Principes de traitement initial dune lésion traumatique des membres
Le chirurgien orthopédiste devant une lésion traumatique dun membre a souvent une approche différente de celle du médecin. En effet dans un premier temps, notre but est didentifier le caractère urgent dune lésion que ce soit pour la vitalité du membre lésé et donc sa conservation, ou que ce soit pour le choix du traitement chirurgical optimal. Pour cela lexamen clinique dun membre traumatisé répond à des principes clairement établis pour le premier temps du traitement.
EXAMEN
CLINIQUE
nous ne détaillerons pas ici les différents examens cliniques
spécifiques aux différentes articulations mais nous rappellerons
les principes de base de lexamen clinique dun membre traumatisé.
Le membre lésé doit être découvert afin de rechercher
un hématome, une déformation qui pourra nous orienter vers une
luxation, une fracture ou lassociation des deux. Sil sagit
du membre supérieur, les bagues doivent être rapidement enlevées
avant que celles-ci ne fassent « garrot » en raison de ldème
post-traumatique. Laspect cutané doit être noté que
ce soit la coloration du membre, une dermabrasion ou une plaie. Lexistence
dune perte de substance doit être également signalée.
EXAMEN
VASCULO-NERVEUX
Lexamen neurologique du membre lésé doit être effectué
avant toute analgésie locorégionale (bloc plexique). Ainsi le
clinicien pourra rechercher une lésion nerveuse en interrogeant le patient
par rapport à la sensibilité et la motricité distale du
membre. Par exemple, pour un traumatisme du genou ou de la jambe, la recherche
dune lésion du nerf sciatique poplité externe est impérative
: dans ce cas, il sagit dun nerf surtout moteur et dont lanalyse
de la partie sensitive (bord postéro-externe du pied) nest pas
toujours aisée en face aiguë. Le simple fait davoir un patient
qui relève le pied de façon active (action du muscle jambier antérieur
et les extenseurs des orteils) est suffisant pour contrôler ce nerf et
est réalisable même en cas de fracture des 2 os de la jambe. Cet
examen neurologique doit être réalisé avant et après
un geste technique tel que la réduction dune luxation. Par exemple
pour une luxation dépaule, la recherche dune lésion
du nerf circonflexe est impérative et il faut toujours tester la sensibilité
du moignon de lépaule avant et après la réduction
de la luxation.
Un examen vasculaire rigoureux est systématiquement réalisé
par la recherche des pouls distaux en aval du traumatisme. La diminution de
la chaleur et la coloration du membre sont déjà des indices de
gravité (extrémité de membre froid et pâle).
Un cas à part, le traumatisme de la main : La main est source de nombreux
traumatismes que ce soit lors de la pratique de loisirs (bricolage, jardinage)
ou dans le cadre dun exercice professionnel (boucher, menuisier, etc.
. .). Les conséquences de ces traumatismes, souvent très impressionnants
pour le patient, peuvent être dramatiques en cas dune prise en charge
inadaptée pouvant entraîner lamputation. nous rappellerons
donc les principes de base de lexamen clinique dune main traumatique.
Toute plaie aussi minime soit-elle doit être explorée et un examen
vasculo-nerveux rigoureux en aval doit être pratiqué. Il faut sattacher
à rechercher une lésion dun nerf collatéral parfois
passée inaperçue après avoir suturé une plaie (exemple :
plaie par couteau dans la paume de la main et lésion dun nerf collatéral
dun doigt).
Chaque doigt possède deux nerfs collatéraux permettant la sensibilité
du bord radial et du bord ulnaire. Pour avoir un examen fiable, celui-ci doit
être fait à laiguille (et non au toucher qui nest pas
assez discriminatif, surtout au niveau de la pulpe) et il permettra dans le
même temps de noter la vascularisation du doigt en fonction du saignement
obtenu (de chaque côté du doigt passe un pédicule vasculo-nerveux :
artère + nerf collatéral).
