minime pour les 1-2 ans (- 1,6 % par an). Augmentation pour les moins de 1 an (+ 1,6 % par an).

En Australie :
La noyade est l'accident mortel le plus fréquent chez l'enfant de 0 à 4 ans. A Brisbane, le taux de noyade et quasi-noyade en 1971-1975 était de 6,2 pour 100.000 enfants âgés de 0 à 15 ans
(13).

En Norvège :
La mortalité annuelle par noyade en Norvège est estimée à environ 9 personnes pour 100.000
(21) (grand nombre de pêcheurs professionnels, et consommation d'alcool).

Au Japon :
Ce pays n'est pas épargné par le problème, car les noyades accidentelles sont la seconde cause de mortalité chez les enfants âgés de 0 à 14 ans
(22).

Au Royaume Uni :
Les noyades représentent la troisième cause de mortalité chez les enfants de moins de 15 ans, après les accidents de la route et les brûlures. Entre 1980 et 1990, les noyades ont été responsables en moyenne de 72 morts par an, dans cette tranche d'âge
(23).

En France :
En 1992, le taux d'incidence par sexe des noyades mortelles dans la population française
(16) est de 1,9 pour 100.000 hommes et 0,5 pour 100.000 femmes.

INCIDENCE :
Elle est actuellement très difficile à évaluer.
On sait que les quasi-noyades sont 3 à 5 fois plus fréquentes que les noyades mortelles, et que les secours portés à des personnes en difficulté dans l'eau sont environ 10 fois plus fréquents que les noyades mortelles
(20). Si l'on extrapole au chiffre estimé de mortalité par noyade dans le monde, il y aurait alors 1.400.000 personnes en train de se noyer secourues chaque année dans le monde.
EHLASS 1986 à 1992 (recueil dans les services d'urgence de 8 hôpitaux français) : 15 cas de noyade ou quasi-noyades liées à des accidents de piscine. (ne tient pas compte des noyés décédés sur place ou pendant le transport, ni des noyades dans d'autres lieux que les piscines).

MORBIDITÉ :
Dans plusieurs études américaines menées dans des unités de soins intensifs, parmi les enfants hospitalisés pour quasi-noyade, 55% survivent sans séquelles, 35% décèdent et 10% environ survivent avec des séquelles neurologiques sévères.

FACTEURS DE RISQUE :

L'âge : l'enfant de moins de 5 ans est le plus à risque de noyade, puis c'est l'adolescent de 14 à 19 ans (11,12,14,20).
Le sexe le plus touché est le sexe masculin, comme on l'observe d'ailleurs pour tous les types d'accident. Ceci s'expliquerait, dans le cas des noyades, par l'intrication chez les hommes de plusieurs facteurs de risque: une exposition plus fréquente que les femmes à un environnement aquatique, avec des activités impliquant une submersion, et un comportement de prise de risque; de plus, les hommes consomment plus fréquemment de l'alcool dans l'eau ou à proximité
(10, 11).
La répartition géographique des noyades suit les régions côtières et les régions à climat chaud où se trouvent de nombreuses piscines.
Facteurs socio-économiques : Aux USA, la fréquence des noyades est inversement proportionnelle au revenu par habitant (les familles pauvres trouvent-elles dans la baignade une activité ludique peu onéreuse, ou bien sont-elles moins attentives à la sécurité ?). On décrit par ailleurs un pic de fréquence des noyades chez les enfants issus de familles aisées qui ont accès à une piscine privée.
Répartition saisonnière : La majorité des cas de noyade survient en période estivale (mer, piscines). La fréquence des noyades domestiques reste à peu près constante tout au long de l'année
(20).
Lieux de noyade : Les risques varient avec l'âge des sujets, de même que les circonstances de la noyade : Les jeunes enfants se noient plus souvent à la maison ou dans ses environs immédiats (baignoires, piscines privées, ...) alors que les adolescents se noient plus souvent dans les piscines, qu'elles soient publiques ou privées
(1,2,20).
La consommation d'alcool (plus rarement de médicaments ou de drogue) est un facteur de risque important de noyade. Certaines études ont mis en évidence une alcoolémie positive dans plus de 20% des décès par noyade
(10,11,20).
Certains antécédents médicaux sont des facteurs de risque (épilepsie : RR = 7,5 ; maladies cardiologiques à risque de syncope; diabète insulino-dépendant; circonstances médico-légales: sévices à enfants)
(2).

