Frédéric DORANDEU - Michel RÜTTIMANN - Claude RENAUDEAU - Jean-Marc SAPORI - Nicolas JAL - Guy LALLEMENT
Décontamination de victimes chimiques : modalités et limites
Conséquences pour la conduite opérationnelle.
Le développement industriel
a pour corollaire une augmentation de lincidence des désastres
technologiques tant « conventionnels » (accidents davion,
collisions multiples...) que plus spécifiques impliquant par exemple
des radioéléments ou des toxiques chimiques (accidents de transport
de matières dangereuses -TMD-, dusines ou par des faits terroristes(1)).
Si les premiers sont pris en compte dans les plans de secours, les situations
concernant les domaines nucléaires et chimiques sont moins bien appréhendées
par les équipes non spécialisées et restent donc pour beaucoup
du domaine du cauchemar dès lors quun grand nombre de victimes
est impliqué. Cest en particulier, le caractère insidieux
de ces situations qui les fait redouter.
Les actes terroristes perpétrés par la secte Aum Shinri Kyo au
Japon en 1994-1995 (2,3) ont démontré que les toxiques chimiques
de guerre devaient être pleinement pris en compte. Des incidents isolés
(4) ou collectifs impliquant ces toxiques peuvent être également
générés par les munitions de la première guerre
mondiale, un risque pris en compte comme lont démontré les
opérations montées en avril 2001 à Vimy.
Les problèmes spécifiques liés à ces situations,
sur le plan général et plus particulièrement médical,
sont éloignés de la prise en charge habituelle des victimes, rendant
indispensable la formation des intervenants. En particulier, la prise en compte
de la décontamination dans le cadre général de lorganisation
des secours est très récente (5). Les principes généraux
de la décontamination chimique, sa mise en uvre et ses limites
doivent faire partie dorénavant des connaissances en médecine
de catastrophe. Cest le sujet de cet article dans lequel nous nous placerons
dans le contexte très général dune exposition à
un toxique chimique, quil soit industriel ou de guerre. Si les toxiques
chimiques industriels se distinguent des agressifs chimiques de guerre par certaines
de leurs propriétés physico-chimiques et leur degré de
toxicité, les grands principes de décontamination sappliquent
aux deux groupes. Seule la décontamination des personnes sera ici envisagée.
La décontamination des matériels ou du terrain pose quant à
elle dautres problèmes.
Après un rappel indispensable de quelques notions souvent confondues,
nous aborderons les questions pratiques que les équipes de secours vont
naturellement devoir se poser : quand ? quoi ? et qui décontaminer
après une exposition chimique ?
LA CONTAMINATION
: DÉFINITIONS
Une fois libéré, de façon accidentelle ou volontaire, un
toxique chimique va se répandre sur une certaine surface (ou dans un
certain volume) en fonction de ses propriétés physico-chimiques
ainsi que des conditions météorologiques et denvironnement.
Au cours de sa dispersion, il peut entrer en contact avec des victimes potentielles
et avoir éventuellement une action directe (peau, muqueuse oculaire
)
avant dêtre absorbé par les poumons, la peau et éventuellement
par la voie digestive. Dans certaines conditions, qui dépendent en grande
partie du produit chimique considéré, il va rester sur les surfaces
avec lesquelles il est entré en contact et constituer une contamination.
Cette dernière constitue une source secondaire de contamination (transfert
de contamination) et dintoxication (cas de lattentat de Tokyo au
sarin (6,7)) qui peut être transportée sur de grandes distances,
par exemple sur les vêtements de la victime, les pansements, les brancards
ou les véhicules. Le plus important des facteurs physico-chimiques est
la volatilité de lagent qui, en fonction des conditions météorologiques
(température, vent...), va déterminer la persistance sur la victime
et dans lenvironnement.
Par analogie avec le domaine nucléaire, il est souvent évoqué
deux types de contamination : externe et interne. La contamination externe
est la contamination portée par exemple sur la peau ou les vêtements.
