Jean LABBÉ
Les
abus sexuels envers
les enfants prépubères
Bien que la réalité des abus sexuels envers les enfants ait été dénoncée dune façon non équivoque dans le passé (Ambroise Tardieu, dès 1857, en décrivait plus de 500 cas), la communauté médicale nest vraiment sensibilisée à limportance de ce phénomène que depuis 25 ans à peine (1,2). Cest ce qui explique que lon commence à peine à disposer de données scientifiques fiables pour pouvoir évaluer les jeunes victimes présumées.
Beaucoup détudes entachées de problèmes méthodologiques
ont jeté de la confusion sur linterprétation des résultats
de lexamen périnéal des fillettes. Des recherches subséquentes
sur des populations denfants normaux ont permis de réaliser que
plusieurs « anomalies causées par des abus sexuels » nétaient
en fait que des variantes de la normale (3).
La complexité de la problématique a amené les grands centres
à se doter déquipes spécialisées pluridisciplinaires
(4). Lentrevue médico-légale de lenfant est confiée
à un intervenant spécialement formé provenant du domaine
médico-social ou policier. Lexamen physique est pratiqué
par un expert-pédiatre ou un médecin légiste. La situation
de lenfant est prise en charge conjointement le plus souvent par les services
médico-sociaux, la police et lautorité judiciaire.
Mais, dans la vraie vie, il arrive très souvent que les médecins
de première ligne, particulièrement les médecins urgentistes,
soient confrontés à des situations où ils sont à
même de détecter un abus sexuel non encore identifié ou
bien doivent donner un avis concernant la suspicion dun tel diagnostic.
À plusieurs endroits, il nexiste pas déquipe ni même
dexpert spécialisé en abus sexuel. Tous les médecins
se doivent donc dêtre informés des données les plus
récentes sur ce sujet afin de pouvoir intervenir dans le meilleur intérêt
des enfants.
CIRCONSTANCES DUNE CONSULTATION
MOTIF DIRECT DE CONSULTATION :
Contrairement aux situations rencontrées à ladolescence
et à lâge adulte, les tentatives de viol dans le contexte
dune agression violente sont exceptionnelles chez lenfant prépubère.
Il arrivera à loccasion quun enfant soit amené aux
urgences immédiatement après une telle agression perpétrée
habituellement par une personne étrangère à lenfant.
Mais, dans la très grande majorité des cas, les abus sexuels sont
effectués par des proches et se produisent dune façon non
violente et progressive dans le temps. Les enfants sont rarement vus tôt
après un événement. En fait, moins de 10% des examens pour
abus sexuels sont pratiqués dans la semaine suivant un épisode
dabus (5).
La consultation peut faire suite à une révélation de lenfant
faite à une personne de confiance. Il sera amené par cette personne
ou bien par un policier qui désire un examen médical à
la recherche de conséquences éventuelles ou de preuves objectives.
Il faut croire un enfant qui raconte une histoire dabus sexuel dune
façon spontanée. Par contre, il nest pas rare quun
enfant victime nie tout abus sexuel ou se rétracte après en avoir
parlé. Il peut agir de la sorte parce quil a subi des pressions
de ses proches ou parce quil craint les réactions de lagresseur
ou les conséquences du dévoilement de labus sur sa famille.
Une circonstance de plus en plus fréquente est une allégation
dabus sexuel portée par un parent. Il faut se méfier cependant
dans les cas de séparation parentale, en particulier lorsque les parents
sont en conflit concernant la garde de lenfant. Il arrive trop souvent
dans ces circonstances quun parent interprète incorrectement des
symptômes ou des signes chez son enfant et obtienne une « confirmation
» de ses doutes par un questionnaire suggestif et insistant de son enfant.
Des allégations peuvent aussi être inventées de toutes pièces
pour se venger dun ex-conjoint. Cependant, il ne faut pas écarter
systématiquement toutes les allégations faites dans un tel contexte
puisque les études nous démontrent la présence dun
abus véritable dans la moitié de ces cas (6).
SYMPTÔMES OU LÉSIONS
OU DE LA RÉGION ANO-GÉNITALE
Certains cas dabus sexuels sont découverts suite à des évaluations
médicales effectuées pour des problèmes comme de la douleur
ou de la démangeaison à la vulve ou à lanus, des
saignements, des écoulements. Un parent peut noter des rougeurs localement,
des blessures ou dautres lésions comme des ulcères ou des
condylomes.