COÛT :

Thèse (2) (92) : 60.000 F en 1993 dans le Languedoc-Roussillon (hospitalisation + transport).

USA : Californie, en moyenne 12.000 dollars par noyade.

PRÉVENTION :

Cf : thèse, et article UK (23).

MATÉRIEL ET MÉTHODE

Il s'agit d'une étude épidémiologique prospective ouverte s'appuyant sur les réponses à un questionnaire type.

Celui-ci comprenait :

Des items fermés concernant :
L'identité du noyé.
La date et le lieu de la noyade.
L'activité pratiquée pendant la noyade.
Le type de surveillance.
L'organisation et le type des secours.
Le stade de la noyade.
Le transport du noyé.

Des items ouverts concernant :
La description de la noyade.
L'évolution éventuelle de l'état clinique après la noyade.
Ces questionnaires ont été adressés aux différents services d'urgence (Sapeurs-pompiers, SMUR...) du territoire national, par l'intermédiaire de la revue "Urgence Pratique", sans obligation de réponse.
Le matériel utilisé pour le traitement des données recueillies est le logiciel "Epi Info", adapté à ce type d'étude, permettant des calculs de fréquences et l'élaboration de tableaux croisés.

RÉSULTATS

1004 questionnaires ont été retournés, correspondant à des noyades datées du premier janvier au 16 octobre 1995. 9 questionnaires ont été analysés à part car relatant d'urgences dépassées (personnes portées disparues et retrouvées dans l'eau plusieurs jours après). L'analyse globale a donc porté sur 995 cas de noyade.

ANALYSE GLOBALE

ORIGINE DES QUESTIONNAIRES REÇUS :
Sur les 995 questionnaires reçus, 789 fiches (soit 79,3% d'entre elles) proviennent du département de la Gironde (33), avec une prépondérance des communes de Lacanau et de Hourtin.
Les départements suivants ont renvoyé 11 à 50 fiches : Le Loiret (45) - 13 fiches, l'Hérault (34) - 22 fiches, les Bouches du Rhône (13) - 27 fiches, l'Ardèche (7) - 13 fiches, le Morbihan (56) - 30 fiches.
37 départements disséminés sur le territoire français ont retourné entre 1 et 10 fiches.
52 départements n'ont pas recensé de noyés ou n'ont pas répondu.
Si l'on fait la distinction entre les départements côtiers et non côtiers, on note que :
12 départements côtiers sur 25 (Corse comprise) ont répondu.
Ils totalisent 905 cas de noyade (en fait 116 cas pour 11 d'entre eux, et 789 cas pour la Gironde seule).
31 départements non côtiers sur les 70 ont retourné 90 fiches au total.

RÉPARTITION PAR SEXE ET PAR ÂGE DES NOYÉS :

La noyade touche plus fréquemment les hommes: 64 % des noyés sont de sexe masculin.
En ce qui concerne l'âge des noyés, 26 % ont moins de 15 ans (avec des pics de fréquence à l'âge de 2 ans, 10 ans, et 15 ans), 20 % sont âgés de 15 à 19 ans, et 13 % de 20 à 24 ans.
La noyade est majoritairement un problème de l'enfance et de l'adolescence, puis des jeunes adultes.

MOIS ET HEURE DE LA NOYADE :
90% des noyades se produisent en juillet et en août (55% de l'ensemble des noyades pendant le seul mois de juillet). 89% des noyades ont lieu l'après-midi de 12 h à 19h, avec un pic de fréquence entre 15 et 16 heures (18,6%).

LIEU DE LA NOYADE TOUS ÂGES CONFONDUS :
Nous présentons ici les résultats bruts, mais il faut garder en mémoire le biais majeur introduit par le fait que près de 80% des fiches analysées proviennent d'un département côtier où la mer est particulièrement dangereuse.