Si rien nest fait, ou si les actions menées sont plus délétères,
cette contamination externe peut devenir interne, le toxique chimique pénétrant
dans le corps directement à travers la peau ou les blessures. Toutefois,
cette catégorisation formelle ne sapplique pas à la plupart
des produits chimiques hautement réactifs qui, dès leur contact
avec des tissus vivants (peau incluse), vont se fixer, réagir et se transformer
parfois très rapidement. Ils vont entraîner une intoxication des
victimes mais très généralement ne plus constituer de risque
pour les autres personnes. Mise à part la création de sites de
dépôt interne, décrits notamment avec les neurotoxiques
organophosphorés ou lypérite, qui peuvent être considérés
comme des sites de contamination interne, il ny a pas à proprement
parler de contamination interne et le terme dintoxication est donc plus
approprié. Cette distinction entre contamination et intoxication est
très importante car elle conditionne la conduite des opérations
de secours. Elle est souvent méconnue et source de confusion. Elle est
utilisée notamment dans le pré-triage des victimes chimiques en
milieu militaire (2,8).
LA DÉCONTAMINATION
: PRINCIPES GÉNÉRAUX
Par simplification, nous emploierons par la suite les termes de décontamination
chimique pour désigner toute décontamination de produits chimiques,
quelle fasse appel à des moyens physiques (déplacement par
adsorption, entraînement...) ou chimiques (neutralisation de nature stchiométrique).
La décontamination a pour but de déplacer ou détruire les
agents (liquides, solides), répandus soit par contamination directe soit
par transfert de contamination, afin de ne pas subir à terme les effets
du toxique (9). La décontamination chimique doit être précoce
et bénéfique. Elle aura toujours un impact favorable pour les
intervenants qui pourront agir ultérieurement avec des équipements
de protection allégés, voire même sans. En revanche, le
gain pour la victime dépend de différents paramètres plus
ou moins indépendants qui entrent dans une équation complexe faisant
intervenir en particulier : la nature et la concentration du toxique, le délai
dintervention, la surface couverte, la localisation de la contamination,
les conditions météorologiques et le mode de décontamination.
La décontamination est une étape qui peut être longue si
les victimes ne sont pas en tenue de protection, et consommatrice de main duvre.
Cest pourquoi elle doit être adaptée à la situation
pour ne pas, en particulier, entraîner un retard injustifié de
la réanimation. Néanmoins, en cas de suspicion, elle doit être
systématique.
DES PROCÉDURES
ADAPTÉES :
Il est idéalement nécessaire de connaître les propriétés
physico-chimiques de lagent dispersé. Mais dans les premiers moments
après un incident chimique, il est probable que le plus grand flou sera
de mise et plusieurs heures pourront sécouler comme lors de lattentat
de Tokyo avant didentifier le toxique (2,3). Hormis dans certains cas
(accidents de TMD, symptomatologie clinique parlante
), la détection
ou lidentification des substances chimiques présentes sur le site
est difficile et prendra du temps (arrivée dune CMIC par exemple).
Elle nécessite le plus souvent des procédures et des techniques
spécifiques. Dans le cas dun attentat, les premiers renseignements
arrivant au centre de traitement de lalerte doivent être analysés
par des personnels spécialement formés. Des propositions sont
en cours délaboration (10). Quand lidentité du produit
est définie, toutes les mesures doivent être prises pour évaluer
notamment létendue de la contamination et prendre les mesures adéquates.
La notion dérivée des doctrines militaires qui veut quune
décontamination nest pas utile dans le cas dexposition à
des vapeurs (gaz) nest pas transposable à toutes les situations
du monde civil. Nous y reviendrons.
DES MESURES
RAPIDES :
Si la victime nest pas équipée de tenue de protection chimique,
ses vêtements seront porteurs de toxique, entraînant un risque soit
par contact, soit par émanation de vapeurs. Lhumidification des
vêtements (transpiration, pluie
) peut favoriser la pénétration
des toxiques, comme dans le cas du parathion, un organophosphoré (11).
Lépaisseur et la nature des tissus jouent quant à elle un
rôle variable selon les toxiques considérés. Une réduction
de lévaporation peut avoir comme conséquence un accroissement
de la pénétration percutanée et donc de la toxicité.
Dans dautres cas, les vêtements seront relativement protecteurs
en augmentant le délai avant contact cutané (12).
Labsorption des toxiques placés sur la peau nue peut être
très rapide. Lypérite, un agent vésicant, est un
bon exemple avec une pénétration maximale en environ cinq minutes
(13). Après dépôt cutané, la dose pouvant pénétrer
dépend des vitesses relatives de pénétration et dévaporation.
Ainsi, le sarin, du fait de sa volatilité, présente une toxicité
percutanée plus faible que celle des autres organophosphorés (14).