TROUBLES FONCTIONNELS :
Les conséquences possibles dun abus sexuel comprennent des troubles
fonctionnels qui peuvent amener des consultations répétées
avant que leur origine ne puisse être identifiée, étant
donné que les symptômes sont non spécifiques. Que lon
pense aux douleurs abdominales récidivantes, aux céphalées,
aux malaises vagues, aux lipothymies, à lénurésie
et à lencoprésie secondaire.
TROUBLES DU COMPORTEMENT :
Certains troubles du comportement se rencontrent chez des victimes dabus
sexuels mais peuvent aussi être réactionnels à bien dautres
situations comme la séparation parentale, par exemple, ce qui peut expliquer
la confusion menant à certaines allégations dabus sexuels.
Ainsi en est-il de lapparition de craintes, de troubles du sommeil, de
changement dhumeur, de phobie scolaire, dhyperactivité, dagressivité,
de régression ou de repli sur soi.
Des troubles du comportement à connotation sexuelle sont davantage préoccupants.
Ainsi en est-il dun intérêt nettement excessif pour la sexualité
manifesté par le langage, une masturbation intempestive, de tentatives
de toucher les organes génitaux des adultes, dattitudes séductrices,
de dessins à connotation érotique. Le médecin peut constater,
lors dun examen médical, une réticence au-delà de
la pudeur attendue ou, au contraire, une absence complète dinhibition.
ENTREVUE DE LACCOMPAGNANT
Le questionnaire médical usuel a toujours sa place : motif de consultation,
détail des problèmes actuels, structure familiale, antécédents
familiaux, antécédents personnels, revue des systèmes.
Cependant, à partir du moment où il y a suspicion dabus
sexuel, le questionnaire sy rapportant doit se faire en labsence
de lenfant, afin de ne pas contaminer lhistoire de ce dernier. Les
raisons qui font évoquer cette suspicion sont détaillées.
On recherche de façon spécifique des modifications du comportement
chez lenfant et déventuels symptômes se rapportant
à la région ano-génitale. Y a-t-il déjà eu
dans le passé dautres consultations pour le même motif ?
Lenfant a-t-il été questionné ? Si oui, par qui et
de quelle façon ? Quelles personnes font partie de lentourage immédiat
de lenfant ? Parmi celles-ci, est-ce quil y en a une qui est suspectée
davoir agressé lenfant ? Lenfant est-il en sécurité
actuellement ?
ENTREVUE DE LENFANT
Il faut distinguer ici lentrevue proprement médicale (toujours
indiquée) de lentrevue de type médico-légal, dont
le seul objectif est détablir la preuve dun abus sexuel.
Dans ce dernier cas, une expertise particulière est requise et, bien
souvent, le questionnaire sera enregistré pour servir de preuve. Si lenfant
a déjà fait lobjet dune telle entrevue, il est contre-indiqué
pour le médecin de linterroger à nouveau sur déventuels
abus sexuels. Non seulement les questionnaires répétés
sur un sujet aussi pénible sont traumatisants pour un enfant, mais ils
risquent dentraîner des distorsions dans son témoignage.
Dans tous les cas, le médecin a besoin de renseignements pour établir
si lenfant présente déventuelles conséquences
suite à un abus présumé. Dans le cas où le motif
de consultation est spécifiquement la possibilité dun abus
sexuel, que lenfant na pas été questionné auparavant
à ce sujet, quil ny a pas dexpert disponible pour effectuer
ce questionnaire, le médecin peut le faire en prenant soin de respecter
certaines conditions. Lentrevue se fera dans un endroit calme et isolé,
hors de la présence du possible agresseur. Il faut prendre le temps de
créer une relation avec lenfant et adapter son langage à
son niveau de développement. Au début, le questionnaire est très
général. On peut le faire parler de sa famille, son école,
ses camarades. Qui soccupe de lui ? Aucune question suggestive ne doit
être utilisée. On doit favoriser un récit libre des événements
avec des questions ouvertes du style « Peux-tu me dire ce qui est
arrivé ? » Par la suite, des questions plus spécifiques
sont utilisées pour apporter des précisions. « Où
étais-tu ? Où était papa ? Où était maman
? Sest-il passé quelque chose dautre ? Quest-ce qui
sest produit après ? Combien de fois est-ce arrivé ? À
quand remonte le dernier épisode ? ».