Ainsi, dans notre enquête, 4% seulement des noyades ont lieu à domicile, dont :
66,7% dans une piscine privée (de plain pied : 56,4% ; à parois surélevées : 7,7%; gonflable : 2,6%). 17,9% dans une baignoire. Autres (15,4%).
Et 96% se produisent dans un lieu public, dont : 86,1% dans la mer avec une répartition de : 93,8% dans l'Océan Atlantique. 5% dans la Méditerranée. 1,2% dans la Manche. 11,5% en eau douce (plan d'eau : 7,6%, et rivière : 3,9 %). 1,9% dans une piscine publique (+ 0,3% en piscine avec jeux aquatiques).

LIEU DE LA NOYADE DES 0-15 ANS :

Il nous a paru intéressant d'étudier particulièrement la noyade de l'enfance, qui fait appel à des étiologies spécifiques (même si le biais introduit par les nombreuses réponses de la Gironde est présent).

Tranche d'âge de 0 à 5 ans : Piscines privées (40,4%). Mer (19%). En eau douce (16%). A noter que près de 10% des noyades se localisent dans des baignoires.
Tranche d'âge de 6 à 10 ans : Mer (88%). Piscines publiques (6%). Piscines privées (1%).
Tranche d'âge de 11 à 15 ans : Mer (92%). Eau douce (6%).

RÉPARTITION DES NOYADES SELON LE LIEU ET LE STADE :

Mer : On note 92,3% de stades 1 en Océan Atlantique, contre seulement 15,6% en Mer Méditerranée. Par contre la majorité des stades 4 sont à déplorer en Mer Méditerranée avec 40,6% des cas contre seulement 2,4% des cas en Océan Atlantique.
Eau douce : La majorité des noyés sont des stades 4 (53,6%), puis des stades 1 (35,4%).
Piscine privée : La majorité sont des stades 4 (53,8%), puis des stades 2 (26,9%).
Piscine publiques : La majorité sont des stades 1 (42,1%), puis des stades 4 (26,3%).
Au niveau départemental :
Les stades 4
sont plus nombreux dans deux départements - le Loiret et le Morbihan - avec une fréquence moindre dans les départements de l'Hérault, des Bouches du Rhône, et de la Mayenne.
Les stades 3 se retrouvent surtout dans le Morbihan et l'Ardèche.
Les stades 2 sont plus fréquents en Gironde, puis dans l'Hérault et les Bouches du Rhône.
Les stades 1 sont prépondérants en Gironde, puis dans les Bouches du Rhône et le Morbihan.

ÉTIOLOGIE :

La grande majorité des noyades est d'origine accidentelle (96,9%). Cependant 27 cas, soit 2,7% de l'ensemble des noyades, sont attribués par les Sapeurs-Pompiers à une volonté suicidaire. On peut se demander si ce chiffre n'est pas sous-estimé. Les 0,4% restants correspondent à des suspicions de meurtre.

ACTIVITÉ PRATIQUÉE PENDANT LA NOYADE :

La noyade survient généralement au décours d'une activité sportive ou de loisir : La grande majorité des victimes était en train de se baigner (83,9%). 4,6% pratiquaient le surf. 4,4% sont tombés accidentellement dans l'eau. 2,5% étaient dans une embarcation à voile. 2,5% pratiquaient la planche à voile. 0,8% pratiquaient la plongée en apnée.

DESCRIPTION DE LA NOYADE :

Ce renseignement correspond à un item ouvert du questionnaire.
72% des cas sont en relation avec les phénomènes appelés "baïnes" sur la côte landaise, qui prennent une importance démesurée du fait de leur surreprésentation dans l'enquête.
Les autres causes correspondent à des malaises (5%), des retours de banc de sable (5%), des vagues de bord (4%), des traumatismes (4%), l'échappement de l'enfant à la surveillance de ses parents (3%), une intoxication éthylique (2%), un épuisement (2%), ou enfin une crise d'épilepsie (1%).

LA CHAÎNE DES SECOURS :

La formulation ambiguë de la question rend les résultats en partie inexploitables

ORIGINE DE L'APPEL DES SECOURS :

Devait être noté ici la particularité de l’appelant vers le centre de régulation ou de traitement de l’alerte. 87% sont notées comme provenant initialement d'un particulier.10% des Sapeurs-Pompiers. 2% d’un SMUR. 1% de la Police.

