Yves LOUVILLE
Lexique abrégé de la réanimation
cardio-pulmonaire
Arrêt
cardiaque (AC) - Arrêt cardio-circulatoire (ACC)
L’ACC est dans la majorité des cas l’étape initiale de la mort. Dans le cas
de la mort subite extrahospitalière, l’ACC se manifeste par une perte de conscience brutale, l’absence de
mouvement ventilatoire et l’absence de pouls carotidien. Seul le rétablissement d’une circulation et d’une
ventilation efficace le plus rapidement possible permet d’espérer une survie avec un minimum de séquelles.
Si la constatation de la perte de conscience et de l’absence de ventilation sont facilement et rapidement (quelques
secondes) effectués même après une formation succincte, il n’en est pas de même de l’affirmation
de l’absence de pouls. Même en limitant cette recherche à 10 secondes la perte de temps est plus grande
dans la réalité. De nombreux auteurs estiment que les 2 premiers signes, pour le grand public, devraient
faire porter le diagnostic d’ACC avec très peu de risque d’erreur qui serait largement contrebalancé
par le gain de temps pour donner l’alerte et commencer la réanimation cardio-pulmonaire.
Chaîne
de survie
La chaîne de survie a été décrite par Cummins et al. En 1991. Elle décrit les
4 étapes de la réanimation d’un patient en ACC. La rapidité de mise en œuvre et la complémentarité
des différents maillons sont les gages de survie.
Les deux premiers maillons relèvent du grand public :
L’alerte précoce dès le diagnostic fait avant même de commencer les soins chez l’adulte.
La Réanimation Cardio-Pulmonaire (RCP).
Le troisième maillon, la défibrillation précoce, la plus précoce possible peut être
pratiquée en France non seulement par les médecins mais aussi par les infirmières, les kinésithérapeutes,
les secouristes et les ambulanciers depuis le décret du 27 mars 1998. On devrait pouvoir dans un bon nombre
de cas obtenir le retour à un rythme efficace avant l’arrivée de l’équipe médicale.
Le quatrième élément de la chaîne est la RCP spécialisée commencée
sur place par l’équipe du SMUR.
En France ce sont les premiers et deuxièmes maillons qui sont faibles puisque seulement 5% de la population
a reçu une formation ou une initiation à la RCP. Toutes les études montrent l’importance de
ces deux premiers maillons non seulement pour la survie mais aussi pour l’importance des séquelles.
Défibrillation
La défibrillation consiste à faire passer à travers le cœur un courant électrique qui
va entraîner la dépolarisation simultanée d’une masse critique de cellules myocardiques interrompant
les phénomènes de réentrée et donc la Fibrillation (FV) ou la Tachycardie Ventriculaire
(TV).
En 1875, Abildgaard montre qu’un choc électrique peut tuer un poulet mais qu’un deuxième choc électrique
très rapproché le «ressuscite».
En 1850, Ludwig et Hoffa décrivent la défibrillation chez l’animal. Beck effectue la première
défibrillation à thorax ouvert en 1947, Zoll la première défibrillation à thorax
fermé en 1956.
Les courants utilisés pour la défibrillation ont varié dans le temps :
Les courants alternatifs de 500 V à 1000 V ont été appliqués pendant 0,1 à 0,25
secondes.
Ils ont été remplacés par du courant continu obtenu par le décharge de condensateur.
Il s’agit soit d’une onde amortie hémisinusoïdale délivrant un courant de 100 à 400 joules
délivré en 0,001 à 0,003 seconde. Soit d’une onde biphasique qui permet d’utiliser des énergies
plus faibles 130 à 200 joules en étant tout aussi efficace.
Les défibrillateurs peuvent être classés suivant le lieu d’application des électrodes
en interne (les électrodes sont au contact du cœur) ou en externe (les électrodes étant placées
sur le thorax).
Suivant le mode de diagnostic du trouble du rythme, on distingue :
Les défibrillateurs dont le rôle est uniquement de délivrer le courant. Le diagnostic électrique
du trouble du rythme étant fait par le médecin qui analyse un tracé électrocardiographique
et qui bien évidemment fait aussi le diagnostic clinique de l’AC.
Les défibrillateurs qui associent au matériel de délivrance du courant de défibrillation
un matériel de recueil et d’analyse de l’électrocardiogramme de surface. Le résultat de l’analyse
est binaire : il y a ou il n’y a pas de TV ou de FV, il y a ou il n’y a pas d’indication de choc électrique.
Dans ce dernier groupe suivant le mode de déclenchement du choc, on distingue :
Les défibrillateurs automatiques ; le choc est déclenché par l’appareil sans intervention
humaine lorsqu’une FV ou une TV est détectée. Les appareils peuvent être implantés (défibrillateur
interne) ou être externes. Dans ce cas, le rôle de l’opérateur consiste à mettre en place
les électrodes après avoir constaté l’ACC.
Les Défibrillateurs Semi-Automatiques (DSA) (les seuls utilisables en France par des non-médecins).
L’opérateur après avoir reconnu l’AC met les électrodes en place, initie l’analyse de l’électrocardiogramme
et si une FV ou une TV est détectée déclenche le choc électrique.
La reconnaissance des troubles du rythme par les appareils semi-automatiques est primordiale. La sensibilité
est de 100% pour les FV et de 65% pour les TV.