Si le motif de la consultation nest pas un abus sexuel mais que cette
possibilité est dans le diagnostic différentiel, le médecin
peut utiliser une approche indirecte avec des questions comme « Parfois
des enfants avec ce genre de problème me disent quils ont vécu
une expérience difficile. Est-ce que ça peut être ton cas
? » ou bien « Y a-t-il des choses qui tinquiètent
? As-tu peur de quelque chose ou de quelquun ? ». Parfois, cest
au cours de lexamen lui-même quil convient de questionner
lenfant, surtout si lon retrouve des anomalies. « Je constate
que tu as un bleu sur la cuisse, peux-tu me dire comment cest arrivé
? ».
Lentretien avec lenfant doit permettre dapprécier son
état psychologique, son affect et son niveau de développement.
Si lon réussit à obtenir ses confidences, il faut dire à
lenfant quon le croit et quon va laider. Par contre,
sil refuse de parler, il faut respecter son silence.
EXAMEN PHYSIQUE DE LENFANT
Lexamen doit toujours se faire avec le consentement de lenfant et
ne doit jamais être pratiqué sous la contrainte. Dans les rares
cas où un examen est jugé essentiel rapidement et quil refuse
de collaborer, on procède à laide dune sédation
ou dune anesthésie générale. Lenfant est mis
en confiance et des explications sur les procédures utilisées
lui sont données à lavance. Lexamen se fait en présence
dun témoin neutre choisi par lenfant. Un examen physique
général est pratiqué tout dabord et lon recherche
tout particulièrement des signes déventuels abus physiques
associés, comme des marques de doigts aux bras et à la partie
interne des cuisses, des ecchymoses à la partie inférieure de
labdomen, des marques de succion au cou ou aux seins. Des signes dautomutilation
sont également à noter.
Pour lexamen génital, une inspection visuelle externe suffit la
plupart du temps. Il seffectue en décubitus dorsal, dans la position
de la « grenouille ». Les manuvres de séparation et
de traction des lèvres permettent habituellement une bonne visualisation
de la région de lhymen. Si ce nest pas le cas, la position
genu pectorale est alors utilisée. Lexamen dans cette position
simpose également lorsquune anomalie est retrouvée
à lexamen en décubitus dorsal pour sassurer que cette
anomalie nest pas un artéfact. Il nest pas nécessaire
dutiliser de routine un colposcope ou un colorant comme le bleu de toluidine,
bien que ces moyens peuvent favoriser la visualisation de lésions subtiles
(7). Une bonne luminosité est importante et lutilisation dune
loupe ou dun otoscope peut savérer utile. Si le rebord de
lhymen est difficile à apprécier, cest possiblement
parce quil est enroulé et le fait dy mettre un peu de salin
physiologique tiède permettra souvent une meilleure visualisation. Notez
le type dhymen : denticulé ? annulaire ? semi-lunaire ? Pour lexamen
anal, la position en débubitus dorsal est appropriée chez le jeune
enfant. Lenfant plus vieux est placé en décubitus latéral
gauche. Lexaminateur sépare les fesses et observe pendant 30 secondes
sil se produit une ouverture réflexe des sphincters. Si cest
le cas, il importe de vérifier la présence ou non de selles dans
le rectum.
La très faible prévalence des Maladies Sexuellement Transmissibles
(MST) chez les enfants prépubères et linconfort causé
par les tests pour les démontrer expliquent leur utilisation sélective
(8). Les indications pour procéder sont les suivantes: symptômes
évocateurs, contact sexuel avec pénis ou vagin, facteurs de risque
chez lagresseur, une MST déjà identifiée, milieu
à risque, fratrie avec MST (9).
Les indications des examens biologiques de type médico-légaux
pour la recherche de preuves permettant didentifier lagresseur sont
rarement rencontrées chez lenfant prépubère. Il faut
en effet la présence de tous les éléments suivants : dernier
épisode dabus remontant à moins de 3 à 5 jours, possibilité
de contact génital-génital, génital-anal ou ora-génital
et accord des parents et/ou de la victime. Au Québec, tout le matériel
nécessaire se retrouve à lintérieur de la trousse
médico-légale. Vous pouvez retrouver dans dautres textes
les prélèvements recommandés en France (10,11).