LES TYPES DE SECOURS :
Les sapeurs pompiers sont intervenus dans 100% des cas (puisque c'est par eux que les fiches de recueil de données ont été remplies), leur intervention pouvant être couplée à celle du SMUR (dans 13,55% des cas), d'un Médecin Sapeur-Pompier (9%), d'un Anesthésiste Réanimateur (6%), ou encore d'un médecin généraliste (5%).
A noter qu'il a été pratiqué un "bouche à bouche" par un témoin dans seulement 2,85% des cas dont 1,22% par un médecin qui se trouvait sur place.

LES DÉLAIS :
106 fiches sont exploitables pour cette question.

On peut isoler cependant :
Le délai entre l'accident et l'alerte : Moyenne, 8 mn. Ecart type, 13 mn.
Le délai entre l'alerte et l'arrivée des secours : Moyenne, 8 mn. Ecart type, 9 mn.
Le délai entre l'accident et l'arrivée des secours : Moyenne, 15 mn. Ecart type, 14 mn.
Le délai entre l'accident et l'arrivée d'un médecin : Moyenne, 19 mn. Ecart type, 15 mn.

DEVENIR DES NOYÉS :
75,9% n'ont pas nécessité d'hospitalisation. 16,1% ont été hospitalisés. 8% ont été laissé sur place car décédés. Aucun suivi hospitalier n'a pu être réalisé.

ANALYSE DES "URGENCES DÉPASSÉES"

Des cas d'urgences dépassées, c'est à dire des cas où une personne noyée a été retrouvée plusieurs jours après la noyade, ont été repérés par l'enquête dans les départements suivants :
2 cas en Ardèche. 1 cas en Charente Maritime, dans les Landes, dans le Loiret, dans les Côtes d'Armor, dans le Rhône, et dans la Somme.

Age : Il est connu pour 7 sur les 8 cas. Les personnes étaient âgées de 25 ans, 27 ans, 2 de 30 ans, 2 de 56 ans, et une de 67 ans.
Sexe : On compte 6 hommes et 2 femmes.
Mois de survenue : Ce type de noyade est aussi plus fréquent au mois de juillet (3 cas sur 9), puis au mois d'août (2 cas). Un cas est survenu en avril, un en mai, et le dernier en juin.
Lieu de la noyade : C'est dans tous les cas un lieu public, 3 cas en mer, 3 cas dans des plans d'eau et 2 cas en rivière.
Etiologie : Elle est accidentelle pour 5 d'entre eux, et suicidaire pour 2 autres. Il reste une cause inconnue.
Activité pratiquée (pour les noyades accidentelles) : 2 personnes se baignaient, l'une est tombée accidentellement dans l'eau, une autre est tombée d'une embarcation à voiles, et la dernière d'une embarcation à moteur.

ANALYSE DES NOYADES NON LIEES AUX BAÏNES

ORIGINE DES QUESTIONNAIRES REÇUS (concernant des noyades de toutes causes hormis les baïnes) :
Gironde : 164 fiches. Morbihan : 30 fiches. Bouches du Rhône : 27 fiches. Hérault : 22 fiches. Loiret et Ardèche : 13 fiches chacun.
37 départements ont renvoyé de 1 à 9 fiches.

MOIS ET HEURE DE SURVENUE :

Les résultats sont tout à fait superposables à ceux observés pour l'ensemble des noyades :
Les mois de juillet (55,1%) et août (31,9%) voient se produire plus de 85% des noyades de l'année. 83,4% des noyades ont lieu entre 12 et 19 heures, avec un pic de fréquence légèrement plus tardif que si l'on prend en compte les baïnes, entre 16 et 17 heures (17,5%).

AGE ET SEXE :

Age : On constate que50% des noyades se produisent avant l'âge de 25 ans, avec des pics chez les 15-19 ans (11,9%) et les 0-4 ans (11,4%).
Sexe : 61,2% des victimes sont de sexe masculin.

LIEU DE LA NOYADE :

89,9% des noyades se produisent dans des lieux publics, et parmi ceux-ci : 60,9% dans la mer : Océan Atlantique, 74,8%. Mer Méditerranée, 20,7%. Manche, 4,5%
22,2% dans des plans d'eau. 11,4% en rivière. 4,9% en piscine publique (dont 0,9% liées à la pratique de jeux aquatiques). Autres, 0,6%.