Toute perte de substance doit être conservée même souillée
telle qu un ongle, élément nécessaire à la
repousse unguéale comme tuteur ou un fragment osseux. En cas de doigt
amputé par exemple, le fragment amputé doit être conservé
et enveloppé dans de la glace sans être contact direct avec celle-ci
pour éviter la congélation qui condamnerait la possibilité
de réimplantation. Une radiographie du fragment amputé sera toujours
réalisée.
EXAMEN
CUTANÉ
Ce sont donc les examens vasculo-nerveux et cutané qui vont conditionner
les grands principes de prise en charge dun traumatisé. Toute plaie
doit être explorée : si celle-ci est en regard dune
fracture, on parlera alors de fracture ouverte, si elle est proche dune
articulation, il faut suspecter une plaie articulaire avec tout le risque septique
quelle comporte. La plaie ne doit pas être suturée en cas
de lésion sous-jacente (fracture) ou de probable communication articulaire :
elle sera parée (excision des berges souillées) et un lavage abondant
associé à un drainage sera effectué alors au bloc opératoire.
Ensuite la fermeture cutanée pourra être faite. Par contre une
antibiothérapie préventive à large spectre doit être
instituée demblée ainsi que la prévention du tétanos.
Dans un premier temps il faut analyser la vitalité cutanée et
la perte de substance qui va déterminer le choix du traitement chirurgical.
Sa localisation est également déterminante si la plaie est en
regard de la fracture (fracture ouverte). La classification de Cauchoix et Duparc
proposée en 1957 initialement pour les fractures de jambe a été
généralisée pour toute fracture de membre. Cette classification
permet de manière simple dévaluer létat de
gravité du membre traumatisé et d informer et de renseigner
le spécialiste qui prendra en charge le traumatisé.
Le choix thérapeutique se fera également en fonction du terrain
sous-jacent pouvant modifier le pronostic (patient diabétique, sous corticothérapie,
).
Enfin le membre traumatisé sera immobilisé dans une attelle rigide
mais ouverte pour pouvoir contrôler à tout moment laspect
local et létat vasculo-nerveux dans lattente dun éventuel
traitement chirurgical.
PRISE
EN CHARGE THÉRAPEUTIQUE
Le délai de prise en charge et le caractère urgent dune
lésion traumatique seront définis par lexamen clinique,
parfois suffisant (fracture ouverte stade 3, luxation) , ou par la radiographie
(fracture du col fémoral chez lhomme jeune, etc).
Tout fracture ouverte est considérée comme une urgence chirurgicale
et doit être prise en charge chirurgicalement dans les six heures qui
suivent le traumatisme. Une luxation est une urgence thérapeutique et
doit être également prise en charge le plus rapidement possible :
une luxation de genou de hanche ou de cheville doit être impérativement
prise en charge par un chirurgien même après réduction (nécessité
dune artériographie de contrôle dans une luxation de genou,
IRM pour bilan lésionnel,
).
A larrivée dans le service durgence, le patient est donc
déshabillé et des lésions associées sont recherchées.
Certaines fractures passent parfois inaperçues car négligées
puisque non signalées directement par le patient (douleur principale
et centrée sur le membre traumatisé) et il faut se méfier
des lésions étagées. Par exemple il faut sattacher
à rechercher des fractures associées par une simple palpation
(fracture de jambe et fracture des métatarsiens, etc).
Toute lésion de la colonne vertébrale doit être éliminée.
En cas de traumatisme fermé et dabsence datteinte vasculo-nerveuse,
la radiographie orientera sur le caractère urgent ou non de la prise
en charge chirurgicale : lexistence dun déplacement important,
dune luxation associée ou non à une fracture sera un facteur
durgence.