Bien que favorisant habituellement lévaporation, une température
extérieure élevée pourra parfois augmenter labsorption
de certains produits chimiques (12). La chaleur entraîne deux conséquences
physiologiques importantes, la sudation et la vasodilatation. Outre les modifications
de perméabilité des vêtements associées à
leur humidification, la transpiration peut avoir un effet direct sur la perméabilité
transcutanée en modifiant lhydratation de la peau (15,16). La vasodilatation
favorise quant à elle le passage sanguin du toxique.
De nombreuses données expérimentales, tant humaines (12) quanimales,
démontrent par ailleurs clairement les différences de vitesse
de pénétration liées à la localisation du contact.
Au niveau cutané, avec des agents à pénétration
rapide, la décontamination des zones contaminées aura comme but
essentiel la prévention dun transfert de contamination et lélimination
du risque vapeur. Le gain pour la victime elle-même sera faible. Laccessibilité
du toxique au décontaminant étant essentielle pour une bonne neutralisation,
faciliter ce contact est un des objectifs des recherches actuelles.
La pénétration des toxiques chimiques au niveau des yeux est très
rapide et induit des effets toxiques essentiellement locaux mais les données
expérimentales manquent. La décontamination doit être immédiate
pour espérer être efficace (17). Elle peut être très
longue (18). Elle fait appel à diverses solutions et divers protocoles.
Les validations expérimentales ou cliniques sont rares (19,20). La contamination
des plaies est à envisager surtout en cas de présence dun
corps étranger contaminé. Les produits chimiques hautement réactifs
ne seront plus présents à létat natif et le risque
pour les intervenants associé à ces plaies sera faible.
UNE ACTION
BÉNÉFIQUE :
Lemploi de décontaminants non appropriés, comme une solution
dhypochlorite trop fortement concentrée, peut augmenter la toxicité
de certains agents (21). Lhydratation de la couche cornée pourrait
également entraîner des modifications délétères
de la pénétration des toxiques et des solutions iso ou hypertoniques
pourraient savérer plus intéressantes (15,16).
LA DÉCONTAMINATION
: CONDUITE OPÉRATIONNELLE
Sur la base des principes généraux énoncés précédemment,
il est possible de définir les principes de mise en application.
POURQUOI
ET QUAND DÉCONTAMINER ?
Pour la victime, il sagit de limiter lexposition. Pour les intervenants,
il sagit soit dempêcher le transfert de contamination soit
de réduire le risque vapeur associé aux victimes. Ce risque vapeur
est bien démontré dans différents exemples, comme celui
du sarin à Tokyo (6,7) ou de toxiques industriels (22).
La lutte contre le transfert de contamination est une priorité absolue
dans la doctrine militaire de soutien sanitaire en ambiance chimique (8), elle
est apparue également indispensable dans le contexte civil. La possibilité
dun transfert de contamination doit être la première des
hypothèses considérées en labsence de données
contraires (23).
Dans un contexte dacte terroriste, la décontamination immédiate
vise à protéger les victimes contaminées (lutte contre
le transfert de contamination des vêtements ou autres objets vers la peau),
et les premiers intervenants ou les équipes soignantes qui accueilleront
ces patients.
Généralement, la décontamination doit donc précéder
la prise en charge médicale afin de réduire au plus vite le risque
pour la victime mais aussi pour les personnels dintervention. Néanmoins,
dans certains cas dintoxication grave, et si le nombre de victimes le
permet, il pourra être nécessaire dassurer un maintien des
fonctions vitales et une stabilisation de létat de la victime pour
lui permettre de survivre à létape de décontamination
qui peut prendre de quelques minutes à une vingtaine de minutes. Dans
tous les cas, la décontamination doit prendre place avant lévacuation
sur les établissements de soins et pourra être réalisée
au niveau dun poste médical avancé (PMA) adapté «
chimique » (23). Le module de décontamination sera armé
par certains personnels de ce PMA. Les hôpitaux doivent néanmoins
se tenir prêt à accueillir des victimes non décontaminées
(un des enseignements de lattentat de Tokyo). Des modules de décontamination
doivent donc être mis en place (24,25) et les personnels hospitaliers
sensibilisés à cette situation.
QUI DÉCONTAMINER
?