Les 10,1% se produisant à domicile ont lieu : Pour 59,5% dans des piscines de plain pied. 13,5% en baignoire. 8,1% dans des piscines à parois surélevées. 2,7% dans des piscines gonflables. Autres, 16,2%.

STADES DE NOYADE :

Stades 1 : 50,0%. Stades 4 : 30,1%. Stades 2 : 11%. Stades 3 : 8,9%.

ÉTIOLOGIE :
L'origine de la noyade est accidentelle dans 91,5% des cas.
Les autres causes sont : Une suspicion de suicide pour 7,4% (27 cas). Une suspicion de meurtre pour 1,1% (4 cas).

ACTIVITÉ PRATIQUÉE :
C'est le plus souvent la baignade (62,6%). Puis, dans 12,8% des cas, une chute accidentelle dans l'eau. Les causes plus rares sont, par ordre d'importance, la planche à voile (7,0%), le surf (5,8%), le bateau à voiles (5,8%), la plongée en apnée (1,8%), et enfin le bateau à rames (1,2%).

CHAÎNE DES SECOURS :
Délai accident/alerte : 8 minutes en moyenne (écart-type : 13).
Délai accident/secours : 14 minutes 30 secondes (écart-type : 14).

DEVENIR DU NOYÉ
73 personnes (19,9%) sont décédées sur le lieu de la noyade. 134 personnes (36,7%) ont nécessité une hospitalisation, et 10 d'entre eux (au moins, puisque le suivi n'est pas toujours possible) sont décédés des suites de la noyade. 43,4% n'ont pas nécessité de soins hospitaliers.

ANALYSE DES NOYADES CAUSÉES PAR DES BAÏNES

On en recense 609 cas, dont 608 survenus en Gironde, et 1 seul dans les Côtes d'Armor.

Mois et heure de survenue :
Les mois de juillet (56,7% des noyades signalées aux Sapeurs-Pompiers) et d'août (37,7%) voient survenir la plupart des noyades de l'enquête. Toutes les noyades liées à ce phénomène se produisent de jour (entre 9 et 20 heures), avec un pic de fréquence entre 15 et 16 heures.

Age et sexe :
Age :
Les plus touchés sont les 10 - 24 ans (61,2%).
Sexe :
Les garçons sont plus touchés par ce type d'accidents (65,5%).

Stades de noyade : La presque totalité des noyades dues aux baïnes correspond à des stades 1 (96,0%), sans doute grâce à la surveillance organisée et à la rapidité des secours déployés sur la côte landaise. Il existe 3,4% de stades 2, et seulement 2 noyés de stade 3 (0,3%) et 2 de stade 4.

Activité pratiquée : Il s'agit pour la plupart de noyades survenues alors que les personnes se baignaient (95%) (et une personne portant secours à une autre en difficulté). 25 cas, soit 4%, pratiquaient le surf. 5 cas sont survenus chez des personnes dans une embarcation à voiles (0,8%), et un cas en planche à voile.
On peut noter que ces noyades se sont toujours produites alors qu'il n'y avait pas de surveillance.

Chaîne des secours : inexploitable (1 seule fiche).

Devenir du noyé : 1 personne est décédée. 26 personnes ont dû être hospitalisées (4,3%), dont 1 au moins est décédée des suites de la noyade. 95,5% des victimes de noyades n'ont pas nécessité d'hospitalisation.

DÉCÈDÉS

Notre étude fait état de 93 noyades mortelles, qui se décomposent comme suit :
8 "urgences dépassées" (cf chapitre spécifique). 74 personnes décédées sur place, avant ou pendant le sauvetage. 11 décès retardés , c'est-à-dire survenus au cours du transport ou de l'hospitalisation (sachant que ce chiffre est très probablement sous-estimé puisque le suivi des cas a été rarement possible).

Les départements qui ont signalé le plus grand nombre de décès sont :
Le Loiret : 11 cas. Le Morbihan : 8 cas. L'Ardèche , les Bouches du Rhône, l'Hérault, et la Mayenne : 6 cas.
30 autres départements recensent de 1 à 4 cas pendant la durée de l'enquête.
La même réserve que pour les "urgences dépassées" est à émettre quand à l'interprétation de ces données.