Si cette étude est faite pour des troubles du rythme entraînant une inefficacité circulatoire
la sensibilité est de 97%, la spécificité est de 100%.
D’où l’importance d’associer le diagnostic clinique d’ACC au diagnostic électrique de la TV ou la
FV pour déclencher ce choc électrique.
MORT
La mort ne doit pas être perçue comme un phénomène instantané concernant un organisme
entier et faisant suite à l’arrêt des battements cardiaques. La mort est un phénomène
progressif et irréversible aboutissant à la destruction de l’ensemble des cellules. Certaines cellules
cérébrales sont détruites par nécrose après quelques minutes d’anoxie, d’autres
cellules cérébrales (hippocampe) pourraient mourir par apoptose plusieurs heures après l’arrêt
circulatoire. Les cellules cutanées se multiplient plusieurs jours après l’AC.
La mort d’un individu peut être reconnue lorsque le processus aboutissant à la destruction de l’ensemble
des cellules est reconnu irréversible.
Le décret n°96-1041 du 2/12/1996 dans son article R. 671-7-1 précise : «Si la personne
présente un arrêt cardiaque et respiratoire persistant, le constat de la mort ne peut être établi
que si les trois critères cliniques suivants sont simultanément présents…».
Le mot «persistant» est très imprécis ; la durée de l’arrêt cardio-respiratoire
peut varier en fonction de nombreux facteurs. La décision d’entreprendre ou de poursuivre la RCP sera prise
par le médecin en fonction de nombreux critères :
Etat pathologique du patient avant l’arrêt cardioventilatoire.
Durée de la période entre la constatation de l’arrêt ventilatoire et le début de la
RCP (au-delà de 5 minutes les chances de récupération sont faibles).
Durée de la période d’arrêt cardioventilatoire et de la prise en charge médicalisée
(au- delà de 30 minutes les chances de récupération sont très faibles).
MORT
ENCÉPHALIQUE
C’est la conséquence d’un arrêt de la perfusion cérébrale avec conservation de la circulation
et de la ventilation entretenue artificiellement.
Outre les critères de la mort à cœur arrêté on s’appuie sur l’absence de mouvement ventilatoire
après une épreuve d’hypercapnie et sur l’une des deux épreuves suivantes :
Deux électroencéphalogrammes nuls et aréactifs effectués à un intervalle de
4 heures.
Une angiographie objectivant l’arrêt de la circulation encéphalique.
Le diagnostic de mort encéphalique est le préalable indispensable à tout prélèvement
d’organes à des fins thérapeutiques.
Psychologiquement la réalité de la mort encéphalique est mal acceptée par la famille.
MORT SUBITE
La mort subite est une mort naturelle qui survient de façon inattendue chez un sujet en pleine activité.
Cette définition n’est pas reconnue par tous les auteurs. Des morts survenant entre une heure et 24 heures
après le symptôme initial sont reconnues comme mort subite d’où les variations importantes
de pourcentage de «mort subite». De plus les autopsies des morts subites ne sont systématiquement
faites dans aucun pays.
Quoiqu’il en soit, il semble que l’origine cardiaque soit la cause la plus fréquente de mort subite.
Aux Etats-Unis, on estime de 300.000 à 400.000 par an le nombre de morts subites d’origine cardiaque. Soit
12% des morts naturelles si l’on prend comme limite l’absence de signes dans les deux heures qui précèdent
la mort.
La mort subite d’origine cardiaque serait souvent le premier symptôme de la maladie coronarienne et serait
responsable de 50% des morts d’origine cardiaque.
Dans la majorité des études, la maladie coronaire est, dans les pays industrialisés, la cause
la plus fréquente, jusqu’à 80%, de mort subite cardiaque.
Parmi les nombreuses causes de mort subite cardiaque, il faut mettre à part les troubles du rythme sans
lésions myocardiques anatomiques, 5% des morts subites cardiaques seraient dues à des FV primitives.
La RCP donne dans ces cas les meilleures chances de survie.
Chez les patients qui ont fait un AC en dehors de l’hôpital et qui étaient «monitorés»
par la technique de Holter, on retrouve le plus souvent la séquence suivante : TV, FV puis asystolie au
bout de quelques minutes lorsque aucun traitement n’est entrepris.
En France on peut estimer à 60.000 le nombre annuel de mort subite dont 80% d’origine coronarienne.
La prévention en amont de l’accident est bien évidemment capitale. Au moment de l’accident la «chaîne
de survie» est la seule chance de ces patients à condition que suffisamment de personnes soient capables
d’assurer les premiers maillons.
STYLE
D'UTSTEIN
L’analyse des résultats de la réanimation des AC extra-hospitaliers nécessite de recueillir
un certain nombre de données.
Un groupe d’experts de l’American Heart Association, de l’European Resuscitation Council, de l’Heart an Stroke
Foundation of Canada et de l’Australian Resuscitation Council s’est réuni à Utstein en 1990. Le groupe
a donc proposé des recommandations pour améliorer l’analyse des résultats de la prise en charge
des arrêts cardiaques.
Docteur Yves LOUVILLE
MCU-PH
Service d’Anesthésie Réanimation
Hôpital Necker Enfants-Malades
149, rue de Sèvres - 75743 Paris Cedex 15