En terminant lexamen, il est important que le médecin rassure lenfant
sur son intégrité corporelle.
INTERPRÉTATION DES LÉSIONS
La grande majorité des enfants prépubères dont labus
sexuel est confirmé ont un examen périnéal normal (12).
Si lon retrouve des anomalies non spécifiques dans un certain nombre
de cas, à peine 2,5% des enfants victimes ont des signes spécifiques
à lexamen (5). Cest que plusieurs gestes dabus sexuel
nentraînent aucune conséquence physique. Si des lésions
ont été produites, elles ont souvent le temps de guérir
avant que lenfant ne soit examiné.
La distinction entre les variantes de la normale, les signes non spécifiques
et les véritables marqueurs de labus sexuel est facilité
par lutilisation de classifications basées sur les meilleures preuves
scientifiques disponibles actuellement. Un des meilleurs outils du genre pour
évaluer les signes cliniques à la région ano-génitale
chez les fillettes est la classification du Dr Joyce Adams (13). Comme on peut
le constater au tableau 1, il y a peu de signes qui prouvent réellement
quil y a eu un traumatisme récent (lacération aiguë
ou ecchymose de lhymen, lacération péri-anale profonde)
ou ancien (encoche complète de lhymen ou absence dhymen en
postérieur). Encore là, lhistoire demeure importante pour
éliminer la possibilité dun traumatisme pénétrant
accidentel. Pour les abus sexuels chez les garçons, un outil semblable
a été élaboré par le Dr Charles F Jonhson (tableau
2)(14). Il faut noter toutefois que ces classifications nont pas été
approuvées par des organismes médicaux officiels.
Deux éléments non cités dans la classification dAdams
méritent dêtre mentionnés ici. Le premier est la mesure
de louverture vaginale en horizontal. Elle doit être interprétée
avec beaucoup de circonspection puisquelle varie selon lâge
de lenfant, son degré de relaxation, la position de lexamen,
la manuvre utilisée pour dégager lhymen et limprégation
strogénique (15). Il y a beaucoup de variation chez les fillettes
et seulement les très grandes ouvertures vaginales (> 7,5 mm) sont
suggestives dun abus (16). Le second est la largeur de lanneau hyménal
en inférieur, puisquil y a eu beaucoup de confusion dans la littérature
sur la signification dun hymen « mince » ou « atténué
». Une étude récente faite dans une population denfants
avec histoire de pénétration a démontré que seulement
une largeur très minime de lhymen (< 1 mm) en inférieur
est un signe très spécifique dun abus sexuel (16).
La découverte dune maladie sexuellement transmissible chez un enfant
nest pas automatiquement une preuve dun abus sexuel (4,17,18). Dans
chaque situation, il faut tenir compte des modes de transmission de la maladie
et de lâge de lenfant. Une gonorrhée en dehors de la
période néonatale immédiate témoigne dune
transmission par contact sexuel, tout comme une infection à Trichomonas.
Il en est de même pour une syphilis à lexception dune
infection congénitale. Une chlamydiase après lâge
de 1 an doit sinterpréter de la même façon. Toute
infection périnéale à herpès type II est considérée
comme suggestive dun abus sexuel. Linterprétation dune
infection au virus du papillome humain est source de controverse en raison des
possibilités de transmission non sexuelle. La plupart des experts recommandent
de considérer sérieusement la possibilité dun abus
sexuel chez des enfants dont les lésions apparaissent après lâge
de 2 à 3 ans. Pour ce qui est dune infection au virus du SIDA,
la transmission sexuelle nest évidemment pas exclusive. Finalement,
bien quune bactériose vaginale au Gardnerella vaginalis soit rencontrée
plus fréquemment chez des filles victimes dabus sexuel, cette infection
est considérée comme étant non spécifique.