Age : La courbe ne se superpose pas du tout à celle de la répartition de l'ensemble des personnes secourues pour des noyades (ou quasi-noyades), dans l'enquête. (Les pics de mortalité sont cependant faiblement différents du fait du petit effectif dans chaque classe d'âge). La comparaison de ces deux courbes, et l'étude des taux de mortalité par âge parmi les noyades recensées dans l'enquête, nous montrent que les noyades sont plus souvent mortelles chez : Les enfants de 0 à 4 ans (21%). Les jeunes de 25 à 29 ans (11%). La croissance du taux de mortalité est de type exponentiel à partir de l'âge de 40 ans (de 15% à l'âge de 40 ans jusqu' à 75% chez les plus de 85 ans).

Sexe : La mortalité masculine par noyade est plus forte dans notre enquête que la mortalité féminine (73,6% d'hommes).

Mois et heure : Le pic de fréquence des noyades mortelles reste le mois de juillet, suivi par le mois d'août.

Lieu : Les noyades mortelles se produisent plus souvent dans des lieux publics (83,3% des cas).

La répartition précise est la suivante : 40% en rivière. 29,3% sur un plan d'eau. 25,3% en mer. 4% en piscine publique.

Les 16,7% restants (16 cas) se produisent à domicile, dans les lieux suivants : 50% dans une piscine de plain pied. 18,8% dans une piscine à parois surélevées. 12,5% dans une baignoire. 18,8% dans d'autres lieux.

Etiologie : Les noyades mortelles sont d'origine accidentelle dans 75,3% des cas, d'origine suicidaire dans 19,3% des cas, et leur origine reste inconnue dans 5,4% des cas dans cette enquête.

Activité pratiquée (pour les noyades accidentelles seulement) : Baignade, 55,9%. Chute accidentelle dans l'eau, 29,4%. Plongée en apnée, 2,9% (2 cas). Navigation dans une embarcation à rames, 2,9%. Navigation dans une embarcation à moteur, 1,5% (1 cas). Navigation dans une embarcation à voiles, 1,5%. Surf, 1,5%. Autres, 4,4%.

SUICIDES (suspicions)

8 cas sur les 27 recensés se sont produits dans des départements côtiers (3 en Méditerranée, 3 dans l'Atlantique, et 2 dans la Manche). C'est dans la Mayenne que l'on compte le plus de cas (6), mais les questionnaires étant facultatifs, on ne peut en tirer aucune conclusion.

Age : Les âges s'étalent de manière régulière entre 18 et 90 ans.

Sexe : Le sexe féminin est plus représenté, avec 16 cas (59,3%), contre 10 cas chez des hommes (37%). Le sexe est inconnu pour une personne (3,7%).

Mois et heure : Ces tentatives de suicide se produisent pendant les saisons printanière et estivale, et pour la grande majorité entre 8 heures et 18 heures.

Lieu : Les tentatives de suicide étudiées se produisent plus souvent dans des lieux publics (81,5%) qu'à domicile (18,5%).
Les lieux publics recensés sont en majorité les rivières (45,5%), et les plans d'eau (40,9%), et moins souvent un canal (9,1%) ou la mer (4,5%) (il reste 1 lieu inconnu).
A domicile, un cas s'est produit dans une piscine privée de plain pied, 2 cas dans un puits, un cas dans un abreuvoir et un autre dans un bac à eau de pluie (dans une ferme).

Remarque : il faut noter qu'une intoxication médicamenteuse a été relevée pour 5 d'entre ces 27 personnes, soit 18,5%.

Devenir :
Sur ces 27 personnes :
Plus de la moitié sont décédées sur place (15 personnes). 10 (38,5%) ont été transportées à l'hôpital, et l'on sait que parmi elles, 2 ont survécu et une est décédée par la suite (l'évolution des 7 autres n'est pas connue).Une n'a pas été hospitalisée. On ne connaît pas le devenir de la dernière.