Dans lattente de la prise en charge chirurgicale ou de lavis du
chirurgien, le membre traumatisé doit être surélevé
afin déviter tout dème : en effet il existe demblée
un dème périfracturaire et il est important de lutter contre
celui-ci. Un membre oedèmacié peut non seulement obliger le chirurgien
à différer lacte chirurgical puisque le problème
de la fermeture cutanée se pose alors mais peut aussi être le siège
dun syndrome de loges, pathologie gravissime demandant une prise en charge
urgente sous peine de lésions irréversibles.
Le syndrome de loges est une augmentation de la pression intra-tissulaire dans
une loge ostéo-membraneuse qui est inextensible. La douleur est le premier
signe mais elle est parfois difficile à mettre sur le compte du syndrome
de loges en cas de fracture sous-jacente. Le tension douloureuse de ou des loges
musculaires doit alors alerter lexaminateur et un traitement chirurgical
durgence est instauré. Celui-ci consiste à ouvrir les différentes
loges musculaires sous tension (le plus souvent au niveau de la jambe :
fracture du tibia) cest-à-dire à faire des aponévrotomies
de décharge.
En ce qui concerne la prévention thrombo-embolique, nous sommes attachés
à la prescription systématique mais à faible dose danticoagulants
(tous les patients opérés du genou dans notre service reçoivent
des doses identiques danticoagulants [0,3 ml de Fraxiparine®] quel
que soit leur poid et leur taille). Par ailleurs il convient de ne pas négliger
les risques encourus par une décoagulation trop importante en chirurgie
orthopédique (hématome secondaire entraînant une raideur
au niveau du genou et ralentissant la rééducation, syndrome des
loges pouvant nécessiter une ré intervention).

UN EXEMPLE PRATIQUE : LA LUXATION DU GENOU
Sur le « terrain », la réduction de la luxation
est parfois possible immédiatement après laccident par le
praticien, elle va permettre de réaligner le membre, de limiter la souffrance
cutanée artérielle et de soulager le patient. Une immobilisation
sommaire, un moyen de contention doit être mis en place (attelle gonflable,
etc). Les pouls distaux (pédieux et tibial postérieur) doivent
être recherchés et un bref examen sensitivo-moteur est nécessaire
pour éliminer une lésion neurologique, signe de gravité
(lésion du nerf sciatique poplité externe voire même encore
plus grave lésion du nerf sciatique poplité interne).
A larrivée du patient dans un centre médicalisé (si
le traumatisé est à distance dun centre de soins il faut
tenter de réduire la luxation), une nouvelle vérification de létat
vasculo-nerveux est faite et des radiographies sont pratiquées (incidence
de face et de profil). Celles-ci vont confirmer le diagnostic et on recherchera
des lésions associées (fracture du massif des épines, arrachement
dune insertion ligamentaire).
Une fois le diagnostic de luxation confirmée, la réduction doit
être faite en urgence sous analgésie. Si linfrastructure
le permet la luxation se réduit sous anesthésie au bloc opératoire
avec possibilité de faire des clichés radiologiques en stress.
Le patient est alors immobilisé dans un plâtre cruro-pédieux
bivalvé et des radiographies de contrôle (incidence de face et
de profil) sont faites pour vérifier la qualité de la réduction.
Une artériographie doit être pratiquée dans les 24 heures
qui suivent le traumatisme étant donné la possibilité de
rupture sous-intimale de lartère poplitée avec pouls présents
à lorigine. Il ne faut pas se contenter dun échodoppler
artériel.
Dès lors, la prise en charge doit être faite dans un service spécialisé
en chirurgie du genou. Le chirurgien demandera une IRM voire une angio-IRM et
pourra ainsi planifier les différent gestes de reconstructions ligamentaires.
Dr Elvire
SERVIEN
Pr Philippe NEYRET
Centre Livet - Hôpital de la Croix-Rousse
8 rue de Margnolles - 69330 Lyon-Caluire
E-mail : elvire.servien@chu-lyon.fr
BIBLIOGRAPHIE
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