Les lésions rencontrées au niveau de la région ano-génitale
doivent être distinguées de problèmes nayant aucun
lien avec des abus sexuels. Les traumatismes accidentels ne posent habituellement
pas de problème de diagnostic, lorsque lhistoire est cohérente
avec les lésions rencontrées. Les chutes à califourchon
donnent des lésions relativement caractéristiques au site dimpact
(grandes et petites lèvres) et les endroits bien protégés
comme lhymen sont rarement atteints (19). Par contre, il arrive occasionnellement
quune chute se fasse sur un objet allongé et pointu, pouvant occasionner
des blessures pénétrantes (empalements). Les vulvites sont fréquentes
chez les enfants prépubères, de même que les vaginites non
spécifiques. En cas découlement vaginal important, la possibilité
dun corps étranger doit être éliminée. Des
infections locales au streptocoque de groupe A donnent des inflammations très
importantes et bien localisées au niveau de la vulve et autour de lanus.
Des maladies dermatologiques peuvent survenir au niveau périnéal,
notamment le psoriasis et le lichen scléro-atrophique (20). À
noter que des lésions génitales significatives (comme des encoches
hyménales) ne peuvent être expliquées par des pratiques
sportives ou par la masturbation (4).
PROTECTION DE LENFANT
La conduite dépend de lendroit de pratique et du degré de
suspicion du diagnostic.
En France, avec un faible niveau de suspicion, lenfant est retourné
à son médecin pour le suivi. Ce dernier devrait être avisé
par téléphone de la visite de lenfant et du fait que, bien
que le diagnostic ait été considéré, trop peu déléments
étaient disponibles pour le retenir. Si linquiétude du médecin
est plus élevée, il peut demander lavis dun expert
ou faire un signalement auprès dun médecin de protection
maternelle et infantile. Une bonne façon de protéger lenfant
et dinvestiguer plus à fond la situation est une hospitalisation
de lenfant en pédiatrie, avec laccord des parents. Il est
crucial daviser le responsable hospitalier par téléphone
de la raison véritable de lhospitalisation, qui na pas nécessairement
à être révélée sur la demande dadmission.
Si les parents ne veulent pas collaborer pour lhospitalisation ou si le
diagnostic est très probable, la situation devrait être dénoncée
immédiatement auprès dun procureur de la République
ou de son substitut. En vertu de larticle 226-14 du code pénal,
le médecin est en effet autorisé à révéler
aux autorités judiciaires, administratives ou médicales les sévices
infligés à un mineur (21). Bien quil nait pas lobligation
de le faire, son silence pourrait être interprété comme
une non assistance à une personne en danger (22).
Au Québec, la Loi sur la protection de la jeunesse oblige le médecin
à signaler au directeur de la protection de la jeunesse toute situation
où il a un motif raisonnable de croire que lenfant est victime
dune forme ou lautre de maltraitance, comme labus sexuel.
En vertu de la nouvelle entente multisectorielle, la police sera automatiquement
avisée et linvestigation se fait de façon conjointe avec
le service de protection. En cas de simple doute, une consultation peut être
demandée à un collègue membre de lAssociation de
médecins en protection de lenfance du Québec (AMPEQ).
DOSSIER MÉDICAL
La tenue du dossier pour une situation avec des implications médico-légales
revêt une importance toute particulière. Ce document servira éventuellement
par la suite de référence au médecin pour un rapport médico-légal
ou bien il sera utilisé comme outil de base par des experts qui auront
à déterminer si lenfant a bel et bien été
victime dabus sexuel. Il doit être rédigé de manière
bien lisible et comprendre lensemble des éléments suivants
:
Lanamnèse : Qui a fourni des renseignements ? Si lenfant
a fait des verbalisations, il vaut la peine de mentionner les questions utilisées
pour les obtenir et de citer entre guillemets les paroles de lenfant.
Lexamen clinique : Toute anomalie mérite dêtre décrite
précisément (aspect, couleur, grandeur), dessinée et idéalement
photographiée. Même en labsence danomalie, il importe
de décrire laspect des organes génitaux et de lanus
plutôt que de simplement le qualifier de « normal » : type
dhymen, rebord hymenal, etc.
Lobservation : Mentionner létat émotionnel de lenfant
et les réactions parentales.
Les conclusions : À partir des faits recueillis par le médecin,
quelle interprétation en fait-il ? Quelle est la probabilité du
diagnostic dabus sexuel ? Cette partie nest pas essentielle à
compléter si le médecin ne se considère pas suffisamment
compétent pour le faire. Il peut laisser linterprétation
de ses observations à des experts.