ANALYSE DES RÉSULTATS POUR LE DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE

On supposera ici que le recueil est assez exhaustif ou que les cas recensés sont représentatifs des cas de noyade en Gironde.
Tout d'abord, on a vu que le phénomène des baïnes est prépondérant dans ce département, et il est à lui seul à l'origine de 84,1% des déplacements de Sapeurs-Pompiers effectués pour secourir des personnes en train de se noyer.

Mois et heure de survenue : Pas de différence notable par rapport aux données générales de l'enquête.

Age et sexe : Même remarque (63,7% de sexe masculin).

Lieu : On ne recense que 2 cas de noyade à domicile, tous deux en baignoire. Tous les autres cas ont pris place dans des lieux publics : 94,8% dans la mer. 4,4% sur des plans d'eau. 0,8% en piscine publique.

Etiologie : Toutes les noyades rapportées sont d'origine accidentelle (sauf une inconnue).

Activité pratiquée : Baignade, 88,3%. Surf, 5,5%. Navigation à voile, 3,1%. Planche à voile, 3,1%. Navigation à rames, 0,1% (1 cas).

Description précise : Baïne, 84,1%. Retour de banc de sable, 5,5%. Traumatisme, 4,6%. Vague de bord, 4,3%. Malaise, 0,8%. Intoxication éthylique, 0,4%. Epuisement, 0,3%.

Stades de noyade : La plupart sont des noyades peu graves, ce qui témoigne de la rapidité des secours.

Stade 1 : 95,9%. Stade 2 : 3,3%. Stade 3 : 0,3%. Stade 4 : 0,5%.

Devenir du noyé : 95,5% des noyés n'ont pas nécessité d'hospitalisation. 4,2% ont été transportés à l'hôpital (parmi ceux-ci, on sait qu'une personne est décédée dans les suites de la noyade). 0,3% sont décédés sur place.

DISCUSSION

Le chiffre élevé de fiche provenant de la Gironde peut s'expliquer par une sensibilisation importante des urgentistes au problème de la noyade, et au phénomène fréquent de "baïnes" sur la côte landaise.
Le nombre de cas déclarés dans l'enquête n'est probablement pas proportionnel au nombre de cas survenus dans un même département. Ce qui entre en compte est la motivation individuelle des Sapeurs-Pompiers et des autres intervenants à participer à l'enquête.

CONCLUSION

Le biais le plus important, mais prévu, concerne la répartition géographique des réponses. Elle est celle des lecteurs du journal qui ont bien voulu répondre et ne recouvre pas la carte des noyés en France. La région de Bordeaux, par l’importance du volume des réponses envoyées majore relativement la fréquence des noyades de Stade 1. Toutefois elle souligne l’absolue nécessité d’une organisation de type sauvetage-secours-soins dans les zones à risque reconnu.

Quels sont les éléments clefs de l’étude ?

Les délais d’intervention : 8 min (écart type de 13 min) entre accident et alerte, 8 min entre accident et arrivée des secours (Sapeurs-Pompiers) avec un écart type de 9 min, 19 min entre accident et arrivée d’un médecin d’urgence (quelqu’il soit : SP ou SAMU).

La totalité des fiches rapportent une intervention des SP dans le cadre du prompt secours. Il serait intéressant de savoir si ce fait doit être rapporté au type de l’enquête, à la localisation des noyades ou à la période d’inclusion. Après l’accidentologie routière (30% des interventions secours à victime) et la mort subite, le secours aux noyés fait partie des urgences pour lesquelles les SP interviennent avec grande fréquence.

La médicalisation fait appel pour partie aux médecins SP (9%) et au SAMU (13,5%), l’intervention de l’un n’excluant pas l’autre mais le questionnaire n’a pas permis de comptabiliser les interventions conjointes ou successives. Le niveau de qualification des médecins se répartit également entre médecins généralistes compétents en urgence et médecins détenteurs de la spécialité anesthésie réanimation.
Trop partielle, limitée géographiquement et dans le temps cette étude est de celle qui laisse sur sa faim. Cependant elle n’est pas sans intérêt et souligne une fois de plus la nécessité de détenir un fond de données concernant à la fois un type de pathologie et le rapport détaillé de la prise en charge qui y a répondu. C’était le but principal de cette étude. Souhaitons qu’elle soit renouvelée dans d’autres secteurs de la pathologie de l’urgence.

La Rédaction


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