Si la décontamination peut être systématique dans le cas
dun petit nombre de victimes, cest évidemment la question
qui se pose face à un accident chimique collectif. Si la suspicion dun
contact avec un produit liquide ou solide doit suffire pour préconiser
la décontamination, il nest pas possible de déterminer une
règle daction univoque pour lexposition à des gaz.
Des études au cas par cas doivent donc être menées, si possible
avant laccident. Dans les conditions particulières dexposition
à des vapeurs concentrées, rencontrées dans certains accidents
chimiques, il est très probable quune décontamination simposera
du fait du risque dune part de condensation des vapeurs et dautre
part de piégeage dans les vêtements ou phanères. Outre la
connaissance de la nature du toxique, celle de la position des victimes par
rapport au lieu démission et de la concentration du toxique dans
lair à lendroit où elles se situent sont donc des
éléments essentiels de la décision. La tenue vestimentaire
des victimes est un autre élément essentiel. La conception militaire
selon laquelle il nest pas nécessaire de décontaminer après
une exposition à des vapeurs nest valide que, précisément,
dans les conditions militaires dexposition : concentrations relativement
faibles, généralement dans un espace non confiné, pour
des personnels équipés de tenues nadsorbant pas ou peu les
vapeurs. Le tableau 1 résume les principaux éléments.
Dans le cadre dun attentat, il est préférable de considérer
toute personne comme étant contaminée, y compris les asymptomatiques.
Le piégeage des vapeurs dans les vêtements ou les phanères
doit être pris en compte car il peut être source dintoxication
secondaire. Cela a parfaitement été démontré lors
de lattentat du métro de Tokyo où aucune décontamination
navait été réalisée sur place. Dix pour-cent
des 1364 premiers intervenants ont présenté des symptômes
dintoxication et ont dû recevoir des soins en milieu hospitalier.
Lorsque les hôpitaux, au moins celui qui a accueilli le plus de victime,
ont reçu confirmation de la nature du toxique employé, les patients
les plus sérieusement touchés ont reçu une douche de décontamination
à leur admission. Leurs vêtements ont été placés
dans des sacs scellés. Malgré lusage de gants et de masque
chirurgicaux, non efficaces, par les personnels soignants, 110 dentre
eux (23%) se sont plaints de symptômes dintoxication (6,7).
COMMENT
DÉCONTAMINER ?
Plusieurs éléments sont nécessaires pour conduire avec
efficacité la décontamination : du personnel en nombre suffisant,
équipé et parfaitement entraîné, une infrastructure
adaptée et une organisation rodée, des méthodes ou procédures
de décontamination efficaces, donc validées.
Dans le contexte dopérations militaires sous emploi darmes
chimiques, la prise en charge de victimes contaminées, intoxiquées
ou non, mais disposant dune protection physique intacte (masque de protection
respiratoire et tenue de protection totale) repose sur des protocoles de découpage
des tenues parfaitement déterminés. Ces protocoles doivent être
adaptés pour les vêtements civils mais les grands principes restent
identiques. Dans ce contexte civil, des douches sont généralement
employées pour les victimes valides. Dans le cas des scaphandres chimiques
équipant les Sapeurs-Pompiers, la décontamination serait réalisée
par un « douchage » abondant après pulvérisation dun
produit à visée neutralisante. Nous insisterons sur le cas de
victimes entrées en contact avec le toxique sans protection ou avec une
protection réduite.
La décontamination est toujours une étape de la prise en charge
nécessitant un grand nombre de personnels. En outre, il faut tenir compte
de la relève de ces personnels amenés à travailler en tenue
de protection complète. Lhôpital Söder de Stockholm
dispose depuis 1994 dune unité de décontamination pour les
victimes chimiques. Pour un rendement de 16 victimes à lheure (2/3
sur civière, 1/3 ambulatoires), les équipes de décontamination
rassemblent 34 personnes (25). La décontamination doit être réalisée
selon de stricts protocoles afin déviter les gestes malheureux,
obérant lavenir de la victime ou des équipes dintervenants.
La formation et lentraînement des personnels sont donc essentiels
à la réussite des opérations. Lutilisation de simili
chimiques permet de tester et valider les procédures. Il est également
préférable de disposer dune infrastructure adéquate
et dune organisation bien rodée (apport des exercices).
Pour éliminer un toxique chimique, il existe deux grandes méthodes :
lélimination de lagent par déplacement et recueil,
et la neutralisation grâce à la transformation de cet agent en
des produits de dégradation non ou beaucoup moins toxiques.