CONCLUSION
Le diagnostic dun abus sexuel se base essentiellement sur la verbalisation
obtenue de la victime. À loccasion, lhistoire peut être
corroborée par des signes à lexamen physique et/ou dans
les examens de laboratoire. Un examen normal de la région ano-génitale
ne permet en aucune façon dexclure la possibilité dun
abus sexuel. Le médecin de première ligne peut être en position
de détecter un abus sexuel chez un enfant qui est amené en consultation
pour des lésions à la région ano-génitale, des symptômes
de somatisation ou des troubles du comportement. On peut lui demander dexaminer
un enfant chez qui ce diagnostic est déjà suspecté. Dans
une situation comme dans lautre, le médecin doit non seulement
procéder à une bonne évaluation médicale et bien
la documenter mais il lui faut aussi sassurer de la protection de lenfant.
Jean LABBÉ MD, FRCPC
Pédiatre et président du Comité de protection de lenfance
du Centre Hospitalier Universitaire de Québec
Professeur titulaire dans le département de pédiatrie
de lUniversité Laval de Québec au Canada
2400 dEstimauville - Beauport, Québec - Canada, G1E 7G9
Courriel : jean.labbe@ssss.gouv.qc.ca
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INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS DE L'ÉVALUATION
MÉDICALE Première partie Signes physiques à l'examen ano-génital Classe 1a: normal 1. Bandelettes péri-urétrales ou vestibulaires. Il s'agit
de bandelettes symétriques (ligaments de support), situées
latéralement à l'urètre ou à l'hymen et s'attachant
à la paroi vestibulaire. Classe 1b: Variantes de la normale 8. Septum hyménal (hymen en pont). L'orifice hyménal paraît
séparé par une bande de tissu hyménal, créant
deux ouvertures ou plus. Classe 1c: Autres conditions 15. Hémangiomes des lèvres, de l'hymen ou de la région
péri-hyménale. Pouvant donner l'apparence d'une hémorragie
sous-muqueuse. Classe 2: Signes non spécifiques 24. Erythème (rougeur) du vestibule, du pénis ou de la
région péri-anale. Peut être causée par des
irritants, une infection ou un traumatisme. Classe 3: Signes suggestifs d'un abus/trauma 37. Dilatation anale immédiate et marquée, dans la position
genupectorale, sans selles visibles ou palpables dans l'ampoule rectale,
en l'absence d'une histoire d'encoprésie, de constipation chronique,
de déficit neurologique ou de sédation. Classe 4: Évidence nette de lésions traumatiques 43. Lacération aiguë de l'hymen. Une déchirure récente
de l'hymen, avec évidence de saignement ou d'hémorragie
sous-muqueuse. Cette déchirure peut s'étendre dans le vagin
et/ou à la fourchette postérieure. Deuxième partie Opinion médicale quant à la possibilité d'abus sexuel
2. Abus possible 3. Abus probable 4. Évidence définitive d'abus ou de contact sexuel Notes : La plupart des enfants qui ont été victimes d'abus sexuels
ont un examen ano-génital normal ou seulement des signes non-spécifiques.
On n'a retrouvé aucun signe de traumatisme génital chez
près de 90% des filles de 3 à 8 ans ayant verbalisé
une pénétration vaginale par un doigt ou un pénis. Références : Adams JA. Evolution of a classification scale : medical evaluation of
suspected child sexual abuse. Child Maltreatment 2001; 6: 31-36. |
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Interprétation des résultats de l'évaluation
médicale des
organes génitaux des garçons (D'après la classification de Johnson, 2001) Classe 1 : Normal 1. Pigmentation brunâtre circulaire secondaire à la guérison
d'une circoncision. Classe 2 : signes non-spécifiques 3. Rougeur du pénis, de la partie basse de l'abdomen ou de la
partie interne des cuisses. Classe 3 : Signes suggestifs d'un abus sexuel 5. Abrasions, lacérations, ecchymoses du pénis, du scrotum,
de la partie basse de l'abdomen ou de la partie interne des cuisses. Signes
pouvant être causés par un trauma accidentel ou un abus physique. Classe 4 : Évidence nette d'abus sexuel 8. Marques de succion au niveau de la région des organes génitaux. Notes : La classification originale de Johnson comprend 5 classes mais nous avons
joint ensemble les classes 3 et 4 pour l'harmoniser avec la classification
d'Adams. Référence : Johnson CF. Is it normal or is it not? SCAN 2001; 13: 4-5. |