Décontamination par déplacement :
Cest une méthode totalement aspécifique. Outre le déshabillage,
on peut distinguer les décontaminations par voie sèche ou par
voie humide.
- Déshabillage : Cest la forme la plus simple
mais essentielle, surtout si la victime ne porte pas de tenue de protection.
Cox (26) rapporte que 70 à 80% du contaminant peut être ainsi éliminé.
Bien quil ny ait pratiquement aucune donnée expérimentale
permettant de confirmer cette estimation (27), certaines des données
rapportées précédemment à propos des vêtements
ne peuvent quencourager à effectuer ce geste, qui dans la mesure
du possible doit être réalisé de façon à réduire
le risque de contamination par transfert.
- Décontamination sèche : Cest lapproche
qui est favorisée par la plupart des armées actuellement. Les
vêtements et la peau des victimes sont décontaminés à
laide dun dispositif assurant ladsorption des toxiques :
terre à foulon du gant poudreur français ou britannique, polyéthylène
hydrophobe du gant belge, résine échangeuse dions du kit
M 291 de larmée américaine.
- Décontamination par voie humide : Cest une
méthode très connue. Une douche classique dilue et élimine
par déplacement les toxiques chimiques. Cest la solution retenue
par certains : douche dans une première salle, lavage à leau
et au savon dans une seconde salle (25,27). Cest probablement la méthode
susceptible dêtre la plus utilisée dans des conditions de
décontamination de masse par les services de secours. De nombreuses voix
outre-atlantique se prononcent en faveur de cette méthode de décontamination,
utilisant notamment les moyens organiques des Sapeurs-Pompiers (fourgons pompe-tonne)
(21, 8).
Même si cette approche est attrayante, il convient toutefois de bien distinguer
deux situations : la décontamination de masse de personnes impliquées
mais probablement pas ou très peu contaminées et la décontamination
des victimes susceptibles de porter une contamination non négligeable.
Ces dernières pourront parfois ne pas être immédiatement
symptomatiques rendant difficile leur catégorisation. Dans le premier
cas, la douche, relativement rapide pour conserver un rendement compatible avec
lafflux de personnes, remplira son rôle. En revanche, avec certains
toxiques chimiques dans le second cas, il est probable que cette procédure
sera non seulement inefficace mais également potentiellement délétère.
Il nexiste pas ou très peu de données expérimentales
permettant de fixer un temps optimal de décontamination par leau
mais il est admis le plus souvent quil faille une copieuse douche ou irrigation
locale pendant au moins 15 min. (29). Lusage dun grand volume possède
deux intérêts essentiels : un meilleur entraînement
du toxique et une plus grande dilution de ce dernier, limitant ainsi la dangerosité
des effluents, un paramètre qui doit si possible être pris en compte.
Lintérêt de la douche et la méthodologie (haute pression
/ bas volume versus basse pression / grand volume) nont que rarement fait
lobjet de validations expérimentales (30). Nous avons vu que lhydratation
cutanée pouvait avoir un retentissement délétère.
La composition du liquide utilisé est également importante (15,16).
Néanmoins, la douche permet déliminer les poudres adsorbantes
ou les solutions décontaminantes utilisées, et elle présente
un caractère sécurisant pour la victime (24).
Il est également possible de combiner lemploi de leau, éventuellement
additionnée dun détergent, avec une action mécanique
(compresse, éponge). Cest loption choisie par le service
de santé de larmée britannique dans le cas des toxiques
chimiques industriels (31).
Décontamination des victimes chimiques par neutralisation :
Elle ne peut se concevoir que si lon connaît le type de produit
chimique impliqué et sa réactivité potentielle avec le
décontaminant. Pour les toxiques de guerre, lutilisation de solutions
dhypochlorites comme décontaminant est basée sur lexpérience
acquise durant la première guerre mondiale (ypérite), des études
in vitro et un nombre très limité détudes in vivo
(13). Pour certains toxiques industriels, la diphotérine sest par
exemple montrée intéressante mais son utilité dans le cas
des toxiques de guerre reste à démontrer.
Dans larmée américaine, la décontamination est réalisée
au moyen dune solution dhypochlorite (0,5% soit environ 1,6°
chlorométrique français et 5 g l-1 de chlore actif) et déponges
de cellulose (14,32). Larmée britannique adopte sensiblement la
même approche (31). La solution décontaminante utilisée
pour les victimes est une solution aqueuse à base dhypochlorite
(environ 5 g l-1 de chlore actif) additionnée de 0,01% dun détergent.
En France, pour les victimes civiles dattentat aux toxiques de guerre,
les solutions décontaminantes seraient utilisées par irrigation
partielle à laide de pulvérisateurs, de coton ou de compresses
imbibés. Théoriquement réservées à la décontamination
de petites surfaces, les solutions décontaminantes peuvent également
être utilisées sur lensemble du corps avant une douche (24).
Compresses ou éponges seraient utilisées. La décontamination
de la peau contaminée par lypérite fait actuellement appel
à une solution neutre de permanganate de potassium à 2 g.l-1.
Lefficacité de cette solution est discutable et la question de
son maintien est posée. Pour les composés organophosphorés,
il serait fait appel à une solution dhypochlorite de sodium (8
gl-1 de chlore actif). Lorsque le toxique est inconnu, un soluté type
Dakin modifié, titrant 8 g l-1 de chlore actif, est recommandé
(24). La plupart des solutions sont de conservation délicate et doivent
donc être préparées régulièrement, imposant
de lourdes contraintes, parfois peu compatibles avec les exigences du terrain.
In vitro, les solutions à base dhypochlorite, aux concentrations
compatibles avec une application cutanée, ne sont pas actives sur tous
les toxiques de guerre et ne sont que modérément efficaces comme
décontaminants cutanés. En particulier, lefficacité
est très faible lorsque le délai avant décontamination
atteint 30 min. à 60 min. (33), des délais proches des conditions
rencontrées sur le terrain.
CONCLUSIONS
La recherche de décontaminants utilisables sur la peau et les muqueuses
reste encore aujourdhui un défi. Outre une nécessaire formation
et un entraînement des personnels impliqués, il serait essentiel
de pouvoir, par le biais de lexpérimentation, lever des zones dombre.
De nombreuses réflexions sont en cours en France mais nont pas
toujours été formalisées par des écrits. Pour répondre
aux interrogations en suspens, des recherches devraient ainsi porter sur :
Les installations, les équipements et les produits nécessaires
à la décontamination dun grand nombre de victimes, ambulatoires
ou non, de tous âges, en priorité sur le terrain mais aussi à
lhôpital.
Loptimisation de solutions décontaminantes permettant non seulement
la décontamination de la peau mais également celle des muqueuses
et des plaies.
Lévaluation du rapport bénéfices/ risques du déshabillage
des victimes, suivant ses modalités.
Létude de lefficacité des systèmes de douche
pour lélimination des toxiques et la détermination des conditions
demploi (durée de contact , haute pression / bas volume ou
basse pression / grand volume).
La détermination de la meilleure méthode pour juger quun
patient est correctement décontaminé.
Frédéric
DORANDEU
Spécialiste de recherches du SSA
Unité de Neuropharmacologie, CRSSA, La Tronche
24 Avenue des Maquis du Grésivaudan, BP 87 38 702 La Tronche Cedex
Mel : Freddorandeu@aol.com
Michel RÜTTIMANN
Anesthésiste Réanimateur Spécialiste des Hôpitaux
des Armées
Chefferie santé de la BSPP, 55 boulevard du Port-Royal, 75013 Paris
Claude RENAUDEAU
Professeur agrégé du Val-de-Grâce.
Chef du service de Biochimie, Toxicologie et Pharmacologie,
Hôpital dInstruction des armées Percy, 101 avenue Henri Barbusse
92141 Clamart
Jean-Marc SAPORI
Praticien hospitalier. Service de médecine durgence, toxicologie
clinique et médecine légale, Hôpital Édouard Herriot,
Place dArsonval 69437 Lyon Cedex 03 et médecin capitaine, médecin
chef adjoint SDIS 69 / SSSM 19 rue Rabelais, 69003 Lyon
Nicolas JAL
Commandant, chef de la CMIC 38, SDIS, BP 68, 38602 Fontaine Cedex
Guy LALLEMENT
Spécialiste de recherches du SSA. Unité de Neuropharmacologie,
CRSSA, La Tronche
24 Avenue des Maquis du Grésivaudan, BP 87 38 702 La Tronche Cedex
Communication présentée lors des mardis de Masséna.
Journées de formation organisées par le service